1995-2000 : L'âge d'or des boys-band


L'origine du boys-band est plutôt obscure, mais d'une manière générale, le groupe de R&B du début des années 80 New Edition est considéré comme le premier à avoir popularisé le genre. Très vite, et ce durant la période des nineties, des dizaines de groupes concouraient pour se tailler la part du lion. Le concept même du boys-band n'a rien de plus simple. Liste d'ingrédients :

 

- De beaux garçons au look qui semble crier « nous sommes jeunes et funky (achetez nos disques) ! ». Sur ce point, les Backstreet Boys avaient plus l'air d'acteurs porno gays sur le retour que d'un groupe de pop gentiment mielleuse. Quant aux Hanson, on n'a même pas eu le temps d'émettre un avis sur leurs coupes de cheveux qu'ils avaient déjà disparu de notre ligne d'horizon.

 

 

- Bien choisir le nombre de membres. 3, c'est risqué : il faut alors que tous les membres se valent physiquement parlant, sinon le beau gosse occultera toujours les deux autres. 4, c'est l'inverse : il y aura toujours un vilain petit canard désigné qui viendra noircir le tableau. 5, c'est le chiffre idéal, et puis c'est plus pratique pour les photos requérant une configuration en U.

 

Ça marche aussi pour les formations d'escadron.

 

- L'âge, c'est aussi ce qui est censé différencier un boys-band d'un fléau comme Nickelback. Pourtant, *NSYNC voyait sans aucun problème des membres de 25 ans côtoyer un Justin Timberlake alors à peine âgé de 15 ans. On dira que c'est l'exception qui confirme la règle.

 

- La danse. A l'époque, le boys-band devait savoir se mouvoir avec panache sur des rythmes dance taillés sur mesure. Ou au moins savoir plisser les yeux et ouvrir grand la bouche.

 

Comme chez le dentiste.

 

- Enfin, les paroles. « Toute ma vie je te serrerai fort contre moi, ça je te le promets », « Cesse de jouer avec mon cœur », « Pour rien au monde je n'échangerais ce que je ressens pour toi », tels sont les gimmicks on ne peut plus efficaces d'un bon vieux groupe de lovers. D'ailleurs, on voit où Hélène Ségara a trouvé l'inspiration pour l'ensemble de sa carrière.

 

L'idéal est d'ajouter un producteur véreux et un garage (pour répéter) à l'équation. Avec tout ça en poche, à vous les ventes faramineuses, les tournées mondiales et les foules en délire... pour un temps.

 

Côté France, on peut saluer l'avant-garde des boys-band de l'époque. Notamment Alliage et ses chansons bilingues (lien), (des années avant la vague latino Ricky/Enrique/J-Lo), et les Poetic Lover, qui avec des paroles telles que « Darling faisons l'amour ce soir / Délire sensuel, plaisirs charnels », se situaient un cran au-dessus des sempiternels « je ne te ferai jamais pleurer, fille, je préfère mourir que vivre sans toi. »

 

 

2001 - 2005 : Nouvelle vague


Au début des années 2000, on tente de faire passer les boys-band pour des artistes crédibles et ancrés dans le paysage musical. Pour ce faire, un des procédés employés consiste à les faire collaborer avec des artistes « sérieux », dont la réputation n'est plus à faire.

 

Ainsi, Blue a la chance d'enregistrer un duo avec Elton John, les Westlife ont droit aux faveurs de Mariah Carey et même I Muvrini collabore avec Sting. Ouais, bon, okay, I Muvrini ça ne compte pas, sauf si vous avez plus de 50 ans et arborez fièrement un drapeau de la Corse sur votre frigo, là il se peut que ça vous parle. Les A1, moins chanceux, ont du subir la présence d'Eve Angeli sur la version française de leur tube. Mais bon, quand on a un nom de groupe aussi original que A1, on ne peut pas prétendre à de grandes choses dans la vie.

 

A noter qu'étrangement, c'est après la sortie de cet ultime duo que des tensions commencèrent à se faire sentir au sein du groupe. Leur dissolution se fera quelques mois plus tard. Eve Angeli, c'est un peu la Yoko Ono de la cheesy pop.
 

Allez les mecs, souriez. Shit happens.

