Quand j'étais petit, j'avais deux passions : Pokémon et Seinfeld. L'une comme l'autre ont disparu avec le temps.

 

C'est donc avec stupeur que j'ai constaté que le dernier volet des "monstres de poche" (traduction littérale) s'était écoulé à 2,63 millions d'exemplaires rien qu'au Japon, et ce en deux jours d'exploitation. Là-bas, l'engouement ne connaît pas de limites d'âge, et l'expression "de 7 à 77 ans" prend ainsi tout son sens. De notre côté du globe, force est d'avouer que l'on ne joue plus avec autant de passion. Qu'est ce que ces jeux de rôles fantastiques avaient de fascinants à l'époque ? Pourquoi n'est-on plus attiré par eux comme avant ? Réponse basique : nous avons grandi. Entre autres, oui. Mais pas que.

En 2009, les deux premières versions du jeu entrent dans le Guiness des Records en tant que "meilleure vente de RPG de tous les temps". Rien d'étonnant tant le phénomène est alors monstrueux, sans mauvais jeu de mots. Avec ce jeu, Nintendo cherche à relancer les ventes de la GameBoy, en perte de vitesse, mais aussi en faire une valeur sûre pour les générations présentes et futures, et ainsi ne pas paraître trop obscur aux parents. Et à partir du moment où ton père se met à rebaptiser ton prof de technologie de 5ème "monsieur Salamèche" - son vrai nom était Maiche - en référence au pokémon du même nom, on peut dire que le pari est réussi. Monsieur Maiche, si vous me lisez, sachez que vous nous faisiez bien rire à l'heure du dîner (no offense).

Pokémon, c'était en quelque sorte des combats de coqs légalisés. Et moins primaires, car il y avait une stratégie et un fond de morale derrière tout ça. Ici, les monstres ne meurent pas, ils tombent "K.O.", et la récompense ultime n'est pas pécuniaire, mais purement symbolique. "Bravo tu as battu l'ordinateur, maintenant sors de chez toi et va affronter d'autres joueurs humains à l'aide de ta poké dreamteam" (l'équivalent plus sophistiqué des Pogs et des billes chinoises). Ce qui n'empêche pas d'avoir son lot (plutôt conséquent) de détracteurs, comme en attestent diverses de l'époque, dont celle-ci :


Une perle improbable dans laquelle on explique aux parents que le jeu est l'oeuvre du démon, et qu'il apprend aux enfants à pénétrer dans le monde de la sorcellerie, jeter des sorts, et plus généralement, finir en enfer.

Qu'importe, pour moi comme pour beaucoup d'autres, Pokémon était devenu une véritable institution. Des figurines jusqu'aux cartes postales, en passant par la série animée, je mettais un point d'honneur à être le plus parfait des pokémaniaques, et m'étais même entrainé à apprendre par coeur leur numéro de série. Tu me disais "N°77 ?" je te répondais "Ponyta". "N°26 ?", "Raichu". A l'heure où j'écris ces lignes, j'admets avoir triché pour vous ressortir ça. Dieu merci, ce tour de magie à tendance hautement autistique s'oublie avec le temps.

Le jeu consistait en une belle aventure humaine (quoiqu'un peu surréaliste), flirtant occasionnellement avec la fable, de part sa symbolique animale et ses quelques traits d'humour. Mais avant toute chose, Pokémon nous apprenait la patience. Une vertu nécessaire pour mener à bien sa collection, qui nous fait maintenant bien souvent défaut. Dommage, parce que je me rends compte aujourd'hui que "Hey, toi, ton Carapuce est un vrai Caraprépuce" aurait finalement été une parfaite punchline pour amorcer un combat avec panache. Mais déjà, commencer une phrase par "Hey, toi", ça annonce pas mal de grabuge dans l'air. Pour ceux qui voudraient l'utiliser à l'avenir, sachez que la finale mondiale du jeu vidéo Pokémon se déroulera à San Diego, le 12 août. Sympa.

Pour moi, Pokémon représente désormais toute une période de la fin des années 90 (une dont on est fier), et de jolis souvenirs. "C'était qui ton pokémon préféré ?" demeure une question plus pertinente que "T'en penses quoi de la nouvelle miss France ?" on retrouve moult gifs animés mettant en scène les créatures sur tumblr, et il est de bon ton de poster sur Facebook des vidéos amusantes comme celle-ci :


Il est toutefois délicat d'aller jusqu'à se replonger dans cet univers pourtant si prenant : bon nombre d'autres jeux vidéo intéressants se sont depuis bousculés au portillon sans avoir eu besoin d'exploiter une licence déjà vieille de 10 ans. Le nombre de jeux Pokémon s'élève à ce jour à 10, sans compter les jeux dérivés et les remakes, portant le total à près de 50. Les monstres d'aujourd'hui ont beau arborer un nouveau nom, ils restent fortement inspirés de leurs pendants de 1999. Les graphismes, la musique, l'aventure connaissent une mise à jour mais subsistent dans le fond les mêmes qu'autrefois. Ce qui fort heureusement n'est pas notre cas. C'est également pourquoi la perspective de recommencer une partie à zéro après avoir terminé d'écrire cet article ne m'excite guère. C'est un peu comme faire la collection des magnets en forme de départements français offerts dans les boites de cordons-bleu : une fois que tu as fièrement reconstitué la carte de France sur ton frigo, que faire de tes doublons ? Certains réitéreront l'expérience, sur un sèche-linge. Mais la plupart changera plus simplement de plat de résistance.

Reste qu'évoquer Pikachu et consorts de nos jours, c'est avant tout se remémorer la belle époque, tout en réalisant que oui, ils avaient bel et bien raison, "comme le temps passe vite".

 

Thomas Rietzmann.