Les enquêteurs en herbe pensent tous avoir découvert un mensonge d’État inventé pour cacher les vraies raisons des agissements des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly. Selon d’où l’on se place, les trois terroristes seraient (au choix) à la solde de l’armée américaine ou du Mossad, quand ça n’est pas carrément le gouvernement français qui décide.

 

Dans le jargon complotiste, on appelle ça un «false flag» (ou «fausse bannière»). Il s’agit, selon Wikipédia, d’une ruse militaire consistant à utiliser la marque de l’ennemi pour le faire accuser à sa place et/ou semer la confusion (c'est d'ailleurs le point de départ du scénario d'un jeu vidéo fort populaire, ndlr). En résumé, les frères Kouachi auraient surjoué les djihadistes sanguinaires (en hurlant très souvent «Allahou Akbar» par exemple), dans l’unique but de faire accuser les islamistes et, par effet de ricochet, les musulmans français. De même qu’Amedy Coulibaly n’agissait pas au nom de l’État Islamique, puisque l’organisation terroriste n’a pas revendiqué son acte. C'est donc que quelqu’un d’autre tire les ficelles.

 

On l’a compris, l’important n’est pas ici de savoir qui sont les auteurs de l’attentat – ça n’intéresse de toute façon pas vraiment les adeptes de la théorie du complot – mais qui les commanditent. Il y a ceux pour qui le crime a été manigancé par le gouvernement français, dans le but de faire ré-élire François Hollande en 2017. La preuve, depuis l’attentat, il a déjà gagné 21 points dans les sondages. «Autre fait troublant», cette marche républicaine dimanche 11 janvier avec le président français au premier rang, comme s’il savait que la menace terroriste était terminée. Et s’il savait, c’est qu’il était au courant. Vous suivez ?

 

Pour d’autres, l’attaque à Charlie Hebdo sert à justifier une opération militaire en préparation. Sans doute en Libye, selon certains «experts». Il y a aussi ceux pour qui l’attentat à Charlie Hebdo tombe drôlement bien, la preuve : avant ça le journal était au bord de la faillite. Il y a enfin, pour ne pas citer Jean-Yves Camus, les «indécrottables tarés de l’ultradroite antisémite, pour qui tout est “sioniste” et “juif”» (Charlie Hebdo, 14 janvier 2015).

Best of.

 

 

1. Selon le calendrier américain, le 11 septembre s’écrit 9/11 et le 7 janvier 1/7. C’est à dire le numéro de la police (le 911 aux USA et le 17 en France).

 

2. La carte d’identité de Saïd Kouachi a été retrouvée par la même personne que celle qui a déposé les passeports des pilotes du World Trade Center parmi les ruines.

Dialogue entendu dans un bistrot, samedi soir à Paris : «Avoue que c’est bizarre, deux mecs super pros, archi-préparés, qui connaissaient le jour de la conférence de rédaction de Charlie Hebdo et tout (c’est le mercredi, ndlr) et qui oublient une carte d’identité dans leur voiture ! Alors que dans une vidéo, on les voit ramasser une chaussure, ce qui prouve qu’ils font attention à tout. Et puis franchement toi, si tu partais commettre un attentat, tu prendrais tes papiers avec toi ?». - Oui si j’ai l’intention de quitter le territoire, ce qui est envisageable quand on est en fuite ; - Non, mais c’est bizarre ; - Peut-être qu’ils l’ont pas oubliée, la carte, peut-être qu’ils l’ont laissée exprès sur place, parce qu’ils voulaient faire la Une des journaux, et peut-être qu’ils voulaient que la police les arrête ou les tue.

 

Peut-être. Jean-Marie Le Pen aussi a un avis sur la question. «Cette histoire de carte d’identité oubliée par les frères Kouachi me rappelle le passeport d’un des terroristes du 11 Septembre, miraculeusement retrouvé dans un New-York en cendres. On nous dit maintenant que ces terroristes sont juste des idiots. Toute l’opération porte la signature de services secrets. Je ne dis pas que les autorités françaises sont derrière ce crime, mais qu’ils ont pu avoir permis qu’il ait lieu».

 

3. Le policier connaissait l’un des frères Kouachi, qui était en fait son patron. Et d’ailleurs, il n’est pas mort.

Mail envoyé par un certain «Igor» à une grande rédaction parisienne, mais bizarrement pas exploité par les journalistes : «Bonsoir, j'ai une question : sur cette vidéo, on entend "c'est bon chef, c'est bon", puis l'un des hommes cagoulé lui tire dans la tête. Il se trouve que le "policier" regardait bel et bien l'un des hommes. Il s'adressait donc à lui, qui est certainement le chef de mission. Pourquoi n'en parle-t-on pas ? Cordialement».

