Urbexn.m. : mot-valise constitué des mots «urbain» et «exploration». Exploration urbaine de lieux, ou bâtiments, à l’abandon.

 

 

GYNÉCOLOGUE NAZI À LA CLINIQUE

 

 

Siegfried Hammerschlag, l'ancien directeur de cette ancienne clinique obstétrique fondée en 1917, fut destitué de ses fonctions en 1933 car il était Juif. Son remplaçant, le professeur estonien Benno Ottow, promit dès le lendemain «l'intégration sans compromis de la clinique dans la structure étatique globale du National-Socialisme». Il réussit à fuir à Stockholm à la fin de la guerre, où il vécut jusqu'à l'âge avancé de 81 ans. La maternité ferma en même temps que deux autres institutions locales en 2005, date où fut créé un grand complexe hospitalier dans les environs.

 

Aujourd'hui, son seul habitant permanent est le gardien, un vieil homme édenté que nous apercevons à travers les grilles en train de faire sécher ses slips devant sa caravane décorée sobrement d'un calendrier à l'effigie de filles à poil. Cependant, loin de nous massacrer avec une tronçonneuse, l'homme qui se révèle sympathique et disert nous fait faire le tour du propriétaire et nous gratifie même d'indications quant aux dernières péripéties de l’hôpital. Racheté par un riche entrepreneur irlandais, il sera transformé en lotissement de prestige d'ici quelques années. Notre interlocuteur nous informe qu'il remplace l'ancien gardien qui volait et revendait les équipements médicaux de l'endroit. Depuis son installation, il a déjà surpris plusieurs raves, dont la plus importante regroupait 400 personnes, ainsi que plusieurs tournages de pornos amateurs. 

 

Accès : demi mou.

 

Mariendorfer Weg 28 (ancien bâtiment) et Mariendorfer Weg 41, 48 (nouveaux bâtiments), Neukölln // U8+S41/42 Station : Hermannstraße

 

 

SOIRÉES DANS BRASSERIE DÉSAFFECTÉE

 

 

La brasserie Bärenquell, fondée en 1882 et abandonnée depuis 1994 (date où elle ferma pour des raisons économiques), était autrefois un spot de choix pour y organiser des soirées illégales. Depuis le mois de juillet de l'année 2014, à la suite d'une descente de police visant justement à mettre fin à l'une d'entre elles, elle est condamnée à grand renfort de barbelés.

 

Joie : dans le cadre d'une procédure de construction, il est prévu de supprimer le statut de bâtiment protégé de plusieurs ailes de l'édifice afin de pouvoir les démolir et construire en lieu et place un grand magasin de bricolage, où vous pourrez vous rendre le dimanche avec votre conjoint dans l'optique de louer une machine pour décoller la moquette de votre appartement en plein cœur du quartier du Prenzlauer Berg, à proximité de commerces bio et de la ligne de tram M13, qui chaque samedi soir, vous conduit en compagnie de hordes de jeunes dégénérés tout droit vers les clubs les plus nazes de Warschauer Straße.

 


Accès : dur, très dur.

137 Schnellerstraße, Schöneweide // S8, S9, S45, S47 : Schöneweide


 

TERRORISTES ET EXPLOSIFS À L'AMBASSADE

 

 

L'ambassade irakienne de la RDA fut construite en 1974. Cinq ans auparavant, l'Irak fut le premier pays non-socialiste à reconnaître l'Allemagne de l'Est comme un État, et la rumeur veut que le régime communiste allemand offrait une aide scientifique à Bagdad dans les domaines du développement d'armes nucléaires et chimiques. En 1980, plusieurs employés de l’ambassade furent arrêtés pour contrecarrer le possible danger d’attaques menées à l’encontre d’opposants politiques. Dix ans après, le magazine Jungle Welt rapporta que l'édifice dissimulait entre ses murs un stock d’explosifs.

 

 

En 1991, durant la Guerre du Golfe, les employés furent sommés par le gouvernement fédéral de quitter le pays. À la vue de l'état actuel des lieux, il semblerait qu'ils soient parti dans l'urgence. De fait, les locaux étaient soupçonnés d’être une base de repli pour terroristes. Selon un article parut dans le Spiegel la même année, outre les agents du service secret irakien Mukhabarat, des terroristes arabes y auraient également trouvé refuge. Dans les années suivantes, des dires semblables resurgirent fréquemment.

