(Les mots et expressions suivis d’un * sont expliqués en fin d’article dans le lexique)



Pierre Charles, 26 ans, Docteur-Ingénieur en mécanique
Spécialiste de minifigs* et fan des univers Castlle et Star Wars.
 
“Ce que j’aime dans notre communauté, c’est la variété des collectionneurs. Il y a ceux qui ne veulent que des vieux modèles, ceux qui préfèrent tout créer de leurs mains et puis il y a aussi les cinéphiles qui font des films en stop motion avec des Lego. En ce qui me concerne,  je collectionne les cities, c’est à dire les paysages Lego, mais aussi les minifigs* même si, contrairement à certains, je ne les considère pas comme des objets sacrés.  Je m'amuse surtout à les mélanger pour fabriquer de nouveaux personnages. J'ai fait une dizaine de Jedis sortis de mon imagination et j'ai aussi une armée d'une centaine de chevaliers tous différents, car aucun n'a le même visage. Ce qui me motive en tant qu’AFOL, c’est  le plaisir de garder éveillée la part d’enfant qui est en moi.”
Son regard s’illumine quand on lui demande ce qu’il ressent quand il plonge les mains dans un bac de Lego. “Quand je suis seul sur mes briques et que je les manipule, je ressens une grande sérénité d’esprit qui m’envahit, comme si plus rien n’existait autour. J’imagine que c’est pareil pour les passionnés de lecture, ils vont dans une partie de leur tête vivre des aventures.”
Quand on lui parle des rapports qu’il entretient avec les non-AFOL, Pierre les qualifie de complexes. “Je suis complètement extraverti sur le sujet, j’en parle volontiers, à mes amis, ma famille et même dans mon boulot. Je pense qu’il ne faut pas être gêné de ce que l’on est et qu’on doit assumer nos activités personnelles. Ensuite, il y a le côté “ espace-vore ” de cette passion qui est dur à concilier en famille. Heureusement que ma femme est là pour me recadrer.  Mes parents m’ont aussi  plusieurs fois mis en garde sur mes activités pour ce qu’elles nécessitent comme temps et comme place nécessaires. Mais ça ne les empêche pas d’exposer certaines de mes créations chez eux.”
Ses projets pour l’avenir ? Un gratte-ciel sur lequel il veut tester une technique de montage et une rotonde ferroviaire ainsi qu’un MOC* de Citroën DS3 à la taille des minfigs.
 


Jean-Louis, 40 ans, Informaticien
Jean Louis est le fondateur de l’association FreeLug (pour French Enthousiast Lego User Group). Il nous reçoit dans sa maison afin de nous montrer son atelier de Lego et sa collection de vaisseaux Star Wars, dont une version d’un mètre de diamètre du Millenium Falcon qui trône au dessus de sa télé. Mais c’est dans son atelier que réside le gros de sa collec’.
 
“Comme beaucoup de gens, j’étais un KFOL* et de Star Wars étant gamin. Evidemment je suis passé à travers le Dark Age* et j’ai replongé dans la passion des briques vers 28 ans. A cette époque, ils venaient de sortir une brique programmable qui permettait de faire de la robotique. Je me suis dit que c’était génial mais qu’il fallait résister et attendre d’avoir des gamins pour pouvoir y jouer. Sauf qu’il se trouve que j’ai craqué. J’ai acheté une boîte et ça a été l’engrenage. Par la suite, je suis tombé sur les vaisseaux Star Wars en version Lego et j’ai eu le même coup de foudre. A l’époque, je n’habitais pas dans cette maison et ça prenait de plus en plus de place au point d’occuper toute la chambre d’amis. Peu de temps après, on a acheté cette maison et je me suis réservé une pièce entière pour en faire un atelier. Le problème, c’est que ça ne suffit plus vraiment et que j’ai de nouveau la chambre d’amis qui commence à être envahie. ”.
A côté de lui, sa femme rigole et confirme “eh oui, ça recommence”. Jean-Louis poursuit : “Maintenant mon rêve c’est d’avoir une maison avec un sous sol intégralement consacré aux Lego pour pouvoir m’étendre à perte de vue. C’est vrai que c’est sans fin, cette passion, et d’ailleurs quand je m’y suis remis c’était quasiment de l’achat compulsif vu que j’avais raté des années et des années de Lego, de modèle Technic et Star Wars.”
Sur sa propre définition des AFOL : “Pour moi les AFOL font partie de cette catégorie de gens que l’on appelle les adulescents. Comme ceux qui font des courses de voitures téléguidées, qui jouent aux jeux vidéo ou bien qui font du modélisme, je pense qu’au fond on est tous pareils, on fait ça pour s’amuser et se décontracter. Il n’y a pas à en avoir honte, je pense.”


Philo, 54 ans, Ingénieur en électronique
Considéré comme le savant fou de l’association Freelug, Philo est un AFOL spécialisé en robotique. Membre actif du Freelug, connu pour ses bricolages un peu fous, il a été invité au  siège social de la marque à Bilung (Danemark) quatre fois. Le jour de notre rencontre, il est derrière son stand d’exposition en train de régler un énorme système composé de plusieurs modules en Lego (une vidéo + un hommage à notre interviewé dans les commentaires).
 