 

«Igor» évoque une vidéo publiée sur Facebook après l’attaque des frères Kouachi à Charlie Hebdo. On y voit deux hommes en tenue militaire échanger des tirs en pleine rue avec un policier, Ahmed Merabet, qui s’effondre. «Tu as voulu nous tuer», crie l’un des hommes cagoulés au policier allongé au sol, visiblement blessé et non-armé. «Non, c’est bon chef», répond Ahmed Merabet, suppliant, avant de prendre une balle dans la tête.

 

«Pas assez gore» pour être vrai, selon les détectives des Internets. La preuve : «il suffit de regarder [les images] pour s’apercevoir que le terroriste tire à coté au-dessus, et non dans la tète».

 

4. Quand on retourne la carte du tracé de la marche républicaine de dimanche, ça fait la carte d’Israël.

 

5. Les frères Kouachi sont juifs - la preuve, Amedy Coulibaly mange casher.

La théorie est élaborée par Thierry Meyssan, un conspirationniste du Réseau Voltaire (selon lui, aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001 - la preuve, il a écrit un livre sur le sujet). Dans la vie, Thierry Meyssan est «consultant» (comme Samuel Laurent).

Selon lui, les frères Kouachi ne peuvent pas être islamistes. «Des membres ou des sympathisants des Frères Musulmans, d’Al-Qaïda ou de Daesh ne se seraient pas contentés de tuer des dessinateurs athées, ils auraient d’abord détruit les archives du journal sous leurs yeux, sur le modèle de ce qu’ils ont fait dans la totalité de leurs actions au Maghreb et au Levant. Pour des jihadistes, le premier devoir, c’est de détruire les objets qui, selon eux, offensent Dieu, puis de punir les “ennemis de Dieu”. De même, ils ne se seraient pas immédiatement repliés, fuyant la police, sans avoir achevé leur mission. […] Ce n’est pas au Caire, à Riyad ou à Kaboul que l’on prône le «choc des civilisations», mais à Washington et à Tel-Aviv. […] Les commanditaires de l’attentat contre Charlie Hebdo n’ont pas cherché à satisfaire des jihadistes ou des talibans, mais des néo-conservateurs ou des faucons libéraux.»

 

6. Un policier qui enquêtait sur les frères Kouachi s’est «suicidé parce qu’il avait tout découvert».

La nouvelle est un peu passée inaperçue. Mercredi 7 janvier, quelques heures après la tuerie de Charlie Hebdo, le numéro 2 du service régional de la police judiciaire de Limoges (SRPJ) s’est donné la mort. Helric Fredou avait 44 ans. Dépressif et en situation de burn-out, il avait découvert un an plus tôt le corps sans vie de son collègue, numéro 3 du SRPJ, qui s'était également suicidé avec son arme de service dans son bureau. Comme tous les officiers de police judiciaire de France, il enquêtait sur l’attaque à Charlie Hebdo.

 

«Mystérieux», selon un blog d’informations «subversives», qui contacte immédiatement la sœur du policier suicidé. Relais immédiat sur plusieurs sites d’extrême-droite. Déclaration de la soeur du policier : «sur le coup, je me suis dit c'est pas possible, quelqu'un l'a flingué, mais on est pas dans un film». Commentaire du «journaliste» : «la sœur refuse de croire en la possibilité angoissante d'un meurtre mais continue de s'interroger sur les circonstances exactes de la mort du policier».

 

7. Tout ça, c’est un coup du lobby gay pour cacher les chiffres de la Manif Pour Tous.

Dimanche, 17h35 : le Ministère de l'Intérieur annonce être dans l’incapacité de compter les participants à la «marche républicaine» hommage aux victimes des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, tant leur nombre est important et leur position imprécise. La place de la République, le parcours prévu pour le cortège, mais aussi les rues adjacentes, grouillent de monde. On parle de 1,6 millions de personnes rien qu’à Paris. Soit 200 000 de plus que les chiffres annoncés par la Manif Pour Tous lors de sa dernière grande manifestation en avril 2013 (la préfecture de police, quant à elle, avait alors annoncé 300 000 personnes).

 

 

8. Encore plus étrange, la théorie de Brain Magazine qui va semer le doute en vous pour l’éternité : la piste d’une vaste opération commerciale de Danone pour relancer le Bifidus Actif.
 
 
 
 
Tristan Berteloot // Visuel de Une : Scae.