Quand on les regarde tapoter le sol pieds nus en levant les bras au ciel on se demande s'il ne se sont pas tous perdus dans un autre univers. En fait, non, ils se sont retrouvés pour partager quatre jours de trance sur une piste de ski fleurie du Parc Naturel Régional du Vercors. En communion avec la nature, le son et les substances.

Le Hadra Trance Festival est le seul festival français à avoir reçu en 2010 le prix du "Greener Festival Award". On reçoit donc dès notre arrivée un petit cendrier portatif, les objets polluants tels que les bouteilles en verre ou les chiens sont interdits, on trie les déchets et on pisse dans la sciure de bois tout en s'essuyant les mains avec des huiles essentielles. C'est pas compliqué, à la fin du festival, on compte bien plus de mecs au sol que de bouteilles vides.

Il faut noter la bravoure de ces hommes et femmes qui sont tombés au champ d'honneur après avoir dansé pendant des heures, des jours, sans manger, juste avec leur petite bouteille d'eau à la main.

- Je suis arrivé jeudi soir et j'ai pris mon premier repas au festival samedi midi, j'ai mangé une pomme et un yaourt. J'ai pas trop bu d'alcool, parce que quand tu danses ça déshydrate.

Impossible de parler de ce genre de festival sans évoquer la drogue. La trance est sans doute la dernière communauté musicale hippie, au sens noble du terme. À la différence de la génération hippie qui essayait tout et n'importe quoi sans en connaître les effets, ici on maîtrise son sujet. Un des bénévoles en charge de l'organisation confirme:

- Ce Festival, c'est le monde des Bisounours, j'ai pas eu un appel de la sécurité de toute la nuit.

Il y a du LSD, de la cocaïne, des champignons, de l'ecstasy, du mdma, des acides... mais les dealers ne sont pas des gros vendeurs, ils consomment ce qu'ils vendent, et l'argent récolté sert juste à payer l'essence du camion avec lequel ils sont venus au festival. Il y a donc très peu de mauvaise came sur le site et lorsque que la sécurité civile annonce une vingtaine de personnes malades, l'organisation passe assez vite à la chasse au mauvais dealer, celui qui ne fait partie de la communauté et qui est juste venu pour vendre sa merde. Quand un teufeur tombe au soleil, la sécurité vient le réveiller pour le poser à l'ombre. Il y a même des mecs qui tripent en aspergeant tout le monde avec des pistolets à eau pour éviter les insolations. Une vraie garderie pour triper sans risque.

Il y a toujours des gens qui vont un peu loin, comme le mec qui essaye de rentrer dans un arbre car il y voit une porte, la fille qui creuse un terrier ou le mec qui rentre dans sa tente en croyant que c'est une énorme pistache. Mais pas de bave aux lèvres, ni de hurlements. Rien de bien méchant en somme.

On discute avec un dealer qui fait le guet devant une tente. Il nous explique qu'il est du coin, qu'il connaît tout le monde, qu'il ne raterait pour rien au monde ce festival, et qu'il serait près à y aller sans vendre du matos, juste pour triper. Il sait aussi que ses extas sont de bonne qualité et que c'est mieux pour tout le monde.

Au loin une fille demande en rigolant de l'aide à ses amis :

- Aidez-moi avec mes pieds, je sais plus où qu'ils sont et je veux danser.

D'un point de vue musical, c'est assez répétitif mais c'est le principe. De longues vagues aux variations légères qui permettent aux danseurs de monter vers la transe par paliers, comme en plongée sous-marine. On est loin de la free-party et du punk à chien complètement bourré, agressif, avec sa canette de Maximator, devant le mur du son qui crache de la Hard Tech de merde.

La transe c'est un trip en solo irréalisable sans la présence d'autres personnes dans le même état que toi. Chacun monte à son rythme et sur la petite scène "chill out", on peut, et on se doit, de redescendre doucement en écoutant un mec du groupe Milanga qui fait du beat box avec un didgeridoo ou la musique afghane de Massoud Raonaq. 

- Quand je suis dans la voiture, j'écoute du jazz.

