I - Introduction
Ce stage a eu lieu le 14 novembre 2016 à partir de 17h et s’est composé de 6 heures d’observation, dont les éléments principaux furent :

  • 1h d’enregistrement de Si tu écoutes j’annule tout à la Maison de la Radio
  • 35mn de transports en commun mises à profit pour parler de la vie, de Pierre Gattaz et du modèle allemand
  • 3h de meeting d’Alain Juppé au Zénith
  • 45mn de bière en terrasse d’une brasserie facétieusement nommée Le Biclown, un temps également mis à profit pour parler de la vie, de Pierre Gattaz et du modèle allemand et aussi un peu de qui couche avec qui

II - Mes motivations
J’ai décidé de faire mon stage dans la filière de l’humour car je pense qu’il s’agit d’un secteur d’activité porteur. Mon choix s’est tout naturellement porté sur Guillaume Meurice pour plusieurs raisons qui sont les suivantes :

  • ma maman l’aime bien
  • il est mignon
  • il gagne 240€ brut pour une chronique sur France Inter, et à raison de 5 chroniques par semaine cela nous fait un total de 4800€ brut par mois, par conséquent il s’agit là d’une branche plutôt lucrative et je crois que c’est important de penser à ces choses-là

 III - Qu’est-ce que Guillaume Meurice ?
Guillaume Meurice se compose de plusieurs caractéristiques essentielles :

  • un DUT Gestion à Besançon. Pourquoi un DUT Gestion à Besançon ? «J’ai suivi un pote qui faisait ça. Comme je savais pas quoi faire, je me suis dit : tiens, ça pourrait être marrant». Son DUT Gestion lui est-il toujours utile ? Absolument : «La gestion, ça m’a appris à faire des tableaux Excel. Je m’en sers pour faire mes listings de chroniques»
  • le cours Florent et ses exercices formateurs : «Il y avait une chaise sur le plateau et on nous a dit : cette chaise représente soit votre père, soit votre mère, ou les deux, vous devez monter sur scène et leur reprocher quelque chose que vous n’avez jamais osé leur reprocher. J’ai trouvé ça bizarre, très malsain, et surtout ça n’avait aucun intérêt théâtral. Mais bon j’étais en première année, j’avais jamais fait de théâtre, donc allons-y, quoi»
  • des parents super cool : «Pendant cet exercice, je vois défiler toute la classe, on devait être une vingtaine, et tous disent des trucs de ouf, genre : Pourquoi tu bois ? Pourquoi tu m’as abandonné ? Il y a des cris, des pleurs, et moi je réalise que je ne m’étais jamais posé la question, et que je n’ai rien à reprocher à mes parents, vraiment rien. Ils sont super cool. En rentrant chez moi, je leur ai écrit, je leur ai dit que je venais de comprendre un truc, et je les ai remerciés. C’est là que je me suis dit : ben merde, j’ai quand même eu de la chance»
  • la positive attitude, tout le temps : «Même quand il y a eu les attentats, le 13 novembre au soir, mon premier réflexe, avec Thomas (VDB, ndlr) par exemple, ça a été, une fois qu’on savait que les gens allaient bien, de nous envoyer des blagues par texto. C’est un peu notre moyen de communication, qui est sûrement un moyen de défense aussi. Non, vraiment, ça ne m’est jamais arrivé de me dire : aujourd’hui je vais rester en boule chez moi, j’ai pas envie d’écrire. Tout m’inspire»

IV - Qu’est-ce que le travail de Guillaume Meurice ?

  • écrire, une activité qu’il pratique seul, sans co-auteurs parce que «Je ne vais pas sous-traiter ce que j’aime bien faire. Et en plus j’aime bien assumer ce que je dis ; si quelqu’un n’a pas aimé, on peut en parler, parce que c’est moi qui l’ai écrit»
  • couper la parole : «Les politiques te font tout le temps des phrases de 3mn sans interruption. En prenant le son, j’ai le micro à la main, je peux intervenir quand je veux pour leur dire : non mais attendez là, vous ne répondez pas à la question. Déjà, les journalistes ne font pas ça d’office… Et au montage, je peux couper là où le mec a dit une connerie ; alors oui, ça pète leur communication, mais ils n’ont qu’à pas nous saouler toute l’année avec de la com»
  • donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, comme par exemple les militants qui dorment en sarouel dans les arbres à Notre-Dame des Landes
  • déboussoler les pauvres militants qui n’ont rien demandé à personne : «Ce que j’aime bien, c’est choper les contradictions et les absurdités qu’il y a dans les raisonnement. Structurellement, l’homme est bâti de telle sorte qu’il apprend en imitant. Quand on entend un truc, le premier réflexe c’est de le considérer comme vrai. Et tout le travail qu’il y a à faire, c’est la remise en question de ça : qui me le dit, pourquoi il me le dit ? C’est ça qui est intéressant. Souvent, quand je fais les micro-trottoirs, je demande aux gens : pourquoi vous pensez ça ? Et tu réalises que les gens ne s’étaient jamais posé la question. […] C’est long de faire de la déconstruction. L’humour est très efficace pour ça : tu balances un truc qui va immédiatement toucher le cerveau reptilien, le rire, la peur… Ça fonctionne beaucoup mieux que de revenir rationnellement sur les arguments point par point»

mooreGuillaume Meurice en train de parler au cerveau reptilien de Michael Moore (enfin je crois)