 

 

Quid de l'avenir de l'édifice ? Les Allemands prétendent n'avoir aucun droit dessus - quant aux Irakiens, ils n'en ont rien à carrer, puisqu'ils ont à présent une belle ambassade toute neuve. Par conséquent, les locaux se situent dans les limbes pour une durée indéterminée. Des artistes de passage ont transformé machines à écrire, fac-similés et autres outils de la bureaucratie en petites sculptures éphémères.

 

Accès : très facile, accès libre


Tschaikowskistraße 51, Pankow // Tram M1 : Tschaikowskistraße // Bus 155 : Homeyerstraße

 

 

USINES OUBLIÉES

 

Dans le quartier de Köpenick, deux anciennes industries se font face.

 

 

La fermeture de cette ancienne usine de pellicules Kodak, en activité des années 1920 jusqu'au milieu des années 1990, est un symptôme de la mort de la photographie argentique. On note des traces d'anciens squatteurs (livres, radio et amendes de métro non-payées), ainsi que les marques d'un incendie récent.

 

 

L'activité de production de cette usine de câbles fondée en 1916 déménagea dans de nouveaux locaux après la Réunification. Nouveau climat, nouveau biotope défini par une flore variée et une faune de graffeurs.

 

Accès : très facile.

 

Friedrichshagener Straße 9 et 10, Köpenick // S3 : Köpenick

 

 

AUTRES LIEUX (liste non exhaustive)


La salle de bal la Riviera de Grünau

Dimanche, l'après-midi. Vous aviez décidé d'aller remuer du sphincter au Berghain quand un videur se dresse sur votre chemin, son crâne chauve se découpant avec panache en contre-jour sur le ciel bleu tel un doigt d'honneur vous signifiant que non, vous n'entrerez pas. Dirigez-vous alors vers ce club abandonné. Dans les années 80, ce complexe qui comprenait une salle de bal, un hôtel et un restaurant se transforma en discothèque afin de montrer aux méchants capitalistes qu'à l'Est aussi on s'ambiançait grave, avant de fermer en 1991 suite à la Réunification. Facile d'accès.

Regattastraße – Büxsteinstraße, Treptow-Köpenick // S8, S85 : Grünau // Tram : 68- S-Bahn Grünau // Bus: 163, 263, 363 //  S8 : Grünau

 

La station de la NSA de Teufelsberg

Cette station d’espionnage créée par la NSA pendant la Guerre Froide pour capter les communications soviétiques a été construite sur la colline artificielle de Teufelsberg. Le «Teufelsberg», «montagne du Diable» en VO, a été construite avec les gravats de Berlin afin d'enterrer une université militaire et technique nazie. En 2007, David Lynch a tenté d’y construire une université dédiée à la méditation transcendantale. Offre un beau panorama sur la ville et facile d'accès.


Teufelsbergchaussee, forêt de Grünewald, Grünewald // S7 : Grünewald ou S75 : Heerstrasse

 

Le parc d’attractions du Spreepark

Grande roue, attractions diverses, baraque à currywurst… Le Spreepark fut construit en 1969 afin de divertir la classe prolo de la RDA. Il résista à la Chute du Mur avant de fermer en 2002 avec 11 millions d'euros de dette. Deux ans après, son propriétaire Norbert Witte s'est fait arrêter pour trafic de drogue alors qu'il essayait de faire transiter 180g de cocaïne du Pérou vers l'Allemagne. Attention, à éviter : le gardien et son chien. Sinon, pour les plus peureux, des visites guidées à 15€ sont organisées les week-ends à 13h.


Kiehnwerderallee 1-3, Treptow-Köpenick // S8,9,41,42 : Treptower Park

 

Usine Kodak


++ Pour continuer d'urbexer à Berlin : Digital Cosmonaut // Abandoned Berlin // Good Morning Berlin...

 

 

Bettina Forderer // Crédit photos : David Chaucheprat-Therkildsen (sauf clinique & ambassade) // Merci à Marie Klock pour sa participation.