1. Intégrez une bande de potes

Parfois, il faut avoir la chance de tomber sur les camarades qui vous poussent au-delà de vous-même. C’est ce qu’a fait Michel Blanc en 1968, en invitant ses amis de lycée à jouer dans la pièce qu’il avait écrite. C’est ainsi que Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte et Christian Clavier furent ravis de se retrouver sur scène pour interpréter l’impérissable texte de La concierge est tombée dans l’escalier.

Jugnot-Lhermitte-Clavier-Blanc-Chazel-retour-sur-les-debuts-du-Splendid-photosDix ans et quelques succès théâtraux plus tard, ils s'installeront comme une valeur sûre du box-office français en enchaînant Les bronzés et Les Bronzés font du ski. C’est grâce à la même bande que Clavier rencontrera son wingman Jean-Marie Poiré. Devenant progressivement l'acteur fétiche de celui-ci, il écrira également avec lui certains des plus illustres scénarios de la comédie française : Papy fait de la résistance, L’Opération Corned-Beef, Les Visiteurs, ou encore Mes meilleurs copains, injuste échec commercial de 1989 qui réunissait une étrange mais intéressante bande de potes (fictionnelle pour le coup) : Gérard Lanvin, Jean-Pierre Bacri, Philippe Khorsand, Jean-Pierre Darroussin et notre cher Cricri.

2. Les bandes c’est bien joli, mais à un moment trouvez-vous un BFF

Si la rencontre avec Jean-Marie Poiré a été l’occasion pour Christian Clavier d’entretenir une très belle entente scénaristique, elle lui a surtout permis de trouver son essentiel : Jean Reno. En 1991, Jean-Marie Poiré et Christian Clavier écrivent L’Opération Corned-Beef, comédie d’espionnage sous forme de buddy-movie. Le premier rôle est pour Christian Clavier, évidemment. Depardieu est souhaité pour le second, mais il refuse, occupé. Le second choix est Daniel Auteuil : pas intéressé. D’autres noms circulent, tout le monde refuse. C’est alors Marie-Anne Chazel, compagne de Clavier à l'époque, qui propose Jean Reno. Il sort du Grand Bleu et a envie de faire une comédie : il accepte immédiatement.
C’est ainsi que débute l’une des collaborations les plus fructueuses de l’acting français, qui durera pendant (au moins) sept films. Comme dans tout bon tandem de comédie, plus l’auguste est hystérique plus le clown blanc doit être impassible, et les deux membres du tandem s’acquittent de leurs rôles respectifs avec brio, atteignant une forme d'achèvement dans Les Visiteurs en 1993, où la propension de l’électron libre Jacquouille à jaillir à tous les coins de l’écran tranche parfaitement avec la majesté statique de l'imposant Comte de Montmirail.

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3. Foutez-vous de tout

Christian Clavier parle souvent des événements de mai 1968 en les considérant comme très importants pour lui, tout en avouant les avoir vécus avec un grand détachement, quasiment au second degré. Ce n’est pas un hasard s’il tenait le rôle principal de Quand tu seras débloqué fais-moi signe (rebaptisé plus tard Les Babas Cool), racontant la découverte d’une communauté hippie par un jeune bourgeois. Celui-ci s’intégrait progressivement au groupe tout en restant parfaitement conscient de la bouffonnerie de ses camarades.
Les planches du théâtre du Splendid puis plus tard les plateaux des Bronzés ou de Papy fait de la résistance furent le terrain idéal pour que s’exprime ce côté soixante-huitard ironique, parfois à la limite du nihilisme, mais rarement méprisant. En 1989 il expliquait sur le Divan d’Henry Chapier : « il faut être sans pitié avec les personnages mais ne jamais les mépriser, le mépris c’est vulgaire. (…) Dans Les Bronzés, on disait du Club Med que c’était très sympathique et agréable d’y aller, et en même temps on riait des personnages qu’on y avait rencontrés ».
Et c’est peut-être là le secret du succès du Splendid, ainsi que de toute la carrière de Christian Clavier : une propension à se foutre ostensiblement de la gueule de ses personnages sans jamais leur manquer de respect.

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4. Inspirez-vous des vieux mais pas trop quand même

Après la période Splendid, la présence de Christian Clavier en tant que personnage récurrent du cinéma français s’est peu à peu cristallisée sous la forme d’une pile électrique en perpétuelle implosion. De film en film, sa course éperdue vers toujours plus d’outrance et de hurlements lui permit de s’emparer de la place laissée vacante par Louis de Funès dans le paysage comique français.
Problème : avec un tel credo, on n’est jamais très loin d’atteindre le point de non-retour. Et à trop en faire, on finit par saouler tout le monde. Dans Les Visiteurs, la limite est presque atteinte ; dans La Soif de l’or, elle est totalement franchie.

En plein flottement dans Les Anges Gardiens puis le second volet des Visiteurs, Christian Clavier semble depuis avoir légèrement rétropédalé et a fini par ne garder du modèle Louis de Funès que le fond, à savoir son éternel personnage de bourgeois un peu irascible, un peu médiocre, un peu raciste mais jamais fondamentalement méchant. Au final, il ne reste plus grand chose de Jacquouille dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, et ce n’est peut-être pas plus mal.

