Pas tout à fait. Il ne faut pas se laisser aveugler par la lumière blafarde de néon dégueu que projettent ces faits qui, certes, donnent envie de vomir dans sa propre bouche. Examen d'une réalité plus nuancée qu'il n'y paraît, dans un pays où le rapport à l'homosexualité est ambigü et où l'identité gay reste à définir.

 

HELEM, DU REVE A LA REALITE
 
 
Pour présenter Helem (dont le nom veut dire "rêve" en arabe) en quelques mots, il s'agit de la première ONG exclusivement dédiée aux droits des LGBT et à leur identité - et ce non seulement au Liban mais dans tout le Moyen-Orient. Leur but premier est l'abrogation de l'article 534 du code pénal libanais, qui est le suivant : "Les relations sexuelles contre-nature sont punies d'emprisonnement pour une durée allant de un mois à un an". Menace toutefois rarement agitée : personne ne serait actuellement en prison pour ce motif et, selon Tarek, activiste, "personne n'a jamais pris un an de prison pour cause d'homosexualité". La situation n'est pas comparable à celle de l’Égypte, où la peine encourue est la prison à perpétuité, à celle de l'Iran et de l'Arabie Saoudite, où elle est passible de la peine de mort (bien souvent par décapitation). L'association compte une vingtaine de membres et n'est pas enregistrée comme une ONG, ce qui l'empêche notamment d'avoir un compte en banque. Tous les fonds qu'elle récolte, toutes les actions qu'elle mène, sont rendus possibles parce que des donateurs font confiance à ses membres, mais son statut demeure ni illégal, ni officiel. Au vu de ces quelques facteurs, on pourrait être tenté de dire avec cynisme que les membres du Helem rêvent les yeux ouverts et que, dans ce pays, les machos et les homophobes auront toujours le dernier mot. Mais notons tout de même que ce bastion d'hommes courageux - "ou fous !" nous dit en riant le militant - résiste encore et toujours à ses détracteurs, puisque cela fait déjà 10 ans qu'il survit en terre hostile.
 
Le 6 décembre 2011, Hillary Clinton déclare à Genève devant le Conseil des Droits Humains de l'ONU : "Gay rights are human rights" ; un appel vibrant d'espoir qui résonne comme une indication qu'à partir de ce moment, la cause des LGBT allait être intégrée à l'agenda international. Mais le monde entier l'a-t-il entendu ? Lorsque nous rencontrons Tarek à la terrasse ombragée et tranquille d'un petit café-librairie de Hamra, quartier cosmopolite et centre culturel de la capitale libanaise, celui-ci nous dit d'emblée : "Vous arrivez à un moment très intéressant, parce que l'année passée a vraiment été à la fois la pire et la meilleure année pour les droits des gays au Liban depuis toujours. La nature des choses est ainsi : elles doivent d'abord être horribles, avant de pouvoir devenir meilleures". Dressons donc le bilan, calmement, de l'année écoulée, marquée au fer rouge par deux événements qui impliquent un sinistre personnage qui répond au nom de Joe Maalouf. Ou plus précisément d'une période au parfum doux-(très) amer, qui s'étend de décembre 2012 jusqu'au début de l'année 2014.
 
"TU ES LIBRE"
 
