Nota bene : des enquêtes similaires avaient été menées en 1970 et 1992. La conclusion générale à tirer de ce rapport de 2008 c'est que les réponses des hommes restent stables alors que celles des femmes sont en constante évolution. Mais vous allez remarquer qu'elles partaient de tellement bas que même en les doublant, on reste ébahi. Je tiens également à déplorer l'aspect purement hétérosexuel de cet article mais impossible de savoir si les chiffres en question incluent les relations homo.

Commençons par le début et donc l'âge du premier rapport sexuel. Pour les hommes, en quarante ans, il a diminué d'un an et demi (de 18,8 ans à 17,2 ans aujourd'hui). Mais pour les femmes, il a baissé de trois ans (le double donc) passant de 20,6 ans à 17,6. La tendance est donc clairement au rapprochement entre les deux sexes. Pour expliquer cette évolution, les analystes insistent sur le fait que ce sont les femmes qui ont vécu les plus grands changements (contraception, IVG, découverte du plaisir féminin - autant d'éléments qui tendent vers une plus grande autonomie sexuelle). Par contre, mai 68 n'apparaît pas comme un facteur explicatif mais plutôt comme le résultat d'une évolution des mœurs antérieure. Avant, à une époque antédiluvienne, pour 70% des femmes le premier partenaire était le mari. L'âge du premier rapport correspondait donc à celui du mariage - par contre, ce n'était le cas que pour 33% des hommes.

Beaucoup plus intéressantes sont les déclarations concernant le nombre de partenaires. "Les femmes déclarent avoir eu moins de partenaires au cours de leur vie que les hommes." OK, vous allez me dire que c'est les vieux qui faussent les chiffres mais dans le détail par catégorie d'âge, cette tendance se confirme, y compris chez les 20/25 ans. Et il y a trois fois moins de femmes qui avouent de "nombreux partenaires" que d'hommes. Je sais, vous vous demandez à partir de combien on atteint le stade fatidique de "nombreux partenaires". 20 ? 30 ? Pas du tout mes petits agneaux dépravés. A partir de 10!! Et là, attention jeunes filles, je vous signale que seulement 11% des femmes admettent plus de 10 partenaires (non, pas en même temps mais bel et bien au cours de leur vie) Contre 35% des hommes...
Ce qui, au final, donne une différence absurde entre le nombre de partenaires moyens : 4,4 pour les femmes (sans commentaire) versus 11,6 pour les hommes.

Mais notez quand même que si les chiffres des hommes sont stables par rapport à 1970 et 1992, ceux des femmes suivent une augmentation exponentielle. 1,8 partenaire en 1970 (la louse complète), 3,3 en 1992 (les bras m'en tombent). Donc 4 en 2008, on peut considérer que c'est le nirvana, l'orgie, la dépravation totale. (Je rappelle encore une fois qu'il ne s'agit pas de 4 partenaires au cours de l'année 2008 mais au total.) Si le rapport parle d'une "évolution sensible", je tiens à souligner que ces chiffres me plongent dans des abîmes de perplexité dubitative quant à la moralité de mon entourage.
Une des explications avancées est que les femmes ont une manière très personnelle de comptabiliser leurs partenaires. Alors que les hommes auront tendance à inclure toute nénette dont il auront effleuré le cul dans le métro, les femmes préfèrent occulter les coups d'un soir pour ne compter que les "vraies histoires". Il reste dévalorisant pour une femme de dire qu'elle a eu plusieurs partenaires dans l'année. La pression sociale les pousse alors à minimiser le nombre de leurs aventures. Donc si les pratiques ont évolué (elles baisent plus) les représentation non (elles le cachent).
A l'intention de nos jeunes lecteurs, profitez bien parce que l'âge où on a le plus de partenaires en peu de temps est 18/19 ans pour les filles et 20/24 ans pour les hommes.

Sur la fréquence des rapports, pour une fois, on tombe tous d'accord et les chiffres ne bougent pas en 40 ans (à part une augmentation de l'activité sexuelle des femmes de plus de cinquante ans). Il y a d'ailleurs quelque chose de rassurant à savoir qu'on ne baise ni plus ni moins que nos parents. Le nombre moyen de rapport par mois est 8,7. Les Français baisent donc deux fois par semaine. Par contre, la fréquence des rapports diminue progressivement chez les femmes à partir de 25 ans alors que chez les hommes c'est dès 20 ans. Sachant qu'ils se font dépuceler vers 17 ans - ça ne leur laisse que trois ans d'activité sexuelle intense...
Et pour ceux qui sont maqués, spéciale dédicace : "La fréquence des rapports n'est pas liée seulement à l'âge. Elle diminue également lorsque la durée de la relation augmente : de 12 rapports par mois dans les relations de moins de 6 mois, on passe à 8 quand la relation dure depuis plus de 5 ans."