5. Ne mettez pas trop en avant vos amitiés politiques, surtout si vous êtes de droite

Tout allait bien dans la vie de Christian Clavier jusqu’au jour où il a décidé d’annoncer publiquement son soutien à Nicolas Sarkozy. Dès lors, l’acteur le plus populaire du cinéma français se transformait dans l’inconscient collectif en un individu louche, à la limite du fréquentable, suspect de participation à des soirées interlopes avec Mireille Mathieu, Steevy du loft et Jean-François Copé.
Conséquence ou pas, les dates de l’engagement politique de Christian Clavier coïncident exactement à une période de délabrement dans sa filmographie (2007-2013), au cours de laquelle tous les films auxquels il a participé se sont soldés par un échec (sachant qu’un échec sur l’échelle de Christian Clavier est un film qui totalise moins d'un million d’entrées).
Au plus sombre de cette période, Christian Clavier est même allé jusqu’à DEVENIR Nicolas Sarkozy, comme l’attestent son look et sa coiffure sur l’affiche de On ne choisit pas sa famille (acte manqué manifeste puisqu’il s’agit d’un film qu’il a lui même écrit et réalisé). Ses accointances politiques auront probablement, si ce n’est déplu, au moins déçu 46,94% de son public. Et il ne faut jamais décevoir son public.

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6. Faites-vous connaître des jeunes cinéphiles

Quand vos fans seront tous morts, qui restera-t-il ? Leurs gosses évidemment. Ainsi, il n’est jamais superflu de se faire voir au côté des idoles du moment. En 2002, Clavier se fait voler la vedette pour la bonne cause par Jamel Debbouze dans Astérix & Obélix Mission Cléopâtre.
Dix ans plus tard, il joue le prof de maths de Kev Adams dans Les Profs, avant de devenir le beau-père des néocomiques Ary Abittan, Noom Diawara, Medi Sadoun et Frédéric Chau dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu. Et quand Philippe Lacheau de feu la Bande à Fifi fait un carton avec son Projet X du pauvre, tourner dans le deuxième volet ne peut jamais faire de mal (en l’occurrence 3 millions d’entrées).

7. Ne traversez jamais le désert

Le succès est affaire de dosage : montrez-vous trop et plus personne ne peut vous encaisser (cf. François Berléand ou Clovis Cornillac), mais soyez trop discret et tout le monde vous oublie. Surtout, ne vous reposez jamais sur vos acquis et montrez-vous un minimum tous les ans.

207888Même dans les moments un peu creux de sa carrière, Christian Clavier n’a jamais quitté les écrans. Quand à la fin des années 1980, ses affinités artistiques le poussent à se consacrer un peu plus au théâtre, il apparaît tout de même dans quelques respectables productions par-ci par-là (Tranches de vie, Twist again à Moscou, Mes meilleurs copains), histoire que le monde n’aie pas le temps d’oublier son doux visage turlupinesque.
Quand il revient sur le devant de l’affiche avec tambours et trompettes pour L’Opération Corned-Beef, Clavier est encore suffisamment familier du public pour que celui-ci lui offre un nouveau succès, première étape d'un véritable survol du box-office pendant toutes les années 1990 (Les Visiteurs 1 & 2, La Soif de l’or, La Vengeance d’une blonde, Les Anges Gardiens, Astérix).

8. Ne faites pas votre Tchao Pantin

En 1983, Coluche prouvait qu’en plus d’être un formidable humoriste, il pouvait également s'avérer convaincant dans un rôle dramatique. Effet de bord catastrophique : désormais, tout acteur comique en exercice est un jour titillé par la tentation de montrer ses talents dans le registre tragique. Certains se sont abstenus, d’autres ont tenté leur chance, pour des résultats divers : Kad Merad (Je vais bien ne t’en fais pas : ça passe), Franck Dubosc (10 jours en or : nul), Patrick Sébastien (T’aime : gros malaise), Didier Bourdon (La machine : hilarant), et bien d’autres. Sans parler du méta-tchao-pantin de François-Xavier Demaison : Coluche, l’histoire d’un mec. Dans la plupart des cas, ce choix de carrière est nettement contre-productif.
Christian Clavier se connaît bien. Il sait très bien qu’il ne sera jamais crédible en pompiste dépressif ou en Francis Heaulme. Alors il se contente de tourner des comédies, et il a bien raison. Seuls légers écarts de conduite : en 2000 et 2002, il tourne respectivement pour TF1 et France 2 une adaptation des Misérables et un biopic de Napoléon. Mais à la télé on a le droit, tout le monde s’en fout.

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9. Travaillez bien à l’école

On le sait peu mais Christian Clavier a eu mention Très Bien au bac, ce qui lui a permis d’entrer à Sciences-Po. Bon, il s’est barré au bout de six mois parce qu’il préférait faire du théâtre, donc a priori ce ne fut pas d’une grande utilité, mais pour se la péter, c'est toujours un peu classe d’être pote avec le président de la République.