BINGO
À peine débarquées sur le site du festival, dans la verdoyance du parc de Beauregard, en bordure d’Hérouville-Saint-Clair, une envie irrépressible d’amusement vient nous chatouiller les ganglions. La formule magique s’appelle Bière - Bulots - Bingo. Équipées de nos pintes et nos mollusques, nous nous lançons dans un bon vieux bingo de festival. Le but : trouver en une soirée les éléments suivants :

À notre grande honte, c’est donc plus concentrées sur notre quête que sur la programmation musicale que nous sillonnons le domaine, constamment à l’affût de la proie, et ce malgré (ou grâce à ? Difficile à dire) un taux d’alcoolémie qui grimpe en flèche, décuplé par le soleil. 

BIOLAY
Alors que nous nous empiffrons au catering de Cocagne comme les sans-dents que nous sommes, un souffle glacial se fait sentir à table. Une facétie du Gulf Stream ? Un climatiseur devenu fou ? Non : c’est Benjamin Biolay, assis à la table d’à côté, qui nous jette des regards noirs. Parce que nous ne sommes pas des siens ? Parce que nous mangeons trop de pâté de crabe ? Ou alors, l’air sombre de Benjamin est-il tout simplement la conséquence d’un problème de transit en amont de son live, qui est imminent ? Perso j’ai toujours la coulante avant de monter sur scène, alors si c’est ça, I feel you Benj.

BOULETS
Après un live plus qu’honorable de Metronomy, qui a l’avantage 1. de bien vieillir 2. de faire apparaitre sur scène l’une des rares femmes du festival (en dehors d’elle et Yolandi Visser, pas d’autre meuf à signaler à des postes stratégiques), notre capacité d’attention est en berne. Alors que nous suçotons des restes de pâté dans l’ombre du buffet pour guetter d’éventuels artistes à qui la Kommandantur nous a refusé des interviews, voilà que surgit Metronomy. Il faut agir, vite. Joseph (Mount, ndlr) porte des petites sandalettes de cuir dont l'aspect ridicule nous donne le courage de passer à l'abordage. «Salut Joseph, dis, je sais que c’est con, mais tu voudrais pas faire le métronome avec moi pendant quelques secondes ?». Mi-consterné mi-incrédule mais surtout mi-bon gars, Joseph accepte. Ces quelques secondes de débilité sont très clairement le point d’orgue de notre journée. On ne fera pas mieux.

 

On a fait le métronome avec @metronomy #festivalbeauregard2017 #tuvasfairequoi #bpm @festivalbeauregard

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BRIAN MOLKO
Il aurait été dommage de se priver d’un petit passage par la scène Europe 2 pour un Maxx' de Placebo, un groupe qui force le respect pour la constance dont il a su faire preuve à travers toutes ces années, que ce soit dans les bêlements de Brian Molko, qui n’ont pas pris une ride, ou dans l’esthétique à la Death Note des vidéos qui accompagnent le live. Faut-il jeter la pierre à un groupe sous prétexte qu’il est resté bloqué dans le quinquennat de Jacques Chirac ? Nous laissons la question ouverte et allons nous coucher avec la satisfaction du bingo accompli.

bingo_solution

Ok, pour le zadiste, on a un peu "aménagé la réalité". Les personnes qui désirent voir la personne ivre en pleine action trouveront leur bonheur ici.

BIENSÉANCE (ou : BIDE)
La journée démarre fort avec un live Instagram en compagnie de Vald. C’est avec un petit stock de questions débiles autour de la bienséance et des bonnes manières qu’on aborde le blondinet, on se dit qu’il y a moyen de se marrer un peu autour de ce thème, mais visiblement, on est les seules à penser ça. «Je le sens pas ton thème là, oh je sens que ça va pas le faire». Son acolyte/DJ/A&R s’inquiète : «Ah, c’est en live ? On est censés avoir un droit de regard…». Vald se lance : «Bon allez, on s’en fout», et à ce moment, on a encore un petit espoir que les choses se passent bien. Un espoir qui s’envole dès la première question («Est-ce qu’il y a des règles de politesse élémentaire à respecter quand on visite le Vélodrome), à laquelle il rit TRÈS jaune et insiste que non, non, houla non, aucune en particulier, vraiment, non. Après deux questions, il réitère, face caméra : «Oooh je suis VRAIMENT pas sûr pour ton angle là». Tension. Malaise. Bon, quitte à creuser notre tombe, faisons le franchement : «Dans le rap, c’est important de montrer ses couilles. (là, Vald se frappe le front, consterné) Tu crois que les rappeurs devraient bénéficier d’une dérogation pour avoir le droit de continuer à pratiquer le manspreading ?».

Tu la sens, la fatigue ?

BREUVAGE
Le. Mojito. Au. Calva.

BÉBÉS
Retour à une ambiance plus détendue avec les petits mignons d’Aerobrasil, vainqueurs d’un tremplin local, et dont c’est le premier gros festival et à qui j'aurais bien proposé leur premier trouple. Interview dépucelage.

BRONCA
Un oeil sur l'event Facebook du festival nous fait entrevoir que ça gronde pas mal aux portes de Beauregard, la queue est interminable, les gens attendent pendant 2h sous un soleil de plomb pour pouvoir entrer. Transportées en véhicule climatisé depuis notre hôtel spa en bord de mer jusque sur le site du festival, comme des fleurs, on se sent un peu comme Marie-Antoinette et son équipage, préservées de la misère populaire. Si l’orga prévoit d’accroitre la quantité de places vendues pour les 10 ans du festival l’année prochaine, peut-être faudrait-il sérieusement songer à des solutions pour les 99% qui n’ont pas la chance d’être VIP ?

