Le dopage, les enjeux financiers gigantesques et la mafia russe ont tout gangrené. Autant dans ce cas s'intéresser au cyclisme ou au catch, deux spectacles où toute forme d'hypocrisie a été levée depuis fort longtemps.

Ce reportage fort documenté invite à la découverte de sports méprisés, moqués, bafoués, censurés. Quelques malhonnêtes détracteurs les qualifieront de ruraux, de polluants, de dangereux, d'idiots ou d'incompréhensibles. Tout cela est faux, et proféré comme par hasard par le très influent lobby footballistique.
Beaucoup s'étonneront de ne pas trouver dans cette sélection la discipline, certes intéressante, du curling. Son absence est simple à expliquer: le curling, régulièrement cité par les commentateurs ironiques, est justement l'arbre qui cache une forêt d'activités physiques merveilleuses. Arbre que cet article se propose de faire valdinguer, tel un tronc de mélèze projeté au loin par un surhomme écossais.

I comme motard
Dans la mythologie grecque, Icare et son père Dédale s'enfuirent du Labyrinthe de Minos au moyen d'ailes faites de plumes et de cire. En dépit des recommandations de son géniteur, Icare s'élève trop haut et trop près du soleil, la cire fond et Icare tombe dans la mer.
Lors du championnat de France de montée impossible de St-Thomé-sur-Valvignières (Ardèche), Kevin et son père Dudule déboulèrent armés d'une KTM800 boostée au Nitro Oxyde Liquide. En dépit des recommandations de son géniteur-mécanicien, Kevin s'éleva trop haut et trop fort sur le mur de terre, le cardan se brisa et le champion se vautra dans les premiers mètres de la montée. Comme tous les autres candidats.


 
A la fin, un seul d'entre eux survivra
Avant de former des groupes de chochottes dépressives tels que Mogwai ou The Pastels, les Ecossais fondaient surtout des clans de guerriers celtes. Ces clans s'affrontaient annuellement lors des Highland games, des joutes de force visant à établir une hiérarchie entre eux. Vêtus d'un kilt tissé dans leur tartan respectif, les valeureux candidats se mesuraient au cours d'épreuves célébrant la culture gaélique : lancer de tronc de mélèze (toss the caber), tir à la corde (tug o'war), jet de pierre en granit (stone put) et largage en l'air au dessus d'une barre d'un poids très lourd (scottish hammer throw). Cette dernière discipline est incontestablement la plus périlleuse : le lanceur doit propulser un poids de 56 pounds (soit 4 stones) et franchir une barre située juste au-dessus de lui. L'accompagnement musical, indispensable, est assuré par une fanfare de cornemuses. Dominés depuis le XIème siècle par les clans des Lowlands et Southern Uplands, les Highland games ont subi une mutation sans précédent avec la chute du bloc communiste et l'inscription aux épreuves de colosses ukrainiens, tchèques, moldaves ou allemands.



Dragster, serial moteur
Est-il pour l'homme sensation plus exaltante qu'un run de voiture-fusée lui permettant d'atteindre les 530 km/h en moins de quatre secondes ? Certes non. Hélas, au même titre que la chasse à courre, la pêche au dauphin ou le lâcher de taureaux dans les rues de Pampelune, les courses de dragster jouissent encore d'une réputation exécrable chez les faiseurs d'opinion de la bien-pensance écolo-parisianiste. Les compétitions d'engins terrestres à réaction seraient, selon ces chantres du développement durable, nocives à l'environnement. Sur quels chiffres fondent-ils cette hypothèse ? Une étude du DRPPA (*), la seule réalisée à ce jour, a pourtant prouvé que le bilan carbone du dernier championnat du monde de drag racing de Salt Lake City était inférieur à celui de la ville de Mexico en un an. Il serait naïf de penser le contraire : un run de catégorie top fuel n'en serait plus vraiment un s'il était pratiqué par le truchement de l'énergie  éolienne. La marche du progrès ne se conçoit pas pour l'heure sans nitrométhane, cela n'empêche pas de rêver au développement de futurs prototypes alimentés en essence de colza, de betterave ou de chou.
Qu'il soit permis de profiter de cette tribune pour un nouvel appel à témoin. L'homme de télévision Vincent Perrot -l'un des rares dans son milieu qui ait préféré aux délices trompeuses de la drogue les sensations vraies du sport automobile - cherche encore les voleurs du Satanic Machine, son rutilant bijou de 8000 chevaux odieusement dérobé sur un parking de boîte de nuit en 2006. C'est sur cet engin que Vincent avait pulvérisé le record du monde du 400 mètres départ arrêté.