 

2002 c'est aussi l'essor des boys-band pop-punk tels que Good Charlotte, Fall Out Boy ou McFly. Malgré le côté faussement rebelle de leur rock FM, ceux-ci ne sont pas dénués d'humour. Prenez Busted, et leur morceau Year 3000. La chanson parle d'une machine à avancer dans le temps qui les catapulte en l'an 3000. « Rien n'a vraiment changé, sauf que les gens vivent sous l'eau » décrivent-ils avant d'ajouter au couplet suivant « Il y a un boys-band, et encore un autre, et encore un autre, et encore un autre. » Jolie présence d'esprit d'un groupe qui se séparera trois ans après sa création, laissant place à un nouveau mouvement de boys-band.

 

 

Car pour perdurer, le boys-band doit se plier sans broncher à la tendance actuelle. Et c'est à une période très faste pour le R&B que divers groupes se voient formés dans cette optique : ATL, B2K, Pretty Ricky... Les 3rd Wish tenteront même d'insuffler du hip-hop dans le célèbre hit d'Aventura, Obsesion. Sans succès. Les B2K, eux, battent le fer pendant qu'il est chaud : deux albums et un film seront commercialisés en l'espace de deux ans. Ça n'empêchera pas le groupe d'imploser dans l'indifférence générale quelques mois plus tard.

 

 

En France, on décide de ne pas louper le coche en lançant les Link Up, couronnés vainqueurs d'une saison de (feu) Popstars. Le premier single cartonnera grâce aux matraquage des pastilles musicales répétées quotidiennement sur M6 vers très exactement 19h54 et 20h34, mais le groupe se sépare après le 3ème single. C'est là qu'émergera la Beyoncé du groupe, j'ai nommé M. Pokora. Face à cet échec cuisant, les Link Up demeurent à ce jour la dernière tentative de Boys-band à la française. Repose en paix Filip Nikolic, ta légende restera intacte.

 

 

2006-2012 : Retour aux sources


Les années passent, le public se lasse de plus en plus vite, et le boys-band voit sa ligne de vie réduite en conséquence. Exemple récent, les Tokio Hotel, qui remplissaient il y a 6 ans de ça les classes d'allemand LV2 jusque là en perte de vitesse. A l'heure où j'écris ces lignes, leur dernier album se vend à moins de 2 euros sur eBay, soit 50 centimes de plus qu'un shorty assorti du logo du groupe. Difficile dans ce contexte de s'inscrire dans la pérennité. Seuls les vieux de la vieille tels que Take That ou New Kids On The Block peuvent se targuer de continuer à remplir les salles de concert. Ah, et aussi les Prêtres.

 

 

C'est pourquoi le boys-band de 2012, lui, revient aux fondamentaux, appliquant avec ferveur tout ce qu'il a pu apprendre 20 ans auparavant. Prenez JLS, One Direction et The Wanted. Qu'ils soient issus d'un télé-crochet ou d'un casting à moindre échelle, le résultat est le même : un succès phénoménal, identique à ceux d'il y a 20 ans. La seule différence réside dans la présence de nouvelles technologies. Grâce à l'omniprésence d'internet, finis les classeurs remplis de photos soigneusement découpées dans les magazines dédiés. On télécharge des applications qui centralisent toutes les informations sur le groupe (jusqu'à la moindre mise à jour de statut Twitter) et on signifie à tout le monde qu'on a aimé une vidéo d'un des membres en train d'éternuer par le biais d'un pouce levé.

 

La musique d'un groupe comme The Wanted, quant à elle, rappelle tout ce qu'il y a de pire dans la musique des années 90 : l'eurodance et les chœurs à base d'interjections, similaires d'une chanson à l'autre (« oh woah oh oh ! » par ici, « oh oh oh oh, oh oh !" » par là). Et il en va de même pour les boys-band chrétiens. Aucune différence entre eux et les autres, sauf qu'au lieu de chanter au sujet d'une fille rencontrée à une fête, ils font les louanges de Dieu. La donne n'a pas tant changé que ça.

 

 

Qu'on ne s'y trompe pas, la recette est efficace, on a presque envie d'écouter la musique des One Direction lorsqu'on les voit reprendre le générique du Prince de Bel-Air a capella sur une beatbox improvisée... presque. Car lorsque dans deux ans, tous auront disparu, une autre génération de boys-band prendra le relais, comme un cycle commercial qui refuse de mourir. Sans parler des groupes de l'Asie de l'Est, là où la culture boys-band prédomine. Finalement, remercions la Roumanie de nous avoir envoyé les O-Zone, derniers représentants d'un peu de légèreté dans un concept marketing éculé qui se prend parfois un peu trop au sérieux. Merci les mecs, c'était cool.

 

 

Thomas Rietzmann. / Illustration : Stéphane Haïun.