Bimbo version méridionale, cette véritable princesse du Sud se caractérise par un excès de maquillage, de bijoux, une nette préférence pour le plastique et le plaqué or, et une tenue vestimentaire proche de la nudité. Toutefois, lorsque la cagole opte pour le port de vêtements, ceux-ci se trouvent souvent être de couleur blanche, avec des franges et des mailles (notez la référence à la pêche et au port de Marseille). L'imprimé peau de bête est également très populaire au sein de cette population (le soir uniquement) ainsi que les sandales compensées et autres escarpins à bouts pointus.

Ne serait-il pas pourtant un peu réducteur et parisianiste de n'associer la cagole qu'au sexe et à la trivialité ? Pas vraiment si on en croit le Dictionnaire des Marseillais, qui la définit comme « une fille de mauvais genre, d'allure vulgaire »…

On trouve cette espèce dans toute la région Provence Alpes Côte d'Azur, également connue sous l'acronyme « PACA ». Toulon, Marseille et la région Niçoise sont les points d'ancrage phare de la cagolerie. Telle une moule accrochée à son rocher on peut en effet supposer que la cagole aime l'eau.  Cependant certains puristes tel que Fabrice P. professeur à Marseille, s'accordent à dire que « la cagole se trouve uniquement dans le Var et les Bouches du Rhône, pas après Arles ni au dessus d'Aix. » Le débat est donc lancé.



La signification de ce terme, désormais commun et employé bien au-delà du sud de la France, s'est nettement détachée de sa définition originelle. En effet au début du XXème siècle, le mot « cagole » désignait les femmes qui travaillaient dans les usines d'empaquetage de dattes à Marseille, et qui protégeaient leurs cheveux sous des cagoules.  Toutefois l'historien Marseillais Régis Bertrand crie à l'affabulation, pour lui l'histoire des travailleuses et de leurs cagoules n'est que pure imagination. « Cagole » vient selon lui directement du terme Provençal « caga » qui signifie déféquer. Si c'est vrai, c'est pas très sympa pour ces jeunes demoiselles… C'est d'ailleurs un sujet si pointilleux qu'il n'a toujours pas été évoqué dans Plus Belle la Vie, programme pourtant considéré comme étant le véritable passeur de la mémoire marseillaise.

La légende marseillaise raconte en tous cas que les travailleuses aux cagoules arrondissaient leurs fins de mois en monnayant leurs charmes… Mais crise oblige, la cagole écarte aujourd'hui librement ses cuisses contre 3-4 Pastis et un plateau d'oursins, voire même contre une bonne blague sur le PSG. Car si la cagole met en avant sa féminité, elle n'en reste pas moins quelqu'un de frondeur, provocateur et grande gueule, ce qui ne manque pas de la rendre touchante.

Deux amis d'enfance Yves Darnaud et Christian Van Eken eux aussi conquis par ses charmes, lui ont même rendu hommage en créant la bière sobrement nommée "La Cagole" qui, comme ils s'accordent à le dire « a tout ce que l'on peut attendre d'une cagole : un vrai tempérament et beaucoup de parfum ! ».
 


Depuis le printemps 2010 elle est également le sujet d'un livre, Eloge des Cagoles écrit à quatre mains par Maud Fandre et Pascal Petiot, avec une préface signée Franz Olivier Giesbert s'il vous plaît. En le feuilletant on découvre les premiers émois et autres flirts de plusieurs hommes plus ou moins « sérieux », tels que David Abiker et Gilbert Collard, entre autres, avec ces femmes-enfants si élégantes.

A l'instar d'une délicate couche de tapenade sur une croustade dorée, la cagole n'est rien d'autre qu'un élément indispensable pour mettre du soleil dans les coeurs. Et à écouter Julien, Lillois de 33 ans, il n'y a pas que le coeur que la cagole sait ensoleiller. Il se souvient de ses étés en famille à Sainte Maxime, et notamment l'été de ses 16 ans lorsqu'il a fait l'amour pour la première fois à une fille. Elle s'appelait Sabrina, elle était plus âgée que lui et venait de Fos sur Mer, autrement dit un bon vivier de cagolerie. Le fait d'y repenser aujourd'hui le rend encore toute chose : « On a fait ça sur la plage, je pense qu'on peut pas faire plus cliché. C'était maladroit bien sûr mais elle était pas farouche, ce qui m'a facilité les choses. C'était son parfum qui m'avait attiré, elle portait Angel de Thierry Mugler en très grande quantité, mais ça la rendait super sexy. Elle portait une jupe rose saumon super courte qu'elle s'amusait à remonter tout le temps, et bien sûr l'élément indispensable, les créoles blanches ! Oui je pense que les filles du sud, les cagoles, sont allumeuses mais c'est très taquin, pas vulgaire. Elles aiment bien jouer et puis elles assument leur féminité, elles. C'est de plus en plus rare et ça me manque. »

Pour Alexandre, 27 ans, la cagole reste LE fantasme ultime, en plus du côté cheap un peu facile, elle représente pour lui la transgression, la pénétration dans un monde qu'il ne connaît pas en somme… « Pour un Parisien, se taper une cagole c'est la transgression ultime ! Il y a quasiment un truc Roméo et Juliette, ou plutôt West Side Story, parce que les filles portent aussi des créoles dans le film. Tout nous oppose, on devrait pas être ensemble mais on en a quand même envie! ».

A force d'être la proie préférée de tous les mâles de France et de Navarre, sa réputation a naturellement dépassé les frontières de Martigues (Bouches du Rhône), sans doute également aidée par la soudaine popularité de Baptiste Giabiconi, le mignon de Karl L. et le roi des Cagolas.
On savait la cagole « multiprises » on sait désormais grâce à lui qu'elle est « multitâches », elle peut jouer de son physique mais aussi exprimer toute sa sensibilité artistique, t'y as vu ?




Sarah Dahan // Photos: DR.