Le concept est simple : 8 habitants du nord de la France (Les Ch'tis) viennent tenter leur chance au « paradis de la fête » (Ibiza). Seulement, là où les anglais avaient déployé le grand jeu pour leur remake (Geordie Shore, spin-off officiel du show phare de MTV), la France fait dans la demi-mesure et très vite, on sent que le ton de l'émission sera bien plus sage que celui de ses consoeurs (qui allient beuveries, bastons et sexe en veux-tu en voilà, bien entendu).

Le générique se pare d'une voix féminine répétant « Ooooh wahaï welcome to Ibiza », sur une instrumentale euro-dance digne de ce que nous sert le top 50 depuis déjà quelques années - « We're Going To Ibiza » des Vengaboys aurait été une alternative souhaitable. L'habillage graphique, lui, est quasiment similaire à celui de Jersey Shore, notamment pour ce qui est des séquences où les participants se confient à la caméra. Jordan nous évoque même un peu Ronnie.

Jordan Ronnie

Ronnie Jordan

Le premier épisode s'ouvre sur l'arrivée progressive des candidats, qui ont tous rendez-vous devant un car. Très vite, on assiste à la traditionnelle galerie de portraits, qui nous permet de rapidement cerner à quel stéréotype nous avons affaire. Jordan est donc barman, il fait des cocktails de « ouf » et trouve que « physiquement, [Anastasia] a tout pour plaire » mais après, « mentalement, faudrait voir ». Gageons que ça ne déplaira pas à Anastasia, qui « adore les belles choses, à commencer par [elle] ».

Anastasia

Anastasia aime troubler les hommes grâce à son regard.

Vient ensuite Gaëlle, chez qui on sent un brûlant désir de faire la couverture d'Entrevue d'ici 3 mois. D'après son portrait, Gaëlle fait figure de célébrité locale dans le milieu du gogo-dancing belge.

Gaëlle

Gaëlle se voit déjà danser dans cette tenue, avec « des résilles » et « la crête ».

Jeoffrey lui, a 20 ans et est vice champion de France de flair-bartending (les barmans qui jonglent avec des bouteilles).

Jeoffrey

Vous ne pourrez pas rater Valenciennes, c'est la ville où un mec jongle avec des shakers devant le panneau.

Lorsque Jordan voit Céline arriver, il est sous le charme. « J'sais pas c'que j'vais faire mais j'vais pas tenir comme ça encore longtemps quoi » nous apprend-il. Okay mec, mais on espère au moins que la principale intéressée sera au courant.

Arrive alors la star du programme : Christopher. Rassemblez toutes les idées pré-conçues que vous vous faisiez des gens du nord depuis Dany Boon et Kad Mérad, ajoutez à ça une bonne dose de Confessions Intimes et vous obtiendrez Christopher.

Christopher

Christopher a hâte de partir à « Ibid'za »

Christopher a ça de particulier qu'il mène « une double vie » (re-sic) : couvreur-charpentier le jour, clubber la nuit. Prends-en de la graine, Hannah Montana. Son but à Ibiza ? Danser, « montrer [ses] talents », et peut-être aussi répandre une série de gestes qu'il a inventée lui-même, décrite ci-dessous.

Christopher

« Ca c'est être motivé. »

Christopher

« Pis ça c'est être entre deux. »

Christopher

« Et ça c'est être démotivé. »

La dernière à arriver, c'est Diana... euh, pardon : Daïna. Daïna - victime d'une faute de frappe dès la naissance - c'est la « chtiote nénette de l'émission », pensez à Sandra du Loft 2 couplée avec une danseuse d'un clip de Jean Roch. Son métier ? Gogo-danseuse. Sa fierté ? Son fils... et là, on commence à comprendre que W9 n'ira pas trop loin dans le trash. A l'inverse de Jersey Shore, où il n'est jamais vraiment question de « vraies » responsabilités, on a ici le droit à une candidate mère de famille, un peu simplette, et qui foutra sûrement «la chiale » aux ménagères les plus sensibles, lorsque son fils viendra à lui manquer après le premier jour d'aventure.

Daïna et sa maman

Daïna danse avec son fils dans les bras. Sa mère met la table. Derrière elles, un clip sexy passe à la télé.

Daïna aime cependant attirer l'attention sur elle et pense qu'elle a ce qu'il faut pour être une star.

Toute la troupe part finalement rejoindre l'aéroport en car. A noter que depuis que Rolling In The Deep d'Adele est un succès international, on le retrouve en fond musical dans une séquence sur trois, du trajet jusqu'à l'aéroport jusqu'à leur arrivée en boîte de nuit. Très adéquat.

Tous dans le bus

13 minutes d'émission et la première reprise de Seven Nation Army a capella se fait entendre.

Une fois à l'aéroport, Vincent a un petit souci de bagages. Le contrôleur lui apprend qu'il n'a pas le droit à une bouteille métallique de plus de 100ml dans sa valise. Ce à quoi Vincent répond « Euh... j'ai une grande laque...» . Fin de la séquence, enchaînement avec son portrait.