Laissez-nous vous présenter Joe Maalouf : présentateur-vedette de l'émission Enta Horr ("Tu es libre" en VF, LOL) sur MTV Al-Lubnaniya - une chaîne créé par un gros légume chrétien friqué, rien à voir avec la MTV que nous connaissons. Sur le plateau, en décembre de l'année 2012, à une heure de grande écoute, celui-ci présente un reportage où il pénètre en caméra cachée dans le Ciné Plaza, un cinéma X gay de Beyrouth, cinéma bien connu des services de police, qui fermaient les yeux sur son existence. Il filme à leur insu les gens présents sans flouter leurs visages, ce qui correspond à un odieux outing médiatique forcé dans une société ultra-homophobe. Puis, il demande à l'antenne à la police d'intervenir. Celui qui n'hésite pas à clamer publiquement son admiration pour Hitler, son "plus grand modèle", convoque l'argument : "Quel exemple donnez-vous aux enfants ?". Le commissariat de Hobeich, spécialisé dans les affaires de mœurs, humilié par M. Maalouf, s'est alors senti obligé d'intervenir et a procédé dans les jours suivants à une rafle médiatisée. Trente personnes ont été arrêtées et soumises à ce que la presse locale a baptisée "le test de la honte" (prescrit par une loi de 1929 datant du protectorat français) : un médecin a inséré un œuf dans leur orifice anal afin de déceler un éventuel acte de sodomie. La majorité des "suspects" ont été déclarés "négatifs" et libérés sans charge. Les autres, jugés "coupables", ont été maintenus quelques jours en détention avant d'être relâchés.
 
Qu'est-il arrivé aux victimes ? Si certaines sont encore en procès contre le commissariat et l'émission Enta Horr, la plupart ont préféré n'engager aucune poursuite afin que leur nom ne soit pas divulgué. Aucun d'eux n'a accepté de devenir le visage d'une campagne. "Helem a organisé sa première manifestation avec le slogan 'Get off my ass' (littéralement 'Dégage de mon cul', qui correspondrait à 'Lâche moi la grappe', ndlr). Énormément de gens sont venus - et par énormément, j'entends 30, et par 30 j'entends que 20 d'entre eux avaient dissimulé leur visage", ironise Tarek. Rappelons que dans un pays où les homosexuels ne bénéficient d'aucun soutien institutionnel, affirmer courageusement sa sexualité est un acte qui peut se payer de sa vie. Aussi cruelle que soit cette histoire, à la suite de toute l'affaire, l'ONG a obtenu sa première victoire : l'interdiction pure et simple du test de l’œuf par le très influent Syndicat Libanais des Médecins. Si l'on est très, très, loin de l'abrogation de l'article 534, la loi est devenue impossible à "vérifier", donc impotente. Second succès, symbolique cette fois-ci : le retentissement négatif de l'affaire dans les médias à l'intérieur des frontières et au-delà. La présentatrice du journal télévisé de la chaîne de télévision nationale LBC a ouvert le soir-même l'antenne en fustigeant la "République de la honte".
 
S'est ensuivi un retournement de situation qui peut prêter à rire si l'on a le goût de l'humour noir et du rire jaune. Georges Azzi, fondateur du Helem, a sorti du placard le présentateur de l’émission-scandale lui-même, en retour des outings télévisuels auxquels celui-ci avait procédé. Selon Tarek, il n'y a pas de preuve de son homosexualité, mais il nous lance, en riant justement : "j'ai des amis qui m'ont dit qu'ils avaient couché avec lui".
 
UN HOMME OU UNE FEMME ?
 
Quelques mois plus tard, en avril 2013, la municipalité de Dekwaneh, une commune de la banlieue de Beyrouth majoritairement chrétienne, décide de faire boucler par une opération de police le Ghost Bar, l'une des principales boîtes LGBT de la capitale. Raison invoquée ? La drogue et la prostitution. "Ce qui est évidement un mensonge, mais en même temps, pas tout-à-fait, puisque dans n'importe quel club où tu puisses aller au Liban, hétéro ou gay, si tu soumettais les gens à un test de dépistage de drogues, tu constaterais que tout le monde est défoncé", analyse Tarek. Le commissariat Hobeich, contacté par le Maire de la municipalité, refuse d'aller fermer l'endroit, se souvenant du retentissement de l'affaire du Ciné Plaza. C'est donc à la police municipale que celui-ci fait appel, qui exécute cet ordre alors qu'elle ne possède aucune juridiction pour le faire. Trois personnes sont arrêtées : deux hommes gay syriens et une femme transsexuelle syrienne - doublement et triplement maudits. Au poste où ils sont emmenés, alors que les deux hommes sont emmenés dans la cellule des hommes, les policiers adoptent une toute autre attitude vis-à-vis de la femme transsexuelle. Ils la déshabillent et la laissent pendant des heures nue au milieu du bureau où elle aurait été victime d'abus sexuels. "Nous n'arrivions pas à déterminer s’il s'agissait d'un homme ou une femme" se défendront-ils par la suite. Rire jaune pisse encore : Joe Maalouf, toujours lui, dénonce sur MTV une violation de la législation libanaise et des Droits de l'Homme. "Je pense qu'il se sentait coupable de l'affaire du test de la honte", explique Tarek. "Il voulait que le Ciné Plaza soit fermé, pas que des hommes soient molestés"
 
