Messes noires, bains de boue, collection de fémurs et de crânes ? Dans le labyrinthe de pierre sans fin des catacombes de Paris, que se passe-t-il vraiment lorsqu'une association de bienfaiteurs pose du gros son ? Oublie tes chaussures à talons et ta petite robe sexy, enfile tes bottes et ta lampe frontale chérie, ce soir on descend à la cave.

De la rue du Banquier à la porte D'Ivry, 25 km de galeries et près de 200 entrées font, en quelque sorte, du réseau du 13ème une des plus grande boite de nuit illégale du monde.

Vers minuit, on approche d'une bouche d'égout qui a voulu garder son anonymat. Des petits groupes d'une soixantaine de personnes se sont formés Place d'Italie pour rentrer par différents passages. Il y a plus de touristes que de cataphiles et on sent à l'ouverture de la trappe plus de curiosité que d'assurance.

Un Italien qui a protégé ses chaussures en cuir avec des sacs plastiques du plus bon goût demande à un des organisateurs :

- Ça vaut vraiment le coup ?

Dorian lui répond gentiment que c'est une chose unique, qu'il faut au moins le faire une fois dans sa vie et que surtout il vaudrait mieux qu'il enlève ses sacs plastiques s'il ne veut pas glisser pendant la descente.

- C'est le puits le plus sécurisé que je connaisse, et le seul où je me suis pété la gueule.

Rien n'est aussi dangereux que les escaliers de l'Élysée Montmartre, mais les catacombes restent quand même un endroit où il faut faire attention. Les gens disparaissent petit à petit et aucune trace de la police. On n’a pas l'impression d'être dans l'illégalité.

- Il se peut toujours qu'un flic vienne nous casser les couilles, mais à vrai dire en général ils nous emmerdent pas trop.

D'autant plus qu'une fois à l'intérieur, seule la brigade sportive peut intervenir sous terre. Et, on la voit mal venir de Vincennes pour nous. Après 25 mètres de descente pour passer sous le métro et sous les égouts, nous voilà entourés de pierres de taille.  L'air est frais, autour de 13 degrés, et on avance gentiment en file indienne vers l'inconnu. Un petit peu d'eau, pas de chatière, ce n'est pas vraiment un parcours du combattant. Dorian fait le guide, il nous montre des tags du 18ème siècle et nous explique un peu l'histoire des catacombes.

- C'est ma maison ici.

Il fait un peu plus chaud et on commence à sentir une odeur de weed. Pas de doute on approche du lieu de rendez-vous. On croise une fille cul nu qui croyait avoir trouvé un coin tranquille pour pisser. On la salue et on entre dans l'une des salles, le son est à fond et il y a déjà des gars torse nu collés aux enceintes. On s'attendait à 3 bougies et un mange-disque et on se retrouve dans une configuration de belle free party. Chapeau à l'orga pour la qualité du son et lumière. Dans cette bonne ambiance communicative, les cataphiles échangent avec les touristes, un joint, une bière, un Bourgogne Chitry 2006 de Michel Colbois.

- À peine frais. Mais loin d'être mauvais.

Un type nous bouscule.
- Ouhaoo c'est quoi ce bordel, y a un escalier qui a poussé là depuis que je suis arrivé ?
- Je pense pas.
- Non, mec je vais te dire, c'est un putain de complot....

On a envie de lui dire qu'il faut parfois remonter un peu à la surface pour s'aérer, mais il est déjà reparti. On se prend une petite bière à 1 euro. On discute avec Patoche :

- Il y a toujours des déceptions, mais moins sous terre.

On sent que les cataphiles sont là pour être peinards, mais qu'ils ouvrent quand même leur univers pour en faire profiter de temps en temps les autres. Pour convertir peut-être quelques touristes sans pour autant forcer les gens. Ce soir c'est un peu une soirée portes ouvertes. Et certains types ont visiblement accroché :

- Paris a niqué Berlin.

Sebastian et ses potes allemands, aux yeux dilatés, nous expliquent qu'ils ont fait toutes les soirées illégales de Berlin et que là, franchement Paris est un cran au-dessus.

Vers 3h, le son s'arrête. Le DJ explique que les briquets ne s'allument plus dans la pièce ce qui signifie que l'air commence à manquer. En effet. La salle se vide doucement et les gens vont discuter dans les couloirs. 10 minutes plus tard, le son reprend.

Des types à quatre pattes scrutent le sol avec leurs lampes frontales. Aude nous demande en rigolant s'ils ont retrouvé leur bout de shit.

Vers 5h, la salle de danse s’est vidée de moitié. Un type montre sa bite en rigolant. Il nous explique, exemple à l'appui, que l'on peut tout faire dans les catacombes.

- On est libres. Dit-il en essayant de ne pas se casser la gueule avec son pantalon aux chevilles.

Vers 6H, fatigués, mais heureux on trouve un guide pour sortir. Devant nous, un type ivre comme une bille de flipper se cogne aux murs toutes les deux secondes. On sort devant une bande de mecs un peu abasourdis de nous voir surgir d'une plaque d'égout.

-Y a quoi-là dedans ? nous demande l'un d'eux.

On a envie de lui répondre qu'il y a "là-dedans" une certaine forme de liberté. Et puis on se ravise.

- Trouve-toi des bottes et une lampe frontale, tu verras bien.


 

 

Texte et photos: Quentin Cherrier.