(* : Dragster Rifle Petroleum Patriotic Association)

Hippophilie
Beaucoup le savent, les meilleures idées jaillissent parfois à une heure tardive, dans l'atmosphère fertile en maladies et en créativité des débits de boissons. Telle est l'histoire du marathon homme contre cheval. La légende raconte que c'est dans un pub de Llanwrytd Wells (Pays de Galles) qu'un doux illuminé se serait mis en tête d'opposer l'homme à son seul vrai ami : le cheval. La légende, en revanche, à raison de ne pas préciser sur quel critère l'humain et l'équidé devaient à l'origine être comparés.
Rendez-vous incontournable des mois de juin gallois, le Man Versus Horse Marathon oppose annuellement quelque 500 coureurs bipèdes pour une quarantaine d'ongulés montés par un cavalier. Les concurrents doivent parcourir 22 miles (soit rien moins que 38720 yards) dans la verdoyante lande celte. Jusqu'au début des années 90, la victoire de l'humain semblait une quête impossible. L'emploi de pharmacopée pour coureurs cyclistes (elle-même souvent inspirée de la science vétérinaire), de sifflets à ultrasons et de fléchettes anesthésiantes a fort heureusement permis à l'homme de vaincre les puissants équidés, tel Héraclès face aux centaures belliqueux.



Antipodes consortium
Unanimement méprisé, y compris par les Australiens, le football australien (ou Aussie's rules ou footy) est pourtant le seul sport collectif qui vaille, en ce sens qu'il est un amalgame subtil d'une quinzaine d'autres disciplines : football, football américain, football gaélique, soule languedocienne, rugby à 15, rugby à 13, rugby à 7, cricket, croquet, polo, basket-ball, volley-ball, handball, lutte gréco-romaine, marngrook aborigène et quidditch poudlardien.
Bien que fondée en 1858 par Tom Hills au retour d'un voyage en Angleterre, la discipline mit plus d'un siècle à établir ses règles actuelles. Définitivement codifié depuis 1966, l'Aussie's rules se pratique sur un terrain ovale d'une longueur de 165 coudées et 29 pouces, sur une largeur de 137 coudées et 23 pouces. A chaque extrémité se situent quatre poteaux de buts. Le but est de marquer dans l'une des trois zones délimitées par lesdits poteaux. Le ballon est ovale et peut être joué à la main, au pied ou avec toute autre partie du corps. Deux équipes de 18 joueurs et 4 remplaçants s'affrontent en quatre quart- temps de 20 minutes australiennes.
Il n'est pas rare à la fin d'un game de footy de constater des scores assez impressionnants, tel ce 64 à 46 infligé par la Nouvelle-Zélande à la Papouasie Nouvelle-Guinée lors de la Coupe du monde 2005. Afin d'éviter de tels résultats, le nombre de points de chacune des équipes est divisé à la fin du game par le même nombre. Le résultat final du mach fut donc de 10,4 à 7,4.
Complexe, voire imbitable au point de vue tactique, le footy est heureusement l'un des sports de contact les plus spectaculaires qui soient. Sa saine ultra violence (tous les coups y sont permis à l'exception de la cravate dans la pomme d'Adam et les joueurs évoluent sans protection) et son homo- érotisme musclé (les joueurs évoluent en mini short, débardeur et chaussures à picots) en font un must en devenir.