Masturbation. Là, on attaque le gros morceau.
90% des hommes disent avoir déjà pratiqué la masturbation (première question mais qui sont ces 10% ? y'a quand même pas 10% d'hommes d'Église en France ?) contre 60% des femmes (deuxième question subséquente : qui sont ces 40% ?)
Alors que pour les hommes il s'agit d'une pratique très associée à l'éveil de la sexualité et la découverte du corps, chez les femmes la masturbation vient avec l'âge. Entre 18 et 24 ans, une femme sur deux dit s'être déjà branlée contre 2 femmes sur 3 entre 25 et 49 ans. Au final, on a une femme sur cinq qui se masturbe régulièrement. Certes, le chiffre est un peu minable mais c'est pire quand on sait que "régulièrement" correspond à une fois au cours des 12 derniers mois! Si on résume, on a donc une femme sur cinq qui s'est branlée l'année dernière... Mauvaise foi quand tu nous tiens...
"Ces écarts sont à mettre en perspective avec des représentations sociales fondées sur une dichotomie persistante qui, même si elle est moins marquée qu'il y a quelques années, attribue aux femmes une sexualité cantonnée au registre de l'affectivité."

Quelques conclusions plus anecdotiques. La pratique de la sodomie reste très occasionnelle et l'échangisme rarissime. Pas d'augmentation notable alors que le nombre de reportages télés consacrés au sujet donnait plutôt l'impression que tous les paysans de la Creuse et les profs de sport passent leur samedi soir dans des boîtes à touzes. 1,7% des femmes sont allées en club échangiste et seulement 0,6% y ont pratiqué une activité sexuelle. Pour les hommes, ça s'élève à 3,6% ce qui, par déduction mathématique, signifie que les hommes seuls sont acceptés dans certains clubs. Une autre surprise (en tout cas, pour moi, être d'une douce naïveté) est que le recours à la prostitution est stable. Pas de recul depuis 40 ans. Si vous vous interrogez sur la sexualité de votre père ou votre grand-père sachez que chez les hommes de plus de 50 ans, 1 sur 4 a déjà essayé. Et le rapport prévoit que ce chiffre ne diminuera pas. A noter que dans la tranche des 20/34 ans seulement 4% vivant à la campagne ont eu recours à une prostituée contre 11,6% en agglomération parisienne... C'est marrant parce que j'ai calculé que ça fait quand même une moyenne de 2 hommes sur 20 à Paris et j'ai jamais entendu aucun mec en parler... Mais bon, les moyennes c'est sûrement pas fiable me direz-vous...

Mais la vraie surprise de cette étude c'est ce chiffre : dans tous les groupes d'âge confondus, 75% des femmes pensent que les hommes auraient par nature plus de besoins sexuels que les femmes (alors que 62% des hommes sont de cet avis). Là, c'est la consternation. Mais ça éclaire les chiffres dérisoires concernant la masturbation dans la mesure où il s'agit d'une pratique qui vise uniquement un plaisir et un soulagement physique. Si les femmes sont persuadées d'avoir moins de besoins sexuels mais une sexualité davantage liée au registre de l'affectif, elles minimiseront logiquement leur pratique de la masturbation. En résumé, la sexualité masculine est perçue comme biologique contrairement à celle de la femme.
D'où vient ce décalage ? D'après Nathalie Bajos, qui a travaillé sur cette enquête, il est lié au fait que "dans la famille, au travail et en politique, les femmes sont prises en étau entre un discours égalitaire et une réalité qui ne l'est pas". Désolée Éric Zemmour, il faut croire que la société n'est pas aussi féminisée que ça. "Pour accepter qu'elles gagnent moins, qu'elles ont moins de responsabilité et plus de tâches domestiques, elles pensent que, in fine, les hommes et les femmes au lit ce n'est pas exactement pareil. C'est socialement vrai mais biologiquement faux! La sexualité est le dernier champ qui résiste aujourd'hui au discours égalitaire."

Enquête sur la Sexualité en France, sous la direction de Nathalie Bajos et Michel Bozon (éd. La Découverte)

Illustration: AA.