GG ALIN

 


GG Allin reçut d’abord le nom de “Jésus Christ Allin” à sa naissance, en 1956. Petit, son frère n’arrivait pas à  prononcer “Jésus Christ”, alors il l’appelait: “jeje”, devenu par la suite “GG”. Allin grandit sous l’autorité d’un père sauvage et instable, sur la côte Est des États-Unis, dans le New Hampshire, au fond d’une cabane sans eau courante ni électricité. Son père a toujours prétendu avoir reçu une visite divine avant la naissance de GG, annonçant son fils comme un nouveau messie. Le destin du petit s’annonçait ambitieux.

Après avoir échoué a l’école, GG se tourne vers la batterie et participe à plusieurs groupes de hardcore punk avant de s’affirmer comme chanteur et « frontman » du groupe The Jabbers. Mentalement instable, hors de contrôle, se découvrant une passion pour l’héroïne, sa relation avec le groupe se détériore et il quitte le groupe en avril 1984. C’est alors qu’il révèle tout son potentiel scénique qui le rendra légendaire : automutilations, coprophagie, agressions dans le public, et menaces  de suicide sur scène. Souvent, ses concerts se terminent avec l’arrivée de la police, ou bien alors GG finit en sang, couvert de fèces, illuminé, quittant la scène pour déambuler dans la rue, suivi par ses fans criant son nom, laissant un équipement audio réduit en poussière.

 


GG voulait rendre le Rock and Roll à nouveau dangereux, subversif, sauvage et ses paroles étaient parfois misogynes, racistes et pédophiles, n’épargnant personne. Plus encore, il voulait être le messie du Rock and Roll, offrant son corps, communiant ses fluides sur l’autel sacrificiel de la musique.

Il mourut en 1993 d’une overdose d’héroïne après l’un de ses concerts épiques. Lors de son enterrement, son frère – ils jouaient ensemble dans le groupe The Murder Junkies – insista pour ne pas laver le corps (qui sentait terriblement mauvais) et s’assura que le casque de son walkman, bien posé sur sa tête, jouait The Suicide Sessions.
 

 

Ecouter:

GG Alin - Eat My Diahrrea

GG ALin - I Wanna Fuck Myself

 

 

GENESIS P-ORRIDGE + JANE P-ORRIDGE = BREYER P-ORRIDGE
 


Genesis P-Orridge, le chanteur du groupe anglais Throbbing Gristle, et Lady Jane Breyer se rencontrèrent au début des années 1990 et tombèrent très amoureux l’un de l’autre. Ils se marièrent mais sentirent très rapidement que leur mariage ne reflétait pas vraiment l’attachement qu’ils avaient l’un pour l’autre. Ils décidèrent alors de devenir, à travers différentes modifications, la même personne : Breyer P-Orridge, qu'ils nommèrent leur « pandrogyne ».

 


Genesis, pour se décrire comme une moitié du pandrogyne qu’il était devenu, déclara un jour : “Nous avons commencé ce projet parce que nous étions tellement amoureux… à tel point que nous voulions nous manger l’un l’autre, devenir l’autre, s’avaler complètement, ne devenir plus qu’un. Ce faisant nous remarquions que le processus nous affectait de façon inattendue. En réalité, nous étions simplement les deux parties d’un tout ; le pandrogyne était le tout et nous étions la moitié de l’autre.”


Ils eurent ainsi recours à des interventions de chirurgie esthétique, afin que leurs visages  deviennent semblables. Genesis se fit greffer des implants mammaires, et progressivement changea de sexe. Leur pandrogyne devait finalement se composer de deux moitiés féminines, Genesis - devenu femme - et Lady Jane. Mais un cancer de l’estomac emporta Lady Jane avant que la transformation ait été complète. Elle rendit son dernier souffle dans les bras de son amant.

Depuis, Genesis Breyer, moitié pandrogynique orpheline, est inconsolable. Il a abandonné la scène avec ses projets musicaux (Psychic TV, Throbbing Gristle) pour se concentrer uniquement à l’écriture, la musique et l’art. Il vit à Brooklyn, New York.
 

 

 

KEMBRA PFAHLER

 


Kembra est née en Californie au début des années 1960. Son père fut l’un des pionniers du surf. Mais loin du soleil et des vagues, elle se passionna pour la scène musicale sombre du punk rock et les films d’horreur. Elle arriva au début des années 1980 dans l' East Village et y créa le groupe The Voluptuous Horror of Karen Black avec son mari de l’époque. Sur scène, elle apparaissait souvent nue, le corps peint, en compagnie de ses girls, leurs corps peints également. Toutes suivaient une règle d’or : ne jamais sourire. Leurs dents étaient peintes en noir de toutes façons. Le drapeau américain qui était accroché au-dessus de la scène voyait ses étoiles remplacées par une chauve-souris dotée de mamelles énormes. La fascination pour les symboles à la fois autoritaires et loufoques rendait l’ambiance surréelle. Et venait le moment où elle cassait un œuf cru sur sa vulve. Le geste, aussi inoffensif qu’étrange avait quelque chose d’agressif et restait gravé dans les mémoires.

 


Participant à l’explosion culturelle de l'East Village des années 1980, Kembra tourna également dans des films érotiques et rencontra par ailleurs GG Allin et Genesis P-Orridge, ainsi que le photographe Richard Kern avec qui elle allait tourner le film choc : The Sewing Cirle, dans lequel elle se faisait coudre le vagin. “C’était une façon de manifester mon désir de garder ma féminité pour moi” nous confie-t-elle un jour, lors d’une visite de son studio. “Ça ne m’a pas fait mal du tout par ailleurs”. La douleur serait-elle dans l’œil du spectateur ?  Le danger serait-il devenu un critère esthétique ? Sans le savoir, Kembra et Kern ont ouvert une porte à une génération entière de féministes qui proposeront une nouvelle image de la femme : intransigeante, indépendante, libre et violente, ou plus précisément contra-violente (en réponse à la violence des jugements et de la rigidité des codes qu’elle subit), sauvage... On pense à une vidéo de Sigalit Landau où l’on voit une femme nue sur la plage faisant du hula hoop barbelé. Le fil barbelé, coup de hanche après coup de hanche, s’incruste dans la peau… Ou encore cette autre vidéo de Mary Coble où on la voit appliquer et enlever le scotch qu’elle se met sur ses seins pour les masquer, une pratique courante chez les lesbiennes souhaitant s’affranchir de signes féminins.  

Kembra vit toujours dans l'East Village, dans un appartement entièrement peint en rouge, et où elle prépare la tournée pour son nouvel album Fuck Island. Cependant elle se définit aujourd’hui non pas comme musicienne ou artiste mais comme une “décoratrice de l’extrême”.

 

 


Alexandre Stipanovich.