Ridicool.

Black Holes : 3 questions et demi aux réalisateurs

Mercredi 22 février 2017

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Qu’est-ce que vous diriez, vous, si vous étiez astronaute et que l’on vous flanquait d’un copilote melon doté d’une intelligence artificielle et d’un égo proéminent, le tour pour coloniser mars, et l’univers dans la foulée ? Voilà, c’est grâce à ce genre d’inventivité à faire pâlir les scénaristes d’Adult Swim, couplé à des graphismes singuliers, une bande son (Flying Lotus, SebastiAn, Mr Oizo, Pépé Bradock), des acteurs (William Fichtner, Steve Little, ou Conrad Vernon) et un sound design triple A que Black Holes pourrait se diriger doucement vers la route des Oscars. Évidemment, avant tout ça, encore faudrait-il qu’ils passent la barre du Kickstarter. De la sélection du pilote à Sundance alors qu’il n’est pas un drame indépendant à l’abandon du design «peau de couilles», les frères David et Laurent Nicolas, auteurs du culte Pierre le Cosmonaute au début de ce siècle, nous racontent tout, ou presque.

Il y a 15 ans, Pierre le Cosmonaute rendait hommage «aux boules de Geisha et à la conquête astronomique». Black Holes est quant à lui une série animée en 3D sur «l’espace, le sens de la vie et la proctologie». Black Holes c’est la suite de Pierre le Cosmonaute ou plutôt un spin off ?
David Nicolas :
Pierre Le Cosmonaute est un peu l’ancêtre de Black Holes. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un petit film en 2D qu’on avait fait entre amis à l’époque. Les producteurs et les chaînes de télévision étaient sidérés par le concept, et pour diverses raisons ça s’est arrêté là. Le film a circulé sous le manteau et acquis une petite notoriété dans le monde de l’animation.
Laurent Nicolas : De l’eau est passée sous les ponts et on a décidé de reprendre l’univers et les personnages de Pierre pour développer Black Holes, avec un regard plus mûr moins axé techno-popo. 

Le pitch en quelques mots ?
David :
En quelques mots c’est l’histoire d’un astronaute à qui il n’arrive que des misères. C’est un personnage qu’on aime voir dans l’embarras permanent. Suite à la faillite de la NASA, il va devoir relever le défi de mener à bien la mission vers Mars sans pognon, en acceptant des sponsors dégradants pour l’image du centre spatial. Il devra composer avec toutes sortes de personnages truculents dont un patron dépressif mordu de danses afro-cubaines, un proctologue très zélé et autoritaire, une «social-justice warrior» castratrice, un présentateur de TV de seconde zone embarqué de force au sein de la mission, des cosmonautes amateurs imposés par un pays du tiers monde, etc... Mais il va aussi entreprendre un cheminement spirituel grâce à une créature mi-cyborg mi-melon, super cultivée et qui va chambouler sa vision de la réalité.

En lisant le dossier de presse de Black Holes, où vous évoquez à la fois The Office et Pixar, et en regardant vos projets précédents, par exemple F is For Family pour Netflix, qui était une sorte de mix entre Family Guy et une sitcom 70's produite par Norman Lear, on peut voir que l'un de vos projets est d'insuffler de l'humour et des caractérisations typique d'une série live action à l'esprit nécessairement plus «cartoon», délirant, ou peut-être dans votre cas plus «Adult Swim» d'une série d'animation. Qu'est-ce qui vous plaît dans ce mélange ?
David :
Visuellement on aime bien brouiller les pistes, en mixant différentes techniques on obtient des images qui ne ressemblent à rien, qui bousculent un peu le spectateur. les gens ne comprennent pas bien ce qu’ils voient. Ils se demandent si c’est du live, de l’animation 3D, du stop motion… On a réalisé un clip pour Mr. Oizo qui utilisait les mêmes techniques et les gens étaient déstabilisés lorsqu’on leur disait que c’était de la full 3D.
Kevin Van Der Meiren (producteur, co-réalisateur) : Black Holes emprunte aussi aux séries «live action» au niveau de la structure. En général les séries d’animation sont «bouclées» : avec des épisodes indépendants les uns des autres. Black Holes fonctionne comme Game of Thrones, House of Cards ou The Office, avec une intrigue qui se développe sur toute une saison. A part Bojack Horseman sur Netflix, je ne connais pas trop de séries d’animation qui marchent comme ça.

