Que fait-on un samedi soir à Orléans quand, assis à la terrasse d'un bar communiste, quatre anges vêtus d'ailes et de mini-shorts vous tendent un flyer ventant les mérites d'une soirée au "KA", avec 1000 ballons d'hélium ? On y va. Parce qu'on a rien d'autre à foutre.

Dans la mythologie égyptienne, le "KA" est le double spirituel qui naît en même temps que l'humain et qui survit après la mort (merci Wikipédia). On descend donc les marches qui mène à la discothèque avec appréhension. Contre 8 euros, la caissière de la porte de l'enfer nous offre l'entrée et une boisson qui permettra à notre "KA" de se libérer. La lumière est de plus en plus rouge, la peur s'empare de nous, on repense à la La Malédiction de la Momie en se disant que cette fois c'en est bel et bien fini de nous.
Et non ! En fait on vient juste de franchir une faille temporelle. Nous voilà dans une sorte de Buddha Bar en 1983, avec un sosie d'Alain Souchon qui nous sert le fameux breuvage (personnellement, une vodka glace).

Ce sont les filles qui se jettent à l'eau en premier, elles dansent en se regardant dans un miroir qui fait toute la partie gauche de la piste, pendant que Johnny "I Walk The Line" Cash se fait remixer par Laurent Wolf.
Et de Johnny Cash (désolé mon vieux) au Kuduro il n'y a qu'un pas. Le Kuduro, vous ne connaissez pas ? Mais si, cette danse country africaine à la mode, où d'un seul coup une boîte entière fait les mêmes pas de danse. C'est surprenant... Un peu comme le moment ou un morceau commence par un mec qui hurle "Helicopter" et que tout le monde lève la main en l'aire pour faire l'hélicoptère.

"C'était pas connu avant, c'était pas des steps normal", me dit la cousine éloigné de Loana. Ah, ok. Son voisin, qui porte un T-shirt avec l'inscription "Under Control", m'explique quant à lui qu'il est là pour se lâcher. Bien bien bien.

Mais cache ton désespoir, il y a au KA une deuxième salle privée ; privée car la moyenne d'âge y est plus élevée. Dans la zone fumeur de cette salle on parle d'hectares de betteraves, des prix des consommations dans les discothèques de Cannes et de la petite taille de Laurent Wolf.

- Laurent Wolf c'est un nain de jardin.
- Mais non moi je l'ai vu de près.
- Moi j'ai vu David Guetta.
- Mais ça n'a rien à voir. 

Il n'y a pas plus d'oxygène dans cette zone fumeur. Mais on est bien accueilli dans cette salle par une femme élégante qui aurait pu tenir un hôtel de passe de luxe à l'époque où cela se faisait. Dans cette salle, même pas peur de passer deux morceaux de Claude François à la suite. Il n'y a pas vraiment de DJ en fait. Juste des gens qui dansent comme à une bonne soirée au Memphis. Et deux travestis assis dans des canapés. Il est encore trop tôt pour eux.

Chez les jeunes, ça commence à jouer avec les ballons d'hélium. Bon en vrai, y en a pas mille, surtout à cause des trois abrutis qui les explosent au briquet. Les gens rient beaucoup et accrochent les ballons à leurs poignets. On dirait une sortie éducative pour des enfants de 5 ans lorsque la maîtresse bien attentionnée a trouvé un moyen ludique de les repérer à distance.

Chez les adultes, l'un des travestis s'occupe de la barre de fer, pendant que la patronne, professionnelle jusqu'au bout des doigts, passe discrètement du pshit à un endroit où quelqu'un a vomi. Ça sent comme dans l'avion. L'organisation de cette soirée est irréprochable. Pas de mecs bourrés qui emmerdent les filles, service au bar rapide et abordable, il y a même une machine sexy qui fait du chocolat et du café. Une qualité de service que les Parisiens ont oublié depuis longtemps, englués qu'ils sont dans la cave de l'International ou momifiés dans la file d'attente du Social Club.

Alors bon ok d'accord, il faut franchir une faille temporelle et aimer danser de la country africaine en rang d'oignon, mais ça vaut le coup. Il n'y a pas de rock ni d'electro, mais il y en a pour tous les autres goûts. D'ailleurs la piste de danse n'est jamais pleine, chacun attend sur le côté de la piste le morceau sur lequel il va pouvoir flamber, tenter sa chance pour choper.

A 4 h 30 une battle sort de nulle part. Un cercle se crée et là, c'est la grande classe. Même un mec bourré réussit son flip. Un instant de grâce. On sort, il est 5 heures, on a un petit creux, la boulangerie en face est ouverte. C'est trop parfait.
 

 

Texte et photos: Quentin Cherrier.
 
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