La Trilogie du Samedi

En 1996, M6 s'est déjà dotée d'une case pour le troisième âge, malicieusement intitulée « Le mardi, c'est permis », dans laquelle on retrouve des épisodes de Dr Quinn, Femme Médecin. Mais il faut un équivalent pour les jeunes. C'est alors que naît la Trilogie du Samedi. 

Prenez note, car vous ne trouverez cette information dans aucun manuel d'histoire en circulation : la Trilogie du samedi est créée le 6 décembre 1997 avec à son bord, Le Caméleon, Dark Skies et Profiler. Mais la raison pour laquelle la trilogie deviendra un programme culte, sorte de grand-messe du samedi soir, c'est l'arrivée à l'antenne de Buffy Contre Les Vampires. Au départ, Buffy n'est qu'un film de série Z (avec Luke Perry), écrit par Joss Whedon.


 
Sentant que son scénario n'a pas bien été saisi, Joss décide d'en faire une série télévisée, à laquelle Sarah Michelle Gellar donnera ses lettres de noblesse. Le programme est addictif, à cause, notamment, de quelques épisodes d'une importance capitale : Willow, la gentille sorcière rousse, qui tombe progressivement amoureuse de Tara, offrant à la série le premier couple lesbien du petit écran. Et ça personne ne l'avait vu venir, surtout que son dernier petit ami n'était ni plus ni moins qu'un loup-garou. Quoique, avec du recul, ça explique bien des choses. 



Autre fait marquant de la série, l'épisode où Buffy manque de justesse de se faire violer par un Spike aux pulsions incontrôlables sur le sol de sa salle de bains. Un moment intense pour ce qui ne devait être au départ qu'une banale série pour adolescents en manque d'action. Sans oublier l'épisode musical, dans lequel tous les personnages s'expriment en chansons (inédites). Impossible toutefois de justifier le charme que possède une série comme Buffy : on aime ou on passe son tour.

La Trilogie du Samedi accueille également entre autres Charmed, ou la série qui refusait de mourir, même après avoir exploité toutes les possibilités scénaristiques (allant de la demi-soeur secrète jusqu'au fils du futur) et Roswell, qui a eu la primeur de faire connaître au public Katherine Heigl et son fabuleux air concerné.

Katherine Heigl dans Roswell

La même, 6 ans plus tard dans Grey's Anatomy

Sisi la famille

Au commencement des nineties, les familles américaines ont le moral au beau fixe : de Notre Belle Famille à La Fête A La Maison, tout le monde s'embrouille gentiment à cause d'un vase cassé ou d'une mauvaise note, avant de se réconcilier sur fond de fête foraine et de tendres caresses dans les cheveux. L'humour y est franchement bateau, et seule La Vie De Famille, simple resucée du Cosby Show, nous pousse à guetter les scènes dans lesquelles apparaît Steve Urkel pour un minimum d'originalité.



Il est également important d'évoquer 7 à la Maison, ne serait-ce que pour éviter de reproduire la même erreur. Cette série devrait à ce titre rentrer dans la mémoire collective. 7 à la Maison était la seule série au monde à se sentir capable de construire un épisode autour d'un doigt d'honneur commis par Simon, le cadet de la famille. Garanti sans trucages :

La série prône la « tolérance » et le respect des valeurs familiales et religieuses avec un puritanisme nauséabond. Pourtant, si le personnage de Mary s'est vu expédié à New-York vivre chez ses grands-parents (comprendre :  « disparaître de la série »), c'est parce que Jessica Biel, son interprète dans la vraie vie, devenait un élément incontrôlable pour les producteurs de la série, qui n'ont pas apprécié la voir poser nue en couverture de Gears en dehors de ses heures de tournage. Après 10 ans de bons et loyaux services sur la WB, la série tire enfin sa révérence, avant que la CW ne décide de la reconduire in extremis pour une 11ème saison, qui, pour être produite, nécessite des réductions budgétaires drastiques. Peut-être aurait-il fallu commencer par ne pas créditer un chien au générique dès le premier épisode.



La seule sitcom à réellement émerger du lot est Mariés, Deux Enfants, qui met en scène une famille américaine on ne peut plus white trash irrévérencieuse au possible -avec en prime un Ed O'Neil bien plus revêche en Al Bundy à l'époque qu'en Jay Pritchett aujourd'hui dans Modern Family. D'ailleurs, Peggy Bundy n'était-elle pas la toute première MILF de l'histoire de la télévision ?




Drama king

Nous sommes en octobre 1990 lorsque Beverly Hills arrive à l'antenne. Cette histoire de deux jumeaux qui emménagent dans une nouvelle ville connaîtra un vif succès et donnera lieu à un spin-off, Melrose Place, et deux remakes de piètre qualité. Seule Beverly Hills demeure à ce jour capable d'expliquer la présence de Tori Spelling dans la presse people. Un tumblr pour revivre la série au travers de gifs inspirés.



Beverly Hills connaîtra aussi son pendant australien : Hartley, Coeur à Vifs

 

Laissons parler Charlotman, un utilisateur de YouTube : « J'adorais !!! J'regardais ça en pleine adolescence, ma periode Grunge..lol, la musique est terrible ! » (sic). Difficile cependant de s'identifier aux personnages, puisque le casting était interchangeable d'une saison à l'autre, jusqu'à la première apparition de Drazic, l'idole de tous. Pour être cool dans les années 90, il fallait ressembler à Drazic, ou au moins, être en accord avec son esprit partiellement rebelle, compréhensif face à sa légère dyslexie qui le complexe terriblement et adhérer à son énorme piercing à l'arcade.

