Les programmes jeunesse

Durant la majeure partie de son existence télévisuelle, Dorothée a régné sur le marché des programmes dits « pour enfants », à l'aide de mangas pêchus et de ses acolytes Corbier, Ariane et Jacky. La concurrence est alors pourtant rude : sur France 2, une jolie rousse du nom de Maureen Dor, accompagnée de Charly & Lulu, nous propose de regarder Scoubidou ou les Tiny Toons tandis que Valérie Payet anime Canaille Peluche (sur la chaîne à péage, d'où le jeu de mots), entourée de marionnettes stylisées façon Téléchat. Canal + oblige, l'humour y est corsé (appréciez notamment la blague sur la police).


C'est en 1996 que s'opère une véritable évolution technologique au niveau des programmes jeunesse. Alors que sur France 3, les Minikeums tiennent toujours la forme (avant de disparaître en 2000), France 2 innove avec La Planète de Donkey Kong (ou DKTV), qui voit le personnage culte de Nintendo et ses amis s'animer en 3D sous nos yeux ébahis. L'émission mélange ainsi une animatrice humaine avec une équipe de singes réalisés en images de synthèse, longtemps avant les penchants zoophiles des nouvelles publicités Orangina (et en bien moins malsain également).


Ce miracle de l'animation ainsi que le contenu tout aussi séduisant - qu'il s'agisse de S Club 7, Chair de Poule ou Sabrina l'Apprentie Sorcière - ont contribué à faire de l'émission un programme référence. TF1 suivra plus tard avec un duo de grosses souris mâles dont nous n'avons pas retrouvé le nom malgré de lourdes recherches. Où est donc Pierre Tchernia quand on a besoin de lui ?

Les jeux télévisés

1993. Karen Cheryl anime Hugo Délire, au concept digne d'un vulgaire mini-jeu en flash dégotté en demandant à Lycos d'aller chercher les mots "jeux gratuits en ligne". Ce sont néanmoins les premiers pas vers l'interactivité à la télévision. Le jeu implique le téléspectateur dans le feu de l'action, et ce depuis chez lui : Hugo se retrouve dans diverses situations périlleuses, le but étant d'appuyer comme un forcené sur les touches du téléphone pour le faire arriver sain et sauf au bout du parcours semé d'embûches. A la clé, un voyage à Belle Plagne, parfois en Tunisie. Et un ersatz d'une Game Boy, intitulée Mega Duck, en guise de lot de consolation.


En 1998, le Bigdil s'impose sur nos écrans, présenté par Vincent Lagaff' venu avec ses Gaffettes, quatre bimbos qui ouvrent d'énormes paquets cadeaux pailletés abritant des perceuses électriques ou du caviar d'aubergine. L'émission se veut conviviale et n'est finalement qu'un grand bazar un peu foutraque (mais convivial). Ainsi, elle introduit dans le monde des jeux télévisés le concept de ces gens qui crient après un élément de décor - « LE RIDEAU ! LE RIDEAU ! » - concept encore jamais réemployé à ce jour. Beaucoup admettront aussi la regarder uniquement pour Ramucho, ses jeux de mots et sa flûte de pan. Mais avouons, avant tout, qu'il n'était alors pas très courant d'avoir une émission en access prime-time où l'on pouvait entendre chaque soir "je prends la soeur !" ou "'je vais prendre la mère !" durant l'épreuve finale. Oui, c'est trivial, mais il fallait oser.

Aujourd'hui Vincent Lagaff a perdu le peu de cheveux qui lui restait et présente ponctuellement une version encore plus épuisante du Juste Prix. Tout cela manque sérieusement de lancer de micro. Motus et Les Zamours demeurent les derniers bastions d'une série de jeux télévisés estampillés nineties, et foncièrement ringards. Et après tout, c'est normal. Il serait laborieux de relancer un jeu comme Qui Est Qui ? en 2011, ne serait-ce que du fait de personnes telles que Mélanie Laurent, qui pratiquent le cumul d'emplois à tort et à travers, et dont on ne saurait pas derrière quel rideau les placer. Il est probablement également exclu pour TF1 de déloger Secret Story en faveur du retour d'Intervilles. Quoiqu'avec les retours récents de La Roue de la Fortune et d'Une famille en Or, il ne faut jurer de rien.

Les programmes musicaux

Parce qu'il n'y avait pas de classement iTunes mis à jour toutes les heures, mais aussi parce que le classement Télé Poche se contentait des 5 premiers du classement des ventes de singles, la télévision des années 90 avait pour rôle de nous guider et, plus globalement, de rendre la musique populaire encore plus accessible à tous. Bien après le Top 50, qui a migré vers des chaînes sur lesquelles on n'a jamais eu l'idée d'aller faire un tour (TF6 !!?), le Hit Machine est alors le programme expert en la matière. On y retrouve Charly et Lulu - ainsi que leur infernal jingle - à la présentation. Ce sont eux qui donneront ses lettres de noblesse à l'émission (désolé Ophélie).

               
Le duo présente chaque semaine un classement des singles les plus vendus et écoutés, un concept qui, à l'ère du numérique, paraît aujourd'hui quelque peu obsolète. Le Hit Machine disparaîtra d'ailleurs de la grille des programmes de M6 en 2009 dans l'indifférence générale. Tout comme Fan 2, dont l'éviction brutale de Séverine Ferrer la poussera à faire des choses incohérentes, comme représenter Monaco à l'Eurovision ou présenter une émission de Jazz sur une chaîne valdo-fribourgeoise (oui, nous avouons avoir été pêcher cette dernière information sur Wikipédia).

De fait, la place de la musique sur les chaînes hertziennes s'est trouvée fortement restreinte lorsque, sur M6, le Boulevard Des Clips a laissé placé à l'Avenue 100% Mag et l'Impasse Des Publicités. A vrai dire, la musique a globalement disparu de la télévision française : même d'ex-robinets à clips comme W9 ou MTV ont laissé place à de la télé-réalité ou des rediffusions des Simpson. Enfin, à moins que vous n'attendiez le milieu de la nuit pour tomber sur des clips de la nouvelle scène française, réalisés pour la plupart en papier mâché.

 

Thomas Rietzmann.