“Je me suis intéressé aux Lego au début des années 80 quand les premiers Lego Technic sont sortis avec des petites télécommandes qui permettaient de concevoir des séquences de mouvement pour des montages techniques. Vu que c’était un peu limité, j’ai laissé tomber rapidement et je n’ai pas retouché aux Lego jusqu’en 1999. A ce moment est sortie la gamme Mindstorm qui permettait à un public de non spécialistes de faire de la programmation pour animer des robots. J’ai acheté un kit à ma fille et finalement j’y ai plus joué qu’elle.”
Philo a également une page web qui regorge d’info sur les Lego Technic. “Quand je me suis plongé dans cette passion, Internet devenait populaire et les AFOL ont commencé à discuter entre eux. J’ai donc créé ma page web et j’ai voulu mettre des infos technique dessus, comme par exemple des tests de moteurs Lego avec leurs caractéristiques ,ou bien des photos de mes propres réalisations comme mon support de caméra robotisé qui permet de prendre des photos panoramiques. J’ai d’ailleurs remporté un prix avec ce montage et j’ai gagné un petit R2D2 robotisé. ”
Sommé d’en dire plus sur ses bricolages en Lego, Philo nous montre une drôle de machine équipée d’un laser et d’une webcam. “ J’ai fabriqué un scanner d’objet en 3D pour modéliser des pièces de Lego et contribuer à un logiciel de conception assistée par ordinateur qui s’appelle ELDRO. Peu de personnes  font ça, peut-être une dizaine dans le monde, car c’est assez ingrat comme tâche et c’est surtout assez complexe. Maintenant Lego fait la même chose pour son logiciel maison mais ils n’ont pas prévu certains montages un peu exotiques que les AFOL peuvent fabriquer. ”
Lorsque les visiteurs passent devant son stand, ils sont plutôt impressionnés. Nous lui demandons quel regard on porte sur lui d’habitude. “Quand les gens qui ne me connaissent pas découvrent ma passion, en général ça sourit pas mal, je me trimbale quand même une image d’allumé, je ne m’en cache pas et j’assume très bien. Il y a l’aspect Lego qui fait déjà un peu bizarre qui s’additionne avec un petit côté savant fou mais ça a toujours été comme ça, alors j’imagine qu’il y a un fond de vérité là-dedans.”
Scoop Brain : son prochain projet est de participer à un concours qui consiste à fabriquer une horloge coucou fonctionnelle entièrement en Lego.
 

JAC, 44 ans, Meunier magasinier
JAC, est le porte-parole de l’association. Contrairement à beaucoup d’autres AFOL, il n’a pas connu de Dark Age*.
 
“Je me souviens quand j’avais 8 ou 10 ans, mes Lego étaient coincés dans le grenier. Ça m’a tellement frustré de ne pas pouvoir y jouer, qu’à partir du moment où je les ai retrouvés ils ne m’ont plus quitté. Jusqu'à environ 20 ans, j’ai continué à y jouer un peu en cachette. Arrivé aux caisses des magasins de jouets, j’avais presque envie de demander un paquet cadeau, histoire que personne ne pense que c’était pour moi. Puis l'épanouissement est venu petit à petit, d'abord avec un modèle Technic acheté avec le copain qui partageait mon appartement quand j'étais en BTS, puis ensuite avec mon ex qui m'aidait à monter mes modèles. Depuis, cette envie de construire des choses ne m’a pas quitté.”
Le coût se sa passion ? “Bien sûr, les briques Lego sont chères mais c’est un investissement durable dans le temps. On ne s’en rend pas vraiment compte mais il y a énormément de choses qui sont calculées sur une simple brique deux par quatre (l’une des briques de Lego, la plus connue et la plus utilisée ndlr). C’est à la fois un matériau complexe et solide qui permet donc de construire ce que l’on veut.”
Contrairement à Philo, JAC n’est encore jamais allé à Bilung mais c’est dans ses projets: “C’est un peu un pèlerinage pour nous d’aller là-bas. Dès fois, je compare ça à la Mecque. Je n'y suis pas encore allé, mais je sais pertinemment qu'un jour je mettrai les pieds dans le parc de mes rêves.”

  Petit lexique des AFOL :
 
Dark age : période de l’adolescence durant laquelle on abandonne ses Lego.
Draft : pratique qui consiste à partager des pièces de Lego après une réunion entre AFOL. Chaque participant prend 10 pièces chacun son tour jusqu’à l’épuisement du stock.
LUG: Lego User Group
KFOL: kid fan of Lego, un enfant normal quoi.
Minifig : les petits personnages articulés made in Lego qui se vendent à présent comme des jouets de collection.
MOC : My Own Creation, désigne un modèle issu de l’imagination de son constructeur.
Clone : les marques de jeux de briques autres que Lego
Le “Swoosh factor” : un terme utilisé par certains AFOLs pour décrire le feeling que l'on ressent en tenant un set LEGO Star Wars en main, le faisant voler en tous sens tout en accompagnant ses gestes par des bruitages de type “ Swooooosh ”
Sorting Party : acte rébarbatif consistant à trier ses pièces de Lego.

 

 

Texte, photos et vidéo: David-Julien Rahmil.