 

Pour moins de violence et plus de poésie, c'est chez Dawson et sa bande qu'il faut se réfugier. L'univers de Dawson Leery est composé de films de Steven Spielberg, de questions existentielles et de lui-même. Dans cette série, les personnages s'expriment bien, voire trop bien, ce qui leur permet de mettre des mots sur leurs tourments d'adolescents et autres affres de l'amour, en restant malgré tout « naïf » et « sensible » (quoiqu'un peu neuneu).



A ce sujet, Dawson n'est pas vraiment le personnage le plus intéressant de la série. Cette place revient à Pacey, le meilleur ami de Dawdaw. Pacey, qui porte un prénom digne d'une station-service, réalise peu à peu qu'il est amoureux de Joey (qui elle, est une fille, suivez bien), et les deux finissent ensemble au terme de la série, non sans moult hésitations et notamment un été passé au large, à bord du catamaran de Pacey, judicieusement nommé « The True Love ».



Un peu neuneu, on vous avait prévenu.


Le super(pas)naturel

Les années 90, c'est également une invasion de séries fantastiques de qualité inégale. Evidemment, pour le genre, X-Files tient le haut du pavé. Mais comment oublier Sliders, Les Mondes Parallèles, et sa bande d'amis inlassablement trimballés d'une dimension à une autre, interprétée par des acteurs bien trop vieux pour leurs rôles.


Pensons aussi à The Sentinel (Jim Ellison de son vrai nom), le seul détective au monde capable de repérer par exemple qu'une cigarette Camel sans filtre s'est glissée par erreur dans un paquet de Lucky Strikes, tout cela à 12 258 km de là, mais aussi de sentir la présence d'un gaz toxique dans un immeuble du Guatemala depuis un sous-marin soviétique qui empesterait déjà la fleur d'oranger. Un sur-homme quoi.
 
Tout comme Gary Hobson de Demain à La Une, qui lui se contentait de recevoir le journal du lendemain, apporté chaque matin par un mystérieux félin. Ainsi, Gary, simple analyste financier de son état, devait-il trouver quotidiennement le temps d'empêcher un ouvrier du bâtiment de faire une chute mortelle ou convaincre le gouvernement de sa ville que renforcer ce barrage pas très sécur' situé dans le Nevada serait une idée plutôt judicieuse. Tout cela en n'omettant pas d'échanger quelques mots avec sa meilleure amie Marissa, qui n'a pas la vie facile puisqu'elle est une femme, noire et aveugle, ainsi que son pote loser à la coupe de cheveux franchement discutable, années 90 obligent. 
 


 
Les matinées de France 2 ne sont pas en reste, et nous proposent quant à elles l'histoire d'Alex Mack, une adolescente aspergée par accident d'une substance chimique lui conférant des supers-pouvoirs. Alors forcément, la bougresse va se faire un malin plaisir à traquer les méchants, armée de ses nouvelles capacités surnaturelles, notamment une dont elle use et abuse : la flaque d'eau (bien utile pour passer sous des portes, impressionner les potes ou, soyons fous, laver le sol).

 

A ce jour, nous ignorons s'il existe des conventions de fans pour ce genre de programmes, dans lesquelles les aficionados referaient le monde, en se posant des questions de type: « Et si Gary recevait le journal de la veille à la place et que la série devenait une métaphore complexe sur les regrets et les actes manqués ?». Ou plus simplement: « Mais alors, cette fameuse Alex Mack... personne n'a jamais marché dedans ? »


Pour le plaisir

Outre six amis qui barbotaient gaiement dans une fontaine et habitaient des appartements surréalistes, les années 90 ont accueilli bon nombre de sitcoms en tout genre, misant plus sur la bonne humeur qu'elles dégagent que sur leur humour potache. Will Smith vendait du rêve en emménageant dans le quartier riche de Bel-Air et Fran Drescher décrochait le rôle de sa carrière en nourrice frivole accompagnée d'une famille embarrassante.



L'explosion des soeurs Olsen (au sens figuré, ne vous réjouissez pas trop vite) débouche sur la création de leur propre série, aux blagues maintes fois éculées et, pire, imitées par les jumelles Tia et Tamera, qui leur emboîtent bientôt le pas avec Sister, Sister. Envions-leur au moins leur collection de couvre-chefs inavouables.



Mais rien ne peut alors égaler le charisme des lycéens de Sauvés Par Le Gong, dont le générique incarne à lui seul toutes les années 90 :



 
Le milieu des 90's, c'est aussi l'âge d'or de MTV, qui produit ses premiers programmes animés telles que Beavis & Butt-head, et surtout, son spin-off Daria, dont la galerie de personnages et la bande-son accordée aux charts de l'époque n'a rien à envier aux séries animées d'aujourd'hui.

 


 

Conclusion

En définitive, les années 90 constituait une période où l'on osait de nouveaux concepts plutôt bon esprit, jamais trop torturés et surtout, réalisés avec les moyens du bord. Une période où les urgences étaient synonymes d'opérations chirurgicales et non d'introspection quotidienne signée Meredith Grey, sorte d'Ally McBeal - la folie en moins - au grand coeur. Une période où la tendance n'était pas aux vampires, mais plutôt aux gentilles sorcières, dont Sabrina restera l'emblème de toute une génération. Une période où les Experts n'existaient pas, laissant toute la place au charme torride et au générique envoûtant des Dessous de Palm Beach (appuyé de torses suintants pour les visuals et d'une Aguilera au rabais assurant la partie vocale).

 

 



On ne clamera pas haut et fort que « c'était mieux avant ». Mais il était plus facile de s'enticher de Buffy Summers, Brandon Walsh ou Phoebe Buffay que de ces jeunes riches de l'Upper East Side ou de l'oncle Charlie (Sheen).

 

 

Thomas Rietzmann.