Grâce à ce reportage vous obtiendrez enfin des réponses à des interrogations telles que : Skrillex est-ce que c'est vraiment chouette ? Le dubstep est-il vraiment douloureux ? Si un train part de Boston à 14h12, à quelle heure Skrillex aura-t-il son disque d'or ? Avons-nous vraiment besoin de brûler les albums de Skrillex en place publique pour que ses œuvres illuminent le peuple ? De vraies questions nécessitant de vraies réponses. Le briquet à la main. Sait-on jamais.

 


Elle à son mari : "Bernaaaard, y'a le voisin qui fait encore des travaux". Lui : "Mais non pupuce, c'est Bernard Junior qui écoute son Skrillex, tu sais bien".
 
Une scène du médiocre ordinaire tout à fait intéressante car au pays de David Guetta, Skrillex a la réputation d'une fraiseuse de dentiste. A contrario, outre-atlantique Sonny Moore (tel qu'il est inscrit sur sa carte d'identité) fait des ravages chez l'individu en pleine phase de puberté, entendant en Skrillex un écho à la brutalité aussi bien morale que physique de l'âge des seins qui poussent. Le kid n'est pas la seule frange de la population exposée à contamination. Ou alors, la moyenne d'âge américaine est de 12 ans. Car Skrillex, en à peine quatre EP, c'est tout de même trois Grammy (dont deux pour l'odieux Scary Monsters and Nice Sprites et ses 70 millions de vues sur Youtube qui pose la base de la patte Skrillex : éléphant passé au mixeur + lourde porte qui grince + loubard envoyant des coups de poing dans la vaisselle de Tatie), une presse US qui lui mange dans la main (Rolling Stones l'a même qualifié "de magicien" (sic)), 40 000 copies écoulées par EP donc un Skrillex devenu disque d'or et qui est même parvenu en 2011 à la 49eme place du Billboard.
 

Si un titre comme Bangarang (ou n'importe lequel autre) pourrait servir d'alarme incendie – le titre idéal pour vider une pièce dans l'urgence – il s'avère à l'inverse que Skrillex remplit des salles. Mais avec quoi ? Certains vous diront du "dubstep" mais ce sont des menteurs et des enfants de putains. C'est peut-être un détail pour vous, mais dire que Skrillex fait du R&B chic aurait autant de sens. Si vous voulez, Skrillex est au dubstep ce que Bon Jovi est au Rock & Roll, ce que Lady Gaga est au bon goût ou ce que la couenne est au jambon : le bout de gras attenant à peine comestible. Ah d'accord. Mais que fait-il dans ce cas ? Est-ce si novateur que l'homme n'a encore pu l'appréhender et lui apposer un nom ? Après sondage, tout dubstep mis de côté, il s'avère qu'un enfant en âge de nommer un chien en tant que wawa qualifie la musique de Skrillex comme étant du wubwubwub voire du wompwompwomp. La vérité sort de leur bouche, n'est-ce pas ? Mais derrière cette apparente naïveté se cache une réalité concernant le wobble, une conception de la bass music proche de la centrale nucléaire. La musique de Skrillex ne sort pourtant pas de nulle part, il pratique ce que nos sociologues de l'éléctro appellent de la "fidget" ou plus vulgairement "turbine". Bah oui tu connais. La fidget c'est, par exemple, Bloody Beetroots ou Crookers, le pendant subtil comme un big mac de la techno, genre que son créateur Switch qualifia de "blague qui est allée un peu trop loin". Et c'était avant Skrillex.

 

 

Mais Skrillounet va plus loin (encore) dans la blague. Pour nommer le phénomène, j'ai profité de la fashion week pour contacter un créateur de mot-valise qui a bossé d'arrache-pied sur le cas Skrillex et lui a pensé le-terme-sur-me-sure. Vous êtes prêt? "Turbiactol"! Oui, avec son passé dans l'émocore, des lyrics engagés et voluptueux essentiellement constitués de Fuck et de Die, des histoires de date ratée avec Laura Marling (Sonny s'étend un peu trop sur son compte Twitter), des visuels beaux à s'en faire des patchs pour sacs à dos, Skrillex est le nu-metal des temps modernes. Personne ne vit donc de coïncidence lorsque Skrikri produisit deux titres pour Korn lors de leur retour tonitruant. Les maîtres demandent secours à l'élève jeune et fringuant. La mythologie en est pleine de ces belles histoires où de vieux messieurs s'acoquinent avec de beaux jeunes hommes, "un peu de mon expérience contre un peu de ta fraicheur".

 

 

Si l'attrait de l'individu en phase pubère pour Skrillex peut être un écho à ce besoin de brutalité, totem de la violence des changements corporels et psychologiques propre à cet âge, nos chercheurs ont poussé l'investigation plus loin. Tenez-vous bien les enfants, il s'avérerait que dans les productions de Skrillex figure une fréquence rare faisant frémir le sébum - souvent en excès sur les visages adolescents - provoquant chez le sujet une ivresse similaire à une première cigarette. Le jour où nos adolescents auront une meilleure peau, fini les disques d'or pour Skrillex. Mais Skrillex peut aussi avoir des effets néfastes sur la jeunesse, notamment sur la croissance – outre l'échec scolaire et une plus grande propension à la pornographie -s'il est consommé en trop grande quantité. Oui, Skrillex est aussi un symbole du désinvestissement parental dans nos sociétés contemporaines.  

 

 

Récemment Pitchfork, la météo de l'indé, établissait un très sérieux dossier sur l'addiction à la basse et y faisait figurer Skrillex comme parangon de cette génération ne cherchant qu'à sentir ses organes vibrer sur une basse mal réglée. Nous avons d'ailleurs recueilli le témoignage d'une des victimes de Skrillex qui, par peur des représailles, tient à témoigner sous couvert d'anonymat. Nous l'appellerons Kenny. Kenny a commencé comme beaucoup d'adolescents pour faire comme les copains, être dans le coup auprès de sa tribu, adopter les mêmes codes. Il a commencé avec ses camarades entre les cours, puis a continué seul dans sa chambre. Kenny décrit sa descente aux enfers en ces termes : "J'avais besoin de toujours plus. L'écouter chez moi ne me faisait plus rien, je m'accoutumais à la sensation, il a fallu que j'aille le voir en concert. Au début cette impression d'être en communion avec les autres dans un abattoir m'enivrait. Et puis peu à peu je me suis senti comme molesté, spolié de mon être. Je ne voterai plus Obama". Des propos terrible d'un Kenny, à peine sorti de l'enfer et qui ne portera pas plainte car désormais il souhaite simplement tourner la page.

Mr. Oizo qualifiait son public d'animaux, sur l'autre pendant, Skrillex traite le sien en tant que tel. Tant que l'Homme conservera des instincts animaux, il y aura des Skrillex pour leur murmurer à l'oreille.  

 

 

Bonus Mini Docu:

 

 

 

Mathias Deshours.