L'artiste "concept" va droit au but, il vit de la trance, mais n'est pas fou. Ce n'est pas une musique de tous les jours. C'est la musique d'un instant. 

- Il était bon ce DJ, j'ai bien aimé le voyage.

Le samedi après midi devant la grande scène au soleil, ça ne sent plus la transpiration, c'est pire, au-delà du possible. Les teufeurs dansent depuis deux jours non-stop, à en faire se retourner un sorcier indien dans sa tombe. Certains mecs du premier rang ont appliqué à leur esprit l'idée de décroissance économique, on voit dans leurs yeux qu'ils sont sur répondeur, que seul leur corps résonne.

Soyons honnêtes, si ce genre d'événement est aussi bien organisé, les risques sont proches de zéro. On a moins de risques pour sa vie en tripant "en festoch" que tout seul chez soi à essayer un "mauvais matos".

Un musicien compréhensif chuchote à une bénévole incrédule pendant que les festivaliers du samedi soir installent leurs hamacs entre les sapins:

- Si tu veux qu'on reparle de l'Inde demain, y'a pas de problème, je serai plus a jeun.

Au stand des pizzas, les Italiens qui ont bien travaillé chantent "funiculi funicula" debout sur la table qui sert à faire la pâte. Pour les 9 500 festivaliers et les organisateurs l'ambiance restera légère jusqu'au petit matin.

On repart fatigué mais heureux. A la gare de Grenoble, on croise de nombreux zombies souriant avec des chapeaux en forme de champignon. L'un d'eux résume sa nuit :

- J'étais tellement défoncé, j'ai pris un rail de speed et je me suis endormi comme un bébé.

Une véritable garderie à ciel ouvert pour Bisounours ce festival.
 

 




























;

















































































Texte et photos: Quentin Cherrier.

 

A LA DEMANDE DE L'ASSOCIATION HADRA, NOUS PUBLIONS LEUR DROIT DE REPONSE CI-DESSOUS:

L'association HADRA tient à utiliser son droit de réponse pour manifester son désaccord face à l'article paru sur le site Brain Mag «J'irai danser chez vous, au Hadra Trance Festival».

En effet, tout au long de cet article, nulle part l'auteur ne soulève la dimension artistique et culturelle du festival, ni l'investissement de l'association, et son combat pour  la diffusion et la promotion des musiques électroniques en tant que tel depuis maintenant 10 ans. L'article tel qu'il est rédigé actuellement, pourrait sérieusement et irrémédiablement compromettre la pérennisation du festival à Lans-en-Vercors, en fournissant des arguments de taille aux nombreux opposants de l'événement.

Le journaliste a consciemment choisi d'orienter l'article sur les substances illicites, tout en décrivant un lieu où elles circulent librement, reflétant l'image d'un festival où la drogue est banalisée et son usage récurrent. L'association tient à préciser que cette manifestation est encadrée par tous les services de l'Etat (douanes, gendarmes, pompiers…) qui mobilisent des effectifs conséquents et mettent en place des dispositifs adaptés pour éviter tous débordements, mais aussi pour empêcher les trafics de stupéfiants. Si les forces de l'ordre avaient observé le même constat que Brain Mag, l'évènement n'aurait tout simplement pas eu lieu.

Face à cette initiative inconsciente et dangereuse de notre partenaire, qui décrédibilise le fondement-même de notre objet associatif, la structure Hadra condamne cet article, qui sans objectivité aucune, se permet d'obscurcir tous les points qui font de ce festival, un événement insolite en France : éco responsabilité primée «Greener Festival», programmation musicale éclectique hors-norme, activités annexes (Healing Zone, spectacles de rue), rayonnement international, encrage territorial par le développement de nombreux partenariats avec les associations et commerçants locaux (plus de 70000 € réinjectés dans l'économie locale), étroite collaboration avec la mairie de Lans-en-Vercors et les collectivités locales/territoriales ; et au-delà, son combat quotidien pour la reconnaissance des musiques électroniques et plus précisément la musique trance.

N'ayant aucune volonté d'aller contre la liberté d'expression, l'association Hadra souhaitait néanmoins exprimer son point de vue et précise qu'elle ne souhaite pas associer son image au webzine Brain Mag."

(C)