Première étape du relais : les Caves Saint-Sabin. Repère pop et électro-goth, les caves accueillent les soirées médiévales le jeudi soir.  A l'intérieur, c'est ambiance gros bonnets et verres d'hypocras en main. De réputation aphrodisiaque, cette boisson rapproche ici les corps, gingembre ou pas. Elément pittoresque, un chevalier aux ray-ban nous demande : « C'est votre première fois, non ? ». Il se fait appeler Cromlec (cercle de pierres). Son truc à lui c'est « offrir des roses pour faire plaisir aux femmes », en particulier à « Lune », qui a dû se méprendre sur le planning des soirées, plus Metallica que Merlin. Tactiles, personne ne sort avec personne, mais plutôt couche- qui -peut dans une atmosphère bonne enfant. Plus que les jeux de rôle ou la fascination pour l'heroic fantasy, ce que recherchent les habitués des caves « c'est la fraternité ». Julien n'en revient pas « je mets au moins une demi-heure pour dire bonjour à tout le monde quand j'arrive, et ça, cela n'arrive nulle part ailleurs ».

Ensuite direction le bar, où l'on partage une tarte à l'abricot avec le patron, qui vient de terminer une partie d'échecs. Visiblement, cette soirée médiévale ressemble plus à une boom pour adultes qui ont mal d'avoir grandi, qu'à un colloque sur les wisigoths. Avant de dire au revoir à « tout le monde », on aperçoit un couple dansant à l'abri des regards dans un coin des caves, mais pas assez discret puisque Perceval porte un serre-tête avec des oreilles de lapin. Un pari sans doute, né d'une confrontation non moins amicale et médiéviste, lors d'une fête organisée à Rocamadour. Plus loin, un homme à l'allure massive se distingue de l'ensemble de la population, accompagnée de sa Marianne. Il s'appelle Marc Muscadel et tient l'échoppe Rêves d'Acier dans le 14ème. Ancien vice champion du monde d'escrime médiévale, il parcourt depuis, pour son commerce, l'Europe centrale en quête  de la bonne épée qui sera exhibée plus tard par un fan aux Caves. Son amie est à la recherche d'un poste de correctrice, si on peut faire tourner… Après quelques mots échangés comme si on avait déjà ripaillé ensemble, rendez-vous à la boutique Rêves d'Acier le lendemain.
            

    Deuxième étape: Rêves d'acier. Peaux de bêtes, heaumes, poulaines (chaussures pointues en vogue en 1210): le Bon Marché des puristes médiévistes. L'odeur du cuir buriné nous ramène aussitôt aux origines. Son propriétaire Marc est l'un de ces hommes qui n'ont pas besoin de parler bruyamment pour se prouver leur virilité, sa carrure et son regard en imposent suffisamment. Il a « plongé » dans le médiéval depuis tout petit, son grand-père a joué dans le film Les Vikings de Richard Fleischer. Chez lui, la guerre s'est déclarée lorsqu'il a voulu transformer son intérieur en total look château fort. « Oui, il y a des épées, des têtes de cerfs accrochées aux murs et des peaux de bêtes chez moi. J'aimerais en rajouter, mais je veux aussi garder ma fiancée ».
Son acolyte chez Rêves d'Acier se prénomme Quentin. Plus timide, lunaire, Quentin incarne le romantique médiéval. Quentin, alias Quintos dans Les enfants de Finn (Compagnie d'Animation et de Reconstitution Gauloise), exerce en parallèle dans la reconstitution de troupes celtes. Autrement dit, il participe à des jeux de rôles grandeur nature, version moyenâgeuse.
Soudain, apparition étrange chez Rêves d'acier, une casquette Louis Vuitton rose pétard et un manteau de fourrure débarquent accompagnés d'un homme paré de lunettes aux verres fumés. Spécimens méconnus aux Caves Saint-Sabin, nous enquêtons. Surprise, la casquette Vuitton n'est autre qu'une descendante de Simon de Montfort aka « Brûlez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », en couple avec Bernard Ricard, descendant lui, du ricard. Ils continuent à aménager leur maison où ils résident en Andorre. Collectionneurs avertis de fibules, armures etc..., ils cachent leurs trouvailles dans leur cave, où « seuls les privilégiés descendront ». Produits gothiques de sensations uniques, on en veut nous aussi. Cap sur la Salle d'armes, métro Cadet.
    

 

    Troisième étape : la Salle d'armes. Là-bas, des cris sourds, des étincelles de fer, de la sueur. Des hommes, amateurs de cottes de maille, se bastonnent à coups d'épées et en armures. Rencontre avec Maître Rostain, ancien cascadeur pour le cinéma et prof d'escrime médiévale. Il nous apprend que « ce sport n'est pas encore homologué pour avoir sa place aux Jeux Olympiques. Mais on espère. C'est clair, il s'agit de se taper sur la gueule même si les sportifs sont ultra protégés ». Mieux vaut admirer cet échange de testostérones de loin, si devenir borgne te pose un problème. Il n'empêche, se battre avec un équipement a un coût, 2000 euros, et un poids, 35 kilos. Les combats terminés, les mâles se dévêtissent et nécessitent de l'aide. On est là même si ça pue, décrochant un à un les composants de l'armure d'Emerick. Une évidence ou un message à délivrer, les maigres n'ont pas leur place ici, boire beaucoup d'eau avant la séance, et « on fait pas dans la dentelle » nous explique François Rostain.

 

     Dernière étape: l'Echoppe médiévale où Arthur nous reçoit. Sympa, il accepte de défiler en armure et de prendre la pose. Tatouages celtiques en vue, mais visage poupin, on se ferait bien une corne d'hypocras avec lui. Bien sûr, il se trouve toujours un calendrier avec une créature gothique à moitié nue niché derrière la caisse, mais il s'adresse surtout à ceux qui « croient rencontrer des Xéna dans les fêtes médiévales ». Arthur nous informe que l'engouement pour cet univers est croissant « il existe plus de 400 fêtes médiévales par an ». Sa passion, il la cultive depuis ses quinze ans, lorsqu'il décide de devenir forgeron médiéviste. Et, en hommage à la princesse Mathilde d'Artois, il a appelé sa fille Mahaut. Ca, c'est un médiéviste. What else ?


Texte et photos: Pauline Octobre Carayon.