La Cité Internationale Universitaire de Paris (CIUP) voit passer chaque année près de 10 000 étudiants de 120 nationalités différentes, répartis dans 40 maisons. Une véritable tour de Babel de la fête.

La maison américaine, construite en 1930, a un petit côté Shining mais en plus petit. La fête de ce soir est réservée aux étudiants qui habitent la cité et à leurs amis. Rien n'a encore commencé et déjà deux américains titubent dans le couloir, une bouteille de mauvais vin à la main.

- Oh, Chris ! I'm too drunk !

Dans la salle polyvalente, on a dégagé le billard et la table de ping-pong. Fobway, le DJ qui organise aussi les soirées Holy Night, a tout le matos nécessaire pour sonoriser Le Stade de France, ou du moins Les Caves du Chapelet. Il passera toute la soirée de "la musique généraliste".

Des squelettes, des figurants du clip Thriller, des mexicains à citrouilles, une grande fille blonde en chaussettes longues et mini-short. La soirée commence avec la musique de la coupe du monde. Ici l'exception culturelle française n'a pas lieu d'être, soupe américaine pour tout le monde, avec un petit Guetta ou un Bob Sinclar par-ci par-là.

22H25. Stéphanie a vomi dans la poubelle et toute une bande d'amis lui fait prendre l'air, à elle, et à la poubelle. On sent une certaine solidarité au sein de la maison. Plus loin, un Freddy chilien, costume oblige, a du mal à prendre son verre. Il discute avec un Moïse, qui s'est fait une toge en descente de lit et un bâton en cintre, pour la barbe faudra attendre que ça pousse. Au total, il doit y avoir au moins 3 fois les YMCA au complet, ainsi que 4 ou 5 MGMT, mais en réalité tout le monde n'est pas déguisé. Certains Américains n'ont pas fait l'effort. D'autres se sont vraiment donnés. Pistolet en carton et collier en os. C'est l'avantage des études à l'étranger, ça laisse du temps libre pour faire ce genre de truc.

"Really ?" "Oh yeah !" "Where do you come from ?" sont les paroles qui ressortent le plus.

Il y a de plus en plus de bruit. Cela ne semble pas déranger plus que ça la maison voisine de la Belgique et du Luxembourg, il faut dire qu'il n'y a pas de vieux. Ca doit être pour ça. L'association Paris se Meurt devrait organiser des soirées ici.

23H30. Les lapines arrivent enfin. Une soirée américaine sans lapine, c'est comme une dance party en Iran sans Burka, c'est impossible.

A minuit, une bande de zombies italiens passent par les grilles prétextant qu'ils ne pouvaient pas mettre leur portefeuille dans les poches de leurs jeans slim. Les deux ou trois qui se font attraper sont raccompagnés à la porte.

On commence à comprendre que certains mecs ne sont pas venus là que pour danser. Ils veulent dormir sur place.

- Ah ouais, t'as raison, elle est bonne celle-là.

A minuit et demi, il n'y a plus de bière.

- "Put your hand in the air"

Ils sont tous à gueuler ça. Mais pourquoi donc? Ils veulent toucher Dieu?  Car après tout, la base de la danse est une sorte de communication spirituelle avec les dieux. On peut cependant douter de la capacité de Danzel ou Sean Paul à nous mettre en ligne directe avec le divin.

Le sol commence à coller et la pluie fine à l'extérieur n'empêche pas les gens de fumer. Les cercles commencent à se déformer. Les esprits se libèrent.

- Excuse-moi, est ce que tu as vu une jeune fille...  blonde ?

L'alcool fait son petit effet. A l'étage dans les couloirs, c'est l'effet d'un autre truc plus costaud qui se manifeste. Un étudiant extérieur à la soirée s'est entaillé la main dans sa chambre. Il a du prendre de la drogue dure, car en se battant avec les videurs qui viennent l'aider, il arrive à soulever un molosse de 150 kilos.

- I wanna die ! I wanna die !

Ah oui, c'est un gros bad trip. Heureusement que la sécu assure, non sans prendre deux ou trois patates, mais c'est comme ça, c'est le boulot.

Les pompiers de Paris arrivent en moins de temps qu'il n'en faut au présentateur de Secret Story pour apprendre par coeur la date de la bataille de Marignan.

En bas, c'est pire. C'est le moment du Kuduro. A vrai dire, les gens n'ont vraiment pas le niveau par rapport à Orléans. C'est un peu mou, pas très synchronisé tout ça. La barrière linguistique sans doute.

2h du mat. Il n'y a plus rien à boire, mais est-ce vraiment un problème ?

La transe divine devient sexuelle. Une autre voie pour atteindre le divin sans doute. Les Blacks Eyed Peas devraient, comme le viagra, être remboursés par la sécurité sociale dans les pays à faible natalité.

3H. La salle s'est bien vidée. Il n'y a pas de mec endormi dans un coin de la salle. Ni de couple à moitié en train de faire l'amour dans les couloirs. C'est l'avantage d'habiter deux étages au-dessus de la soirée. La musique devient plus mélodieuse, sans non plus être le requiem de Mozart.

3h20, c'est fini. Les videurs vident la salle. Un type profite de l'espace pour effectuer quelques mouvements de gymnastique, tout le monde se congratule de la réussite de la soirée. On ne sait pas combien il y a eu d'entrées. En tous cas, c'est une réussite.

Le videur le plus costaud dit à une fille qu'elle a de jolis yeux. Elle lui répond que c'est gentil. Il rétorque :

- Non c'est sincère.

Un videur sympathique et poète, une véritable rareté.

On sort, dehors il pleut des hallebardes. C'est bien agréable ce genre de soirée. Mais une fois que c'est fini, si l'on n'a pas chopé de la locale, qu'est-ce qu'on peut bien foutre à 4 heures du matin à la Cité Universitaire ?





Texte et photos: Quentin Cherrier.
 
 
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