L'Italo Disco n'est pas italienne. Certes, elle a été inventée par accident par deux frères italiens, Carmelo et Michelangelo La Bionda en 1980 avec I Wanna Be Your Lover : un morceau programme noyé dans une discographie entière de sous-Toto. C'est avant tout une musique de Blancs qui se prennent pour des Noirs, ou plutôt de blancs apatrides qui veulent produire de la musique de danse en rompant avec l'héritage soul via les synthétiseurs. Voir le cas de Giorgio Moroder, Italien pour les Italiens, Allemand pour les Allemands, Américain pour les fans de Donna Summer. Italienne par accident, l'Italo est en revanche Européenne par essence : c'est la musique du continent qui cherche son chemin hégémonique contre la musique des îles anglo-saxonnes. Elle se chante donc en général dans la langue de l'occupant, mais avec un mauvais accent et peut potentiellement essaimer partout, du Canada de Purple Flash Orchestra jusqu'au meilleur album de Neil Young, Trans en 1982.
L'Italo Disco est européenne. C'est la musique de Didier Marouani, de Rodionov et Future World Orchestra.



L'Italo Disco n'est pas de la disco. L'Italo Disco est un style et non un genre. Sur la RAI, dans l'émission Discoring, on l'appelait d'ailleurs le « rock électronique ». Elle s'incarne aussi bien dans les slows de Lucio Battisti que dans le score de Pino Donaggio pour Body Double. La différence? Si la disco peut être décrite comme la tentative d'introduire de la modernité et de la déviance dans la soul, l'Italo Disco se signale par son intention d'insuffler de l'âme dans la modernité électronique. Elle se distingue par son fond (sentiretardémental) et non sa forme, qui peut être pop, synth pop, space pop, électro pop.
L'Italo Disco est pop. C'est la musique de Lucio Battisti, Pino Donaggio et Desireless.



L'Italo Disco n'est pas underground. Comme le message de notre Seigneur, l'Italo Disco est offerte à tous les hommes. Ce n'est pas la musique de collectionneurs, malgré les interchangeables compilations pour DJs diggueurs plus ou moins stars (Hellboys par DJ Hell, Unclassics par Morgan Geist etc.). La scène Italo underground a bien sûr existé, en Italie, en France, même en Grande-Bretagne. Mais à part à la rigueur N.O.I.A, Charlie et Alexander Robotnick, il n'y pas de raison, autre que sectaire, de s'extasier dessus. Ses meilleurs morceaux sont bien souvent ceux qui ont le mieux marché : les chefs d'oeuvre de Sandra, Laura Branigan ou Fox the Fox.
L'Italo Disco est grand public. C'est la musique de Modern Talking, Mr Flagio et Alphaville.



L'Italo Disco est déviante. Quelle soit commerciale ou underground, l'Italo Disco ne respecte aucune orthodoxie. Elle se signale par le mélange constant, comme dans les medleys de Pink Projet, P4F ou Local Boy, qui croisent entre eux Pink Floy et Alan Parsons, Yes et Michael Jackson, Deep Purple et Herbie Hancock. Elle se passionne pour la musique classique, mais n'y décèle aucune autorité particulière, juste des opportunités esthétiques : faire danser avec des menuets pour Gian Piero Reverberi, composer des chansons d'amour en simplifiant Bach au Moog pour Carlos Futura. C'est le lieu par excellence des copules monstrueuses et de la composition par modules hétérogènes entre eux.
L'Italo Disco est hétérodoxe. C'est la musique d'Hans Wurman, de The Crazy Gang, et Pink Project.



L'Italo Disco n'est pas futuriste. Dans l'Italo tout, ou presque, se passe dans l'espace : les textes, les sons, les costumes. On la qualifie donc volontiers de rétro-futuriste.  C'est manquer l'essentiel. Si tout se passe dans l'espace, c'est que rien ne s'y passe : l'Italo a épuisé la dimension rétro- futuriste qui amuse encore Daft Punk dès le clip de I Wanna Be Your Lover et l'album Mach1 de Grand Prix. De même, rien ne sert de relever qu'elle sonne « années 80 », syntagme inutile désignant seulement la date d'invention de certains synthés et boîtes à rythmes. L'Italo regarde vers le passé, ou plutôt c'est une musique qui a une histoire. Non pas rétro- futuriste, mais l'inverse : néo-ancienne. Par la citation, par l'investissement subjectif dans ses machines et par la découverte progressive des possibilités techniques, c'est le musée mouvant de la musique électronique. Elle se distingue donc essentiellement des musiques actuelles, sans histoire, produites par la disponibilité numérique, immédiate et universelle de tous les sons pour tous. C'est la musique de l'attente et de la rareté des sons.
L'Italo Disco est néo-ancienne. C'est la musique de Pino D'Angio, Charlie et les Buggles.


L'Italo Disco n'est pas élitiste. Techniquement, l'Italo Disco est le royaume de la TR-808, du Jupiter 8, du Juno 6, du DX7 et du Fairlight. C'est surtout l'enfant de la révolution du MIDI. En permettant aux instruments électroniques de communiquer entre eux, cette technologie a mis un terme à la barrière de la maîtrise musicale pour produire de la musique et a fait exploser le numerus clausus des apprentis musiciens. L'automatisation a libéré la pratique musicale du joug de la performance réelle et de l'exhibition du moi de l'instrumentiste. Elle se traduit dans l'Italo par une fusion de la programmation et de la composition, où les critères de l'originalité se déplacent de l'harmonie vers le traitement de sons générés par les machines. Les figures du DJ et du song-writer, de la reproduction et de la production fusionnent dans donc l'Italo.
L'Italo Disco est démocratique. C'est la musique d'Alexander Robotnick, Modem et Fox the Fox.



L'Italo Disco n'est pas sexuée. L'Italo Disco, en tant que musique intelligente et automatisée, est l'ennemie de l'ethos machiste du rock. Peu importe que certaines starlettes Italo aient capitalisé sur leurs caractères sexuels secondaires, comme Sandra, Sabrina ou Alain Chamfort. La question du sexe n'est pas pertinente dans l'Italo, car toute ces exhibitions genrées peuvent être retournées et réappropriées: le saphisme de Buzy plaît aux hétéros et aux lesbiennes, la robe sans culotte de Diane Est plaît à tous les garçons.
L'Italo Disco est dégénrée. C'est la musique de Divine, Valérie Dore et Gina X Performance.



L'Italo Disco n'est pas seulement de la musique. L'Italo Disco n'est réductible ni à un genre (musical ou sexuel), ni à une pratique (la danse), ni même à une région de la vie sociale. Elle doit être entendue comme une représentation de soi et du monde et servir d'instrument de critique et de production pour tout graphiste, musicien, DJ et critique musical. Elle somme quiconque s'intéresse à la musique d'être un peu tout ça à la fois.

 


Télécharger:

* The Crazy Gang - We Are The Crazy Gang

*Lucio Battisti - Amarsi Un Po'

*Maria Magdalena - Sandra

*Giorgio Moroder - From Here To Eternity

*Fox The Fox - Precious Little Diamond (12' Mix)

*Ben Richardson - Sky Diver (Extended Version)

*Future World Orchestra - Casablanca Nights

*Karen Cheryl - Les Nouveaux Romantiques

*Modem - Valerie

*Mr Fiagio - Take A Chance

*Gina X Performance - Nice Mover

*Carlos Futura - Bach For Bachelors

 

Samedi soir Chez Moune: Eurodiscoteca - Una Notte Italo Disco Con Brain Magazino

 

Cyril 2Real.