L’état des lieux, en France 

Dans le monde du sport en France, seule Amélie Mauresmo a publiquement révélé son homosexualité - un choix qui s’est avéré douloureux selon ses dires récents. A la suite de sa déclaration à la presse en 1999, elle a dit avoir subi une pression médiatique sans précédent et s’est surtout sentie très seule sur le circuit. On serait en droit de croire que cet aveu n’a pas davantage incité certains sportifs de haut niveau à sortir du placard. 

La situation est encore plus morose dans le milieu du foot. L'association Paris Foot Gay, un collectif de lutte contre l'homophobie, met régulièrement  à jour des données menées par un sondage Randstad qui font froid dans le dos. On y découvre notamment que 41% des joueurs de football professionnels et 50% des joueurs en centre de formation ont "des pensées hostiles envers les homosexuels".

 

La rareté des coming outs en France s’expliquerait par ailleurs par un anti-communautarisme chevillé au corps : la crainte de mettre en avant une minorité occulterait bien souvent des débats. "Alors que les communautés sont plutôt valorisées dans le monde anglo-saxon, ici, quand les minorités s’organisent pour faire avancer leurs droits, on leur reproche de mettre en avant des particularismes, de dresser des groupes contre d’autres groupes, de se ghettoïser" explique Cécile Chartrain, présidente de l’association Les Dégommeuses qui est née de l’envie de combiner une activité sportive et une activité militante dans le but de faire évoluer les mentalités dans le milieu du football.

 

La situation à  l’étranger 

Aux Etats-Unis, où la culture est toute autre et où il existe même une journée du coming out le 11 octobre, les sportifs sont plus enclins à assumer publiquement leur homosexualité. Là-bas, la réalité économique est telle que les sponsors se montrent moins frileux et tendent même à scénariser les coming outs

Après les révélations de Jason Collins, un joueur évoluant en NBA, Nike avait annoncé l’année dernière qu’elle accueillerait et soutiendrait tout athlète souhaitant faire son coming out. Il ne s’agit pas ici d’altruisme désintéressé mais bien d’une politique de conquête du marché gay qui peut s’avérer très lucratif. Il faut en effet savoir qu’aux Etats-Unis, le pouvoir d'achat des 16 millions de gays, lesbiens, transsexuels et bisexuels s'élève à près de 800 milliards de dollars.

Tout récemment, Michael Sam, un joueur de football américain qui avait fait son coming out à la presse en février dernier, a exposé médiatiquement sa relation avec son petit ami dans une scène très mélo digne d'Hollywood. Il était en effet filmé par les caméras d'ESPN au moment où il apprenait s'être fait recruter par l'équipe des RAMS de St. Louis. Il entrait donc à ce moment-là dans l'Histoire en devenant le premier joueur ouvertement homosexuel à être recruté par une équipe de la NFL (National Football League).

 

Dans le reste de l’Europe, c’est l’effet domino : les coming outs se multiplient, de manière décomplexée et moderne, comme en témoigne celui effectué en décembre dernier par le plongeur britannique Tom Daley. A la même manière qu’une star de la pop, il a tenu a communiquer directement avec ses fans et a posté un message sur sa page YouTube, qui a été vu plus de 10 millions de fois. 

 

 

Une telle attitude semble actuellement impossible dans le milieu du football qui existe en partie à travers une ritualisation homophobe et raciste. 

 

Le cas particulier du football 

Selon Cécile Chartrain, l’invisibilité des gays dans  ce sport s’explique par le fait que c’est un sport résolument masculin : "Si l’on se concentre sur la France et sur la plupart des pays d’Europe et du monde, le foot est un sport qui, de longue date, a été réservé aux hommes et qui s’est construit socialement et médiatiquement autour de l’affirmation de valeurs et d’attributs virils. Ainsi, tout ce qui est associé au féminin dans le foot est déconsidéré : le foot féminin est dévalorisé ; la présence d’homosexuels masculins dans le foot reste un impensé pour beaucoup de gens".

 

A ce jour, on recense deux coming outs dans le monde du football en France, qui se sont chacun soldés par des échecs, puisque les deux joueurs en question ont vraisemblablement été licenciés par leurs clubs en raison de leur orientation sexuelle. Ainsi, selon ses déclarations dans L’Equipe en 2008, Olivier Rouyet, qui a évolué à Nancy et à Strasbourg dans les années 80, pense que c'est en raison de son homosexualité qu‘il a été licencié de son club en 1994, où il officiait alors en tant qu’entraîneur. Et il y a quasiment dix ans, Yohann Lemaire, joueur du FC Chooz dans les Ardennes, avouait son homosexualité. Une décision qui n’a pas plu, dans la mesure où il a été victime de brimades et de menaces qui ont mené le club à ne pas renouveler son contrat en 2010.

 

Une homophobie qui flirte néanmoins avec une certaine homophilie 

Selon le journaliste Patrick Thévenin, des sports comme le football ou le rugby sont schizophrènes car il s’agit majoritairement de milieux homophobes qui jouent sur une certaine homophilie, notamment par le biais de calendrier comme celui des Dieux du Stade : "Les sportifs doivent être vus comme des hommes forts, et l’idée reçue que si t’es un homo, t’es une lopette, c’est encore quelque chose qui est ancré dans le monde du sport. Pour autant, on n’hésitera pas à jouer avec l’imagerie gay pour vendre auprès des femmes, mais aussi des homos - c’est très hypocrite comme méthode. Il y a aussi le côté promiscuité qui gêne, du type «Ah non je ne veux pas prendre ma douche avec un gay à côté». Ce qui est quand même assez con. Ce n’est pas parce que t’es homo que tu veux coucher avec tous les hommes que tu trouves sur ton chemin. Personne ne veut coucher avec un moche."

 

Plusieurs portes de sorties (de placard) possibles 

Pour Cécile Chartrain, la solution peut notamment se trouver dans l’action collective, au travers de coming outs collectifs : "Nous proposons une stratégie à moindre coût pour les athlètes qui craignent la sortie du placard : celle du coming out collectif. Néanmoins, les organisations LGBT en France n’ont pas réussi à se fédérer et à impliquer des personnalités connues autour d’une initiative forte, à l’instar de la campagne Principle 6, lancée par les organisations Athlete Ally et All Out aux Etats-Unis."

Pour d’autres, le changement de mentalités doit se faire par le biais des institutions, car dans le monde du football, la norme actuelle reste majoritairement l’homophobie : 70 % des joueurs interrogés dans le sondage cité précédemment ont déclaré que l'homosexualité était un tabou dans le football.

 

Espérons que les autorités françaises suivront l’exemple de leurs voisines allemandes qui ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps en juillet dernier. La déclaration de Wolfgang Niersbach, le président de la fédération allemande de football, était sans appel : "La position claire de la fédération allemande de football (DFB) est que chaque personne qui souhaite faire son coming out puisse compter sur notre soutien."

 


Sarah Dahan.