BRAVO
Rendez-vous dans les loges avec Synapson pour une partie de Questions pour un Synapson. Les garçons sont très forts et réussissent un quatre à la suite éclatant avec un questionnaire pourtant ardu sur l’anatomie du cerveau. Un très grand bravo à eux.

 

On a joué à Questions pour un Synapson avec @synapson, parce que. #festivalbeauregard2017 #julienlepers #cerveau

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BORING
Ibrahim Maalouf donne une conférence de presse lors de laquelle on apprendra beaucoup de chose sur les pistons de trompette. Pendant son live, le soir même, il exhorte le public à faire des pas de droite à gauche, à se baisser puis à se relever tous ensemble, à chanter une ligne mélodique en boucle, comme un GO du Club Med pendant un cours d’aquagym. Toutes ces initiatives forcées font peine à voir. On dirait le mec qui a pris un workshop pédagogique «Gérer un groupe de plus de 100 personnes» et qui applique ses leçons à la lettre. Une pensée pour Vald qui n’a besoin que de rester debout sur place en tournant le dos au public et de boire tranquillement une gorgée d’eau pour que la foule devienne folle à lier.

BESTAH
Iggy Pop, bien que claudiquant sur une jambe, visiblement atteint d’une vilaine sciatique, reste à jamais notre vieille Niçoise préférée. Peau cramée et cheveu soyeux, on a envie de passer notre samedi après-midi à faire les boutiques avec elle pour s’acheter des tops asymétriques et des tongs compensées.

BEAUX REGARDS
Le public devant le live de Phoenix comporte une proportion non négligeable d’adolescentes qui connaissent chaque putain de chanson par coeur et ont les yeux humides de bonheur. Paillettes, ferveur, Ti Amo, nostalgie, la vie est belle, la bière est bonne.

BESTIOLES
Jour 3, on apprend en toute dernière minute qu’on pourra choper les Australiens de Jagwar Ma pour quelques secondes entre la poire et le fromage. «Dans 10mn, ça vous va ?» Oh, on n’a encore pas la moindre idée de ce qu’on va leur demander, mais ça ira. Il en ressortira un «Qu’est-ce qui est pire ?» spécial sales bestioles, à l’issue duquel nous aurons droit à un cours détaillé sur le mode de vie de la mygale de Sydney, que vous pouvez lire ci-dessous ou sauter si vous n’êtes pas branché documentaires animaliers.

Jagwar Ma : La mygale de Sydney vient des plages du nord de Sydney, comme nous.

Donc vous en avez déjà rencontré ?
Oui… oh oui… On est des mecs dangereux nous, ça rigole pas.

Vous en avez déjà tué de vos propres mains ?
Ouais, j’en ai tué une ! Même s’il n’y a pas forcément de quoi être fier de ça. Tu savais qu’une mygale de Sydney peut survivre sous l’eau pendant une semaine ?

Une semaine ?! Mais comment ? C’est le genre de choses que vous apprenez à l’école en Australie ?
Ouais. Elles forment une bulle d’air autour d’elle, qu’elles accrochent à leurs petits cheveux, et elles s’asseyent au fond des piscines en attendant de te sauter dessus. T’es là en mode : «Oh qu’est-ce qu’on s’amuse dans la piscine !», et d’un coup… Haaaaarrrrrr ! T’es mort ! Plus de ce monde ! À jamais ! Et puis il faut savoir que les mygales de Sydney sont cannibales, les mygales de Sydney mangent les mygales de Sydney. La mygale de Sydney n’a peur que d’une chose : une autre mygale de Sydney.

Putain de merde.
D’ailleurs il y a un équivalent de notre groupe composé uniquement de mygales de Sydney qui est en train de faire cette interview dans ma vieille piscine. Exactement la même interview.

Et elles sont sûrement en train de se pourchasser les unes les autres pour s’entre-dévorer.
Ouais, mais comme toutes les araignées, elles ont peur des gens.

Donc elles auraient peur de vous ?
C’est compliqué. En fait, elles font partie des rares araignées qui attaquent les humains. Presque toutes les autres araignées prennent la fuite, mais elles, elles s’arc-boutent sur leurs pattes en mode : «Viens là, fils de pute ! Y a quoi ? Y a quoi ?!» Et le ratio pattes/corps est probablement le plus dingue que j’aie jamais vu dans le monde des araignées. C’est 2/3 de pattes pour 1/3 de corps.

Et les Jagwar Ma-mygales, ils vont jouer où ? Ici ? Ils sont dans la même dimension que nous ?
Ils sont sûrement dans un autre festival, en France, je pense. Peut-être même ici. Mais une version réduite de ce festival.

Un festival sous-marin alors je suppose.
Oui, d’ailleurs il y a une piscine ici ?

Il y a une rivière.
Ben voilà. Ça répond à ta question.

funnel

«Viens là, fils de pute ! Y a quoi ? Y a quoi ?!»

BITE
On ne pouvais pas décemment vous livrer une carte postale en B sans en passer par là. C’est donc sur ce fier chibre d’enfant spotté pendant le dernier concert du festival (Die Antwoord) que s’achèvera cet article.

Par Marion Girard (cascades et régie technique) et Marie Klock (pensée complexe).