Vincent branché

« Salut c'est Vincent, c'est moi le barman le plus branché, et j'te vends du rêve »

Comme vous l'aurez constaté, Vincent est une sorte de subtil croisement entre Plastic Bertrand et Axel Bauer. Pendant son portrait, il répète pas moins de trois fois qu'il est là pour « vendre du rêve ». On ne vous cache pas qu'on aurait préféré des espadrilles, mais qu'à cela ne tienne, vas-y Vinvin, le rêve, on prend quand même.

Arrivé à Barcelone, tout le monde récupère sa valise sauf... Christopher.  Sa valise a été égarée, et les autres candidats sont hilares. Lui, non : « C'est un manque de respect, si ils veulent vraiment rigoler, qu'y vont aux toilettes hein, qui rigolent pas devant moi » grogne t-il en aparté. L'ambiance est bon enfant, toujours rien de bien scandaleux à signaler.

Les candidats embarquent dans le ferry et Jordan nous confie sa vision d'Ibiza : « des filles qui zont peur de rien, qui zaiment s'éclater, qui zaiment s'amuser ». Comme dit précédemment, à part la maîtrise de la langue française, rien de scandaleux à l'horizon. Ajoutez à ça une séquence de plus d'une minute trente sur les candidats émerveillés par les dauphins qui nagent dans la mer : pas de doute, « Les Ch'tis à Ibiza » sont encore plus creux que nos guidos de Jersey Shore.

Une fois à Ibiza, les ch'tis sont accueillis par leur bookeuse, Fanny.

Fanny la bookeuse

"Y avait une femme et tout ouais elle faisait des signes et tout elle nous a ouvert les bras et tout pour dire vas-y bienvenue en Ibid'za et tout" (Christopher, parlant de Fanny)

Fanny les accompagne à leur villa, et leur apprend en chemin que « les afters sont de retour » (sic) et que « Paris Hilton vient faire ses soirées ». L'excitation se fait sentir.

Fanny

Alex est impressionné par le look de la bookeuse, complètement habillée "Ibiza" selon lui. On lui répondra que oui, si Ibiza représente ici le nom d'une nouvelle collection signée Christian Audigier.

Les jobs proposés par Fanny varient de serveur à gogo-danseuse en passant par barman.
Christopher demeure le seul chez qui la production n'a pas (encore) décelé le potentiel de danseur émérite et devra se contenter de ramasser des transats sur une plage privée (garçon de plage, quoi).

Fanny fait ensuite encore plus fort qu'un bon plan de Brain Magazine et les quitte en leur annonçant qu'elle a mis nos chers candidats sur liste VIP pour une soirée au Pacha le soir même, afin qu'ils comprennent qu'Ibiza "c'est du travail, mais c'est aussi faire la fête".

Pompéleup

Céline se voit déjà en train de "pompéleup" toute la nuit.

En début de soirée, les chtis décident de partir visiter la vieille ville d'Ibiza. Les filles ont la judicieuse idée de partir en talons pour finir pieds nus au bout de quelques minutes.

Tous admirent la vue qui leur est offerte, lorsque l'un d'entre eux lance un bon vieux "ah tchica-tchica-tchic !" des familles, un cri qu'aucun d'entre nous n'avait plus entendu depuis la dernière diffusion d'Intervilles sur TF1.



« Ay ay ay !»

Daïna danse

Daïna (au premier plan), prise de fourmis dans les pieds, ressent le besoin urgent de danser dans la rue.

Arrivée au club, Daïna est en "extrase" (sic). Ça ne sera guère que la seule chose à retenir de leur soirée au Pacha. Au retour à la villa, Alex titube, les garçons piquent une tête dans la piscine, et Daïna et Vincent passent la nuit ensemble sur le toit. Tel un groupe de pré-ados partant en colonie de vacances pour la première fois, dont seul la syntaxe approximative prête réellement à sourire. Nous sommes loin du coup de poing au visage que Snooki, star de Jersey Shore, avait reçu dans un bar et qui avait fait jaser l'amérique entière, et ce dès le troisième épisode.

Snooki punch

Aux Etats-Unis, l'épisode pilote de Jersey Shore avait dores et déjà atteint ce point où la mass culture rejoint la crass culture pour ne faire qu'un, représentant ainsi quelque chose qui nous est encore étranger à nous autres français (malgré la bonne tenue de Secret Story en termes d'audience). Mais là où l'émission de MTV donne dans le divertissement tellement outrancier qu'il en devient presque gênant (au point que la marque Abercrombie & Fitch refuse que Mike, l'un des participants, continue à porter leurs vêtements de peur d'être associée à son image), nos Ch'tis font pour leur part office d'enfants de choeur mis en scène dans un programme affligeant et trop peu amusant. La parodie signée South Park avait prévenu : « It's a jersey thing ». A jersey thing, et certainement pas autre chose.


Thomas Rietzmann.