  • terroriser les députés : «La première fois que je suis allé à l’Assemblée, j’ai été vachement impressionné par tout ce décorum dans la salle des Quatre Colonnes. Je me suis dit : c’est là que ça se passe, j’étais intimidé. Et là, j’interroge un premier député, et j’ai vu que c’est lui qui avait peur. Il avait peur de dire une connerie. C’est là que je me suis dit : mais oui, évidemment, c’est moi qui ai le pouvoir dans ce genre de truc. Il faut arrêter d’être déférent envers ces gens-là, déjà ils sont nos représentants, pas nos chefs, ce sont des gens à qui on a donné un mandat, alors ils n’ont pas de condescendance à avoir vis-à-vis de nous, au contraire. Si le mec dit une connerie, ça peut foutre en l’air sa carrière politique. Quand je les regarde, je ne vois que des collégiens qui n’arrivaient pas à choper de nanas dans la cour de l’école. C’est tous des frustrés du cul en politique. Il n’y a aucune raison d’être intimidé»
  • répondre aux mails d’insultes, son hobby : «Je réponds en priorité à ceux-là. Le dernier mail que j’ai reçu, c’était d’un mec qui m’a écrit : “Malgré la détestation que je vous porte, je vous remercie quand même d’avoir répondu“, c’est trop mignon»

 IV - Mes observations sur le terrain

1. La radio
Les gens sont vraiment gentils à la radio. Il y a une pièce qui s’appelle «la régie», dedans il fait sombre et il y a plusieurs hommes chauves derrière un grand bureau plein de boutons. On dit qu’ils sont «aux manettes», c’est une métaphore. J’ai un peu peur, Guillaume m’a envoyé un sms en me disant «Fais gaffe au chauve», mais du coup je ne sais pas lequel et je me sens un peu sous pression.

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La forme d’humour pratiquée dans Si tu écoutes j’annule tout s’appelle «l’humour politiquement incorrect». Cette forme d’humour consiste notamment à se moquer de «ceux qui tiennent les rênes», par exemple quand Hippolyte Girardot met une perruque dans l’émission et imite Donald Trump, c’est de l’humour politiquement incorrect, ou quand Alex Vizorek fait des blagues sur son employeur en disant à l’antenne que c’est gonflé qu’il y ait de la pub pour Bouygues sur France Inter juste avant l’émission c’est aussi de l’humour politiquement incorrect.
J’ai observé également que quand ils ne sont pas à l’antenne, les animateurs parlent normalement, et quand ils sont de nouveau à l’antenne, ils parlent très fort comme au théâtre de boulevard et se penchent tous vers leur micro pour rigoler très fort quand quelqu’un dit quelque chose qui est censé être drôle, même si ce n’est pas tellement drôle en vrai. L’effet visé est celui de la franche camaraderie.
Guillaume Meurice fait une chronique sur le Congrès des entrepreneurs, il parle de Michel Sapin «qui claque le budget de l’Etat et les culottes des journalistes», il se moque des entrepreneurs et de Pierre Gattaz et il dénonce l’évasion fiscale, on reconnait bien là l’humour politiquement incorrect précédemment évoqué.

2. La vraie vie
Dans la vraie vie, même s’il a 153734 fans sur Facebook et que des gens l’arrêtent dans la rue pour lui dire «J’aime beaucoup vos chroniques» ou «J’aime bien vos chroniques mais votre spectacle est nul» et prennent des selfies avec lui, Guillaume Meurice est un garçon normal qui porte des baskets pas à la mode et qui prend les transports en commun en achetant son billet comme monsieur tout le monde. Je dirais qu’il est proche du petit peuple.

3. Le meeting d’Alain Juppé
Le meeting d’Alain Juppé était mon premier meeting politique. Si je devais décrire l’ambiance générale du meeting politique, je dirais que c’est un peu comme quand j’allais voir le Racing Club de Strasbourg au Stade de la Meinau, sauf qu’il y a moins d’arabes et que les frites sont plus chères. Il y a des gens avec des caméras qui filment ce qui se passe et diffusent les images sur un grand écran au dessus de la scène. Ils filment beaucoup les noirs et les arabes pour montrer qu’il y a des noirs et des arabes alors que moi j’ai surtout vu des vieux messieurs en gilet matelassé et des dames qui portent du rose à lèvres et des brushings et ont le visage en cire. Ils filment aussi beaucoup les jeunes, qui font beaucoup pouêt avec des cornes de brume et portent des t-shirts «I <3 Péju». Une jeune nous explique que c’est sur le mode de l’auto-dérision mais je ne sais pas trop quoi en penser parce qu’en vrai elle a quand même l’air très fière de son t-shirt. Beaucoup de jeunes veulent me donner des drapeaux français alors que j’en ai déjà un en main, je suis déroutée mais je comprends plus tard qu’avoir plusieurs drapeaux en main est une bonne stratégie pour attirer la caméra et avoir une chance de passer sur le grand écran, parce que c’est un peu foufou d’avoir plusieurs drapeaux et je crois que Juppé veut montrer qu’il a des fans foufous pour qu’on oublie un peu les dames en cire.