En exclusivité, le premier épisode de Black Holes :

Il fut un temps vous aimiez à donner un grain réaliste à vos animations «façon peau de couille», c’est toujours les cas ? 
David : C’est vrai qu’à nos debuts on passait beaucoup de temps à se scanner les couilles pour obtenir des textures intéressantes. C’était une autre époque, plus laborieuse, aujourd’hui l’évolution des logiciels de texturing nous permet d’atteindre ce niveau de réalisme grâce à des outils dédiés. On s’est séparé de notre scanner à l’issue de la production de LAbécédaire de François-Remy Jeansac, mais on a gardé les couilles. 
Laurent : La «peau de couille» c’était un peu notre marque de fabrique, c’est à ça qu’on nous reconnaissait mais ça c’était avant, avec Black Holes on a envie de prouver qu’on a changé et que nous avons aussi un cœur qui bat.
David : Oui, un cœur qui bat la chamade...

À voir le casting de Black Holes, où Steve Little (de Eastbound & Down) fait partie des doubleurs, et le CV de votre maison de production, qui a travaillé avec Quentin Dupieux (qui signe le sound design de Black Holes), il est évident que vous aimez l'humour extrêmement décalé. Qui sont les gens les plus drôles du monde selon vous ? 
David : Pour moi Andy Kauffman est inégalable, on a d’ailleurs un personnage inspiré de lui dans la serie, pour continuer aux US, les spectacles de Louis CK, Georges Carlin, Larry David. Évidement on adore l’humour teigneux de Quentin Dupieux qu’on subit au quotidien. Il y a aussi Bertrand Blier, pas celui des Côtelettes, Raymond Devos, les Monty Python, les Marx Brothers. Peter Sellers et l’immortel Louis de Funès.
Laurent : Plus récemment les créateurs de South Park et Team America (Trey Parker & Mike Stone), Tim & Eric, Steve Little (qui fait la voix du melon et co-écrit la série avec nous) et beaucoup de choses qu’on peut voir sur Adult Swim.
David : En humour Karaté on est resté bloqué sur Jet Li, même si d’autres ont ouvert une brèche vers une pratique plus spontanée du Mahouashi.

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Vous venez de présenter le pilote à Sundance, pourtant je remarque que ce n'est pas un drame indépendant et qu'il ne parle pas d'esclavage, du racisme ou du cancer. N'avez-vous pas peur de faire tâche ?
Laurent :
Détrompe toi ! Black Holes parle de tout ça, mais avec beaucoup d’humilité…
Kevin : On a juste décidé d’en rire. Mais tu as raison, le film était programmé au milieu d’une sélection de shorts hyper sérieux. Le public l’a vécu comme une bouffée d’oxygène avant de replonger dans la déprime satisfaite du spectateur concerné par les défis du monde…
David : Lors de la première projo, je me souviens avoir ressenti une honte viscérale de passer après un reportage en noir et blanc sur le mariage en milieux carcéral, c’était un peu comme tenter le gag du coussin péteur durant une veillée funèbre pour détendre l’atmosphère, une très mauvaise idée quoi. Mais au final c’est passé comme une lettre à la poste, les gens étaient saturés de misère et le film a agit comme une soupape de cocotte minute, c’était plus un rayon de soleil qu’une tâche.

IndieWire a parlé d’un possible Oscar pour Black Holes, vous rejoindriez donc Marion Cotillard et Jean Dujardin au panthéon des Français à gagner un Oscar, c’est un rêve d’enfant ?
David :
Les Oscars n’ont jamais été un rêve d’enfant. En revanche je suis fan de Marion Cotillard depuis mon plus jeune age. Tout petit, alors que mes camarades jouaient à Platini contre Giresse, je me rêvais en Marion, enchainant les conférences de presse imaginaires, donnant mon avis sur le monde devant un parterre de journalistes conquis. J’étais ce qu’on appelle un «enfant Cottillard». Ça inquiétait beaucoup mes parents, puis j’ai fait mon service militaire et ça m’est passé assez rapidement. Un Oscar, je n’y crois pas du tout, mais en recevoir un serait une manière de renouer avec mes rêves d’enfant Cottillard, un poétique clin d’oeil de la vie.

L’affiche est accompagnée d’une citation de Kurt Vonnegut («How embarrassing to be human») et sur votre page facebook, vous avez cité Einstein («Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine. En ce qui concerne l'univers, je n'en ai pas la certitude absolue.»). Vous avez un problème avec l’Homme ?
David :
Moi je n’aime pas trop les gens en général et les citations gluantes d’Einstein en particulier, mais Kevin et Laurent les adorent, c’est ça aussi Black Holes, vivre en bonne intelligence, je les laisse citer Einstein, ils me laissent en citer d’autres. Pour Black Holes j’aime bien «le châtiment de celui qui se cherche est qu’il se trouve.» 
Kevin : Ces citations résument bien l’esprit de Black Holes. L’humanité est une espèce fascinante, le cul entre deux chaises. Entre le corps et l’esprit ; l’instinct et la raison ; l’éternité et le néant. En tant que specimen de notre espèce, Dave - le héros de la série - incarne cette ambivalence. Il est intelligent, courageux et bosseur, loyal, capable des exploits les plus fous et en même temps terrorisé par l’idée d’une oscultation rectale.

