La Fête de la Musique, c'est une petite mort annuelle sans orgasme. Un chemin de croix vers la musique sans pèlerinage. Un échec régulier, assumé, dans les rues de nos villes, entre groupes de rock heureusement non labélisés et alcooliques plus ou moins sympathiques.  
 
Il est environ 19 heures quand on se pointe au bar "La Karambole" du côté de place de Clichy. Car c'est ça l'astuce pour passer une bonne fête de la musique : ne pas bouger. Ne surtout pas traverser la ville et multiplier les échecs auditifs à coups de fanfares de reprises d'Amy Winehouse et autres concertos en djembés et capoeiristes.
 
- Tu crois qu'il va y avoir un DJ de chez Ed Banger ?  

Et bien non, une vraie fête de la musique ça se fait sans stars. On s'en fout de savoir qui joue du moment que l'ambiance est bonne, que la bière coule à flots et que les pompiers ne viennent pas fêter le 14 juillet en avance.  

La fête de la musique est la seule nuit ou tu peux venir avec ton casse bras* sans que ton serveur chéri te vire à coup de pompe.  
Ce soir, c'est une soirée Drum and Bass ou Dub Step, qu'importe, cela ne rapporte pas beaucoup de point au Scrabble mais ça va faire éliminer pas mal de calories.  

- Y'a comme une odeur ?  

En effet, cela sent un petit peu la drogue. Fumer son pétard dans la rue est aussi visiblement l'un des petits plaisirs de la fête de la musique. Le tout au milieu des enfants du quartier venus avec leur maman et/ou leur papa.  

- Tu viens danser avec nous ? demande une petite fille au mono-sourcil déjà imposant à une autre. Elles s'en vont déhancher joyeusement au milieu des rastaquouères devant des parents ravis qui ont sous-estimé le pouvoir euphorisant de la pinte de Mojito.  

La nuit arrive enfin et un sympathique pogo définit le placement de la foule devant les DJ's: les mecs bourrés seront devant, les autres derrière. On danse au milieu de la rue et on se dit : « mon dieu, je suis en train de passer une bonne fête de la musique, sans emmerdes, sans musiciens amateurs qui détruisent des classiques du rock and roll, sans payer ma bière 8 euros pour écouter du jazz manouche et j'ai même trouvé un coin pipi ».  

Les gens sont posés dans le caniveau, mais cela ne les dérange pas. Ils refont le monde, une bière à la main. Il fait bon, c'est l'été. Il y a un mec qui jongle, Il y a toujours un mec qui jongle pendant la fête de la musique, c'est dingue ça. On sait pas d'où ils sortent, ils doivent se passer le mot, en association avec la confrérie des mecs qui s'endorment devant les portes d'immeubles.  

00H01. Le son s'arrête, les gens ne se plaignent pas, tout le monde s'en va sans bruit, même pas une petite baston, même pas un mec bourré qui titube au milieu des détritus. On est pourtant à 5 minutes de la Place de Clichy, il devrait se passer un truc, d'après les médias c'est un endroit dangereux. Bah non, c'est une soirée sans fausses notes. Il y a juste une petite chose que l'on a pas comprise: le Dub Step ça se danse, ou c'est juste de l'expression corporelle ?  
 
*mélange fortement alcoolisé dans une bouteille plastique. 



Texte et photos: Quentin Cherrier.