peju

Il y a aussi un atelier street art inspiré de la banlieue avec des Posca pour fabriquer soi-même sa pancarte. On peut écrire ce qu’on veut dessus, comme «Allez Juppé» ou «AJ 2017», mais quand Guillaume demande s’il a le droit d’écrire «Vive Nicolas Sarkozy», les dames font un peu la tête. Quel farceur !
Pour recueillir ses témoignages, Guillaume a deux techniques : d’une part il choisit des gens qui ont «une bonne tête» ça veut dire soit qu’ils ont l’air sympa soit qu’ils ont l’air bête, et il leur pose des questions auxquelles il sait qu’ils vont répondre des conneries. Sa deuxième technique s’appuie sur une dame un peu fofolle qui a le numéro de tous les politiques et qui va les chercher partout dans la salle en courant pour les ramener chez Guillaume. Elle fait ça parce qu’elle aime bien Guillaume et aussi parce qu’elle couche avec un de ses copains. Elle lui montre un selfie d’elle avec ce copain en train de se brosser les dents et ça la fait beaucoup rigoler. Mais je ne peux pas dire qui c’est parce que ça ferait des problèmes.
Il y a eu beaucoup de discours avant le discours d’Alain Juppé. Patrick Devedjian, Marielle de Sarnez, Jean-Christophe Lagarde et enfin Valérie Pécresse qui m’a fait un peu de la peine parce que les gens n’applaudissaient pas très fort. Leur rôle est de faire des compliments à Alain Juppé en disant des choses comme «Alain, tu es pour nous l’antidote au populisme» ou «Alain, tu n’es pas un homme providentiel mais tu es l’homme de la situation». Alain fait des sourires polis quand les gens disent ça, et pendant ce temps Alain Delon qui est à côté de lui fait des grimaces comme quand mon papy joue avec son dentier. Il a l’air de s’ennuyer un peu mais ça rend bien sur les photos.

delonLe carré VIP

Quand Alain Juppé arrive sur la scène, il y a de la musique comme avant les combats de boxe, les gens agitent tous leurs drapeaux et courent dans tous les sens, il y a beaucoup de femmes qui sautent et qui crient et ont l’air très amoureuses de lui. Il fait un très long discours où c’est difficile de se concentrer parce que les phrases sont longues et pleines de mots comme «futur», «maladie», «redressement» ou encore «Islam», mais ne contiennent pas vraiment d’informations en vrai. Guillaume s’amuse parfois à deviner la fin des phrases et il a souvent juste, il est vraiment fortiche. Le but du discours est de se moquer de la gauche mais aussi de parler à tous les Français (les handicapés, les policiers, les soldats du Sahel, les femmes, le personnel carcéral, les DOM-TOM, les laissés-pour-compte). Le métier de Guillaume n’est pas facile parce qu’il faut rester debout longtemps et qu’il fait très chaud et que les cornes de brume, ça casse vraiment les oreilles.

Péju entre sur le ring

V - Conclusion
En conclusion, je dirais que Guillaume Meurice fait quand même un beau métier même si ça implique de transpirer beaucoup, de dormir peu et de se faire parfois casser la gueule. Ça lui est arrivé une fois en 2012 où il s’était déguisé en Marianne avec une pancarte «J'ai mal au cul» à un rassemblement de sarkozystes place de la Concorde. Quelqu’un qui n’était pas content qu’on se fiche de Marianne lui a arraché sa perruque puis il s’est pris une tarte devant la caméra. Il n’a pas diffusé le passage de la tarte, même si son monteur lui a dit que ça serait super parce que ça ferait beaucoup de clic. Mais Guillaume dit qu’il s’en fout du clic et que comme il n’avait plus sa coiffure de Marianne, l’image n’avait pas de «portée symbolique». J’ai appris aussi que c’est important d’avoir un angle pour faire une chronique, mais que c’est encore plus important de savoir changer d’angle en cours de route. En allant au meeting, il voulait faire une chronique sur «l’identité heureuse» qui est un des slogans d’Alain Juppé, mais comme les réponses des gens sur la question était nulles, il a fait complètement autre chose. En résumé, les qualités nécessaires pour devenir un bon Guillaume Meurice sont : la flexibilité, la curiosité pour les gens qui ont une bonne tête, des amis qui couchent avec les bonnes personnes, la capacité à couper la parole et l’illusion de pouvoir changer le monde. C’était un stage très enrichissant.