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++ Le Kickstarter est disponible ici.

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Santa Clarita Diet ou l'art d'ouvrir l'appétit

Mardi 21 février 2017

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Au début du mois avait lieu le lancement de Santa Clarita Diet, nouvelle série Netflix dans laquelle Drew Barrymore incarne une sexy maman qui se prend de passion pour la chair humaine à la suite d'un malencontreux épisode de zombification spontanée. En amont du lancement, Netflix s'est fendu d'une jolie promo à base de recettes de cuisine cannibales - et c'est ainsi qu'une façade du Potsdamer Platz, l'une des places les plus touristiques de Berlin, s'est retrouvée flanquée d'un gigantesque doigt accomodé à la manière du fleuron de la gastronomie locale qu'est la currywurst. Une opération malheureusment pas au goût de tout le monde dans ce bastion du végétarisme (un ordre d'idée : plus de 10% de la population allemande sont végétariens, contre environ 3% en France) ; suite à de très nombreuses plaintes, l'affiche a fini par être retirée, un petit scandale qui a également eu pour triste conséquence de tuer dans l'oeuf un beau projet de baraques à frites pop-up servant du finger food au sens littéral du terme (=des snacks en forme de membres humains). Cons de vegans.

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La recette secrète d'un mariage réussi

 

(Source)

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Récréation = ségrégation

Mardi 21 février 2017

La récré, moment de liberté et d'épanouissement entre deux cours barbants ? Mouais. Soyez honnêtes et souvenez-vous des mille petites dictatures qui régissaient la cour de récréation : les dyslexiques bons en sport qui trustaient le terrain de foot, les petites grappes de meufs cool qui avaient chacune leur spot attitré, qui un banc, qui une poubelle, qui un bout d'escalier, les garçons fragiles, les hypermétropes et les anémiés, qui étaient toujours cantonnés au même petit bout d'îlot vert boueux et s'y échangeaient des cartes Magic... Un espace hyper-structuré et hiérarchisé, donc, régi par des jeux de pouvoir au moins aussi raffinés que ceux du monde des grands.
Edith Maruéjouls, géographe du genre, entreprend une expérience dans la classe de 5ème, au collège Edouard Vaillant de Bordeaux. Pour tenter de comprendre comment filles et garçons se répartissent le territoire du collège, elle leur fait documenter, croquis à l'appui, cette fameuse structure implicite : qui évolue où, pourquoi, et en compagnie de qui ? Est-ce normal que les garçons occupent systématiquement le terrain central, reléguant par la force des choses les filles à la périphérie ?

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Plus de vidéos éclairantes sur la question de l'égalité des sexes à l'école sur la plateforme Matilda.

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Mamie fait des autoportraits

Mardi 21 février 2017

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Il y a les petits mamies virtuoses dans l'art de la blanquette de veau, qui adulent Laurent Romejko en silence dans leur petit fauteuil matelassé tout en tricotant des cache-nez en mohair, et il y a Kimiko Nishimoto. Au tournant des années 2000, cette sémillante Japonaise a décidé d'apprendre à se servir d'un appareil photo numérique et de Photoshop ; depuis, du haut de ses 88 ans, Kimiko se vautre joyeusement dans le yolo le plus total, s'amusant à se mettre en scène avec des crayons dans le nez, déguisée en chope de bière, en train de se faire écraser par une voiture ou de se faire défoncer le crâne à la pelle. Longue vie à vous, Kimiko-San.

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Queer Manhattan

Mardi 21 février 2017

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Le dimanche, dès l'aube, Richard Renaldi musarde dans les rues de Manhattan pour y humer la nuit qui s'achève. Arrivé à New York au début des années 90, le photographe s'y est construit son identité, de clubs gay en arrière-cours interlopes. Après quasiment 30 années passées dans cette ville insomniaque, c'est toujours avec la même fascination qu'il observe les corps en fin de course émerger dans les rues au petit matin, grisés par la fête, hagards, suants, sensuels. Depuis 2010, il leur tire le portrait en noir et blanc, une série de photos désormais rassemblée dans l'ouvrage Manhattan Sunday.

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