Le patron Bernard organise depuis 4 ans, le premier week-end d'août, l'incroyable Festy Gay, ou La Dernière Gay Pride de la saison.

 
Premier contact avec la population de cette intrigante commune, quelques jours avant l'événement, par téléphone, avec le patron de La Chaumière, "l'hébergement le plus kreiz ker", autrement dit l'hôtel du centre-ville : "Aaahhh, la fameuse nuit du 6 août, vous faites bien de réserver, ça nous fait plaisir de recevoir du monde. Nous-mêmes on organise un petit quelque chose. C'est 36 euros la nuit, avec salle de bain et touti frouti. Y'a même la téloche, mais ce jour là, entre nous, y'en a pas besoin."

L'arrivée sur place est à la hauteur de la réservation, le patron est, pour l'occasion, une patronne : "un mix entre Samantha Oups et Amélie Mauresmo", il porte donc un t-shirt rose et une raquette de tennis.


Le Festy Gay, à l'instar de toutes les gay prides du monde, a un parcours bien défini. A Gourin, il fait environ 600 mètres : départ devant le Starman, remontée de la « Main Street », arrivée à La Statue de la Liberté, puis retour jusqu'au Starman… "comme chaque année".

En attendant le départ, des centaines de personnes se placent de chaque côté de la rue principale. L'assemblée est indescriptible tant elle est variée.

Sont notamment présents : 

SHANNON, L'ACCORDEONISTE DE DOUARNENEZ

"Je me sens tellement mieux en femme. Il y a le côté Roger le marin (dans le civil, Shannon s'appelle Roger et exerce la profession de marin, NDLR) et le côté Shannon, l'accordéoniste." D'autre part, Shannon/Roger est aquarelliste.
 

ROBERT, HETERO D'ILE-DE-FRANCE

"Mais je ne suis pas que d'Ile-de-France, j'ai de la famille ici moi. Tu peux faire le tour du monde, jamais tu verras ailleurs ce que tu vois à Gourin. Des gens torses nus, des comme ça. Et même s'il pleut. (…) Non, j'ai pas un coup de soleil, je m'expose pas comme ça moi. (…) Elle a raison Marie-Paule Belle, la chanteuse, on s'amuse bien chez nous autres."
 
RENE, HETERO ELEVEUR DE BETES A GOURIN

René connaît bien le patron du Starman, il est "déjà allé boire un coup quand même, et puis PD c'est pas écrit sur le front." Il rit et interpelle son cousin François "Hein François ? C'est pas écrit sur le front ". François lui dit qu'il est con et ne rit pas.
 
ARMELLE, HETERO GOURINOISE

"Ils sont très discrets. » - sic ! « Non, c'est pas une coiffure pour l'occasion, je change souvent". 
 
Magie climatique de toute gay pride oblige, lorsque la parade démarre, le ciel se dégage et la pluie s'arrête. Comme on aime à le dire ici, « à Gourin il pleut que sur les hétéros ». Cinq chars (tracteurs compris) se lancent dans un majestueux défilé et un joyeux bordel s'installe dans la ville : confettis, ballons, cornes de brume, distributions de préservatifs, Madison transgénérationnel et transgenre, musique de gay pride, YMCA géant, Tatayoyo à bloc, tout y est. Robert a raison, « on voit pas ça ailleurs ».

Devant le Starman commence alors la danse du tapis, moment phare de la journée. Des dizaines de personnes se mettent en cercle, le staff du Starman distribue une dizaine de carpettes et c'est parti pour une heure et quelques. 

Pour ceux qui n'ont jamais mis un pied dans une boîte de province, la danse du tapis est une pratique assez courante dont les règles sont simples. L'établissement met à disposition quelques tapis de petite taille, souvent sales. Les danseurs font la ronde. Ceux qui ont un tapis se placent au centre, choisissent une proie du regard, l'invitent à s'agenouiller sur le petit tapis sale en face d'eux, l'invité décide à sa convenance de claquer une bise ou de rouler une pelle à son prétendant puis garde le tapis et se lance à son tour. Au Festy Gay, ce rituel signe l'ouverture de la chasse.

Le Starman offre ensuite un buffet aux bénévoles, pendant que les participants tentent de se restaurer, ce qui n'est pas chose aisée. Les Gourinois ne sont pas vénaux, et ne cherchent pas particulièrement à faire du chiffre d'affaires sur le dos des homosexuels. A 21H30, manger une crêpe relève du miracle.

Un miracle à l'andouille plus tard, c'est au Starman que ça se passe. 15 euros l'entrée avec conso, pas de CB à l'entrée, l'intérieur est intenable tellement il y fait chaud, le jardin est entouré de hauts mûrs en parpaing (difficile de dire si le style pas fini est volontaire ou si des vandales ont fait la déco), et les back-rooms avec lits ronds et croix de Saint André font l'unanimité. À l'aube, sensation de fin de boum : finalement on aura claqué 15 balles pour fumer des clopes dans un garage et Robert a définitivement raison,"on ne voit ça qu'à Gourin". Et pour sûr, on y retourne l'année prochaine.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 
 
 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Texte: Luneau & Martineau // Photos: Agence A.M.A.