Pugilat hippie
Fusion a priori incongrue entre le plus viril des sports nord-américains (le hockey) et l'activité reine des artistes de cirque de rue et autres reggaemen grenoblois (le monocycle), le hockey sur monocycle est victime d'une odieuse sous-exposition dans les médias dominants. Il apparaît pourtant urgent d'en encourager la pratique, ce en dépit même de son intérêt sportif assez anecdotique. Il est en effet rarissime que le cyclo-hockeyeur tienne en équilibre plus de 8 secondes lors d'une phase de jeu. En cours de match, il est en revanche fréquent d'assister à des pugilats dignes d'un match de NHL américaine. Qu'on visualise la chose : un gymnase, des compétiteurs alter- mondialistes, des coups de crosse. En un mot : le bonheur.



No gossip
Assimiler la discipline du trial camion à une vulgaire déclinaison du monster truck américain-un sport où des 4X4 équipés de très très très gros pneumatiques écrasent des voitures de ville, n'y voir aucune signification psychanalytique- serait une gravissime erreur. Le trial camion consiste à franchir un parcours d'obstacles avec un camion de 22 tonnes et la grâce d'une ballerine. Oublier le big is beautiful frelaté des magazines féminins. Oublier aussi The Gossip et assister au prochain championnat d'Europe, à Montalieu-Vercieu (Isère).



La vache qui roule
Certains l'auront peut-être remarqué au cours de quelque villégiature dans une région laitière : les agriculteurs locaux tenteront à tout coup de promouvoir le terroir local à coups de compétitions fromagères fantaisistes. Qu'on ne s'y trompe cependant pas : la sculpture sur mimolette ou le concours du plus gros mangeur de livarot ne sont que prétexte à vous refourguer des hecto tonnes de fromage rance.
Il en va tout autrement du cheese rolling gallois. Le seul sport de glisse paysan du monde. Peu de choses sont requises pour sa pratique : une colline recouverte d'herbe et de cailloux, une tome du Pays de Galles de taille conséquente et un peloton de téméraires. La tome est lancée et déboule une pente d'environ 45 degrés. Tous les concurrents s'élancent en même temps du haut de la colline et dégringolent à la poursuite du fromage. Le vainqueur est celui qui parvient à s'en emparer le premier. Anecdote : les membres du groupe Stereophonics se sont rencontrés lors du concours annuel de cheese rolling à Cwamaman.



Tirer et labourer
Parfois surnommé dragster du plouc par les dédaigneux, le tracteur pulling est en réalité une ode sublime au génie mécanique et à l'art agraire. Le principe : un tracteur équipé de moteurs d'avions (leur nombre et leur puissance sont illimités) doit tirer une remorque de plusieurs tonnes (le poids varie en fonction de la catégorie) équipée d'un soc qui s'enfonce dans le sol au fur et à mesure que le tracteur avance. Les compétitions sont homériques. Un run de 100 mètres exige en moyenne 34000 litres de gasoil et les moteurs ne peuvent en général servir qu'une seule fois. Extrêmement populaire en Europe du Nord (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Picardie), le tracteur pulling est hélas menacé, suite aux plaintes réitérées des habituels groupes de pression écolo-fascistes et autres ronds de cuir de l'Union Européenne.



Cyskisme
Quel cycliste n'a pas rêvé de pouvoir, tel Lance Armstrong, dévaler un jour sur sa machine une piste noire alpestre ? Quel skieur n'a pas émis un jour le légitime souhait de pouvoir poser son cul sur une selle tout en glissant sur les cimes des montagnes ? Le skibob, miraculeusement, a exaucé ces doux utopistes. Sans toutefois hélas pouvoir maîtriser deux éléments non négligeables : la direction et le freinage.


 

 

Basile Farkas.