Cette histoire a motivé Helem à travailler avec l'association syndicale nationale des psychologues et des psychiatres libanais afin de retirer l'homosexualité de la liste des maladies mentales au Liban, ce qui est aujourd'hui chose faite. Auparavant, il était fréquent que des psychiatres prescrivent des "remèdes" variés pour la "soigner" : traitements pharmaceutiques, électrochocs, thérapies religieuses, antidépresseurs, anxiolytiques, remèdes à base d'herbes, hypnose et tutti quanti faisaient partie de la joyeuse panoplie de traitement administrés. Voilà donc l'une des premières avancées notoires d'un combat pour le moment trop contenu et localisé, limité entre les membres de la communauté gay et les membres du gouvernement, la police, la sécurité et le secteur de la santé. Il n'a pas encore été ouvert avec les mosquées et les églises, une étape fondamentale.
 
"LE DANGER POUR LES HOMOSEXUELS LIBANAIS, CE N'EST PAS L'ISLAM INTEGRISTE"
 
L'affaire est entendue : au Liban, les homosexuels ne voient pas toujours la vie en rose ou du violet du spectre du drapeau arc-en-ciel. Mais, paradoxalement, les lieux de rencontre gay sont nombreux dans la capitale, bars et boîtes-de nuit principalement. Comment l'expliquer ? Le pays est multi-confessionnel : musulmans chiites et sunnites, druzes et alaouites (environ 60% de la population) ainsi que chrétiens de diverses confessions y cohabitent bon gré mal gré. On pourrait donc naïvement penser que certaines confessions seraient plus indulgentes que d'autres face à l'homosexualité. Que nenni. "Beaucoup de gens pensent que le danger pour les homosexuels libanais, c'est le Hezbollah et l'Islam intégriste. Oubliez le Hezbollah. Le Hezbollah sait que Helem existe, mais il n'en a rien à branler. De la même manière, beaucoup de gens très progressistes sont des connards homophobes, alors que beaucoup de gens très traditionnels et pieux sont très tolérants. Par contre, la société libanaise est telle que si tu es un gay musulman et que tu emménages dans un quartier chrétien, cela n'importune personne - non pas par respect, mais parce qu'ils ne voient pas en quoi cela peut les affecter eux et leur communauté." Cette fragmentation sociale permet à de nombreuses minorités de se sentir en sécurité, elle les protège. C'est pour cela que le quartier de Hamra, le plus cosmopolite, est le plus gay friendly.
 
La subculture gay est donc assez vivante à Beyrouth, mais essentiellement nocturne - une vie de Cendrillon d'après-minuit. Beaucoup de gens venant des pays alentours et portant ici des chaussures à talons, de vair ou non, sont des drag queens. Ils fréquentent divers troquets et clubs interlopes... avant de retourner à leur vie ordinaire comme si de rien n'était. "Beaucoup de Libanais qui s'identifient en tant que gays sont sélectifs dans le choix des gens à qui ils le disent : certains à papa et maman mais pas à la famille élargie ou l'inverse, aux amis mais pas aux collègues, ou l'inverse. Les gens qui sont out devant la société, c'est-à-dire dans les médias, sont trois ou quatre tout au plus. Si tu es prêt à être filmé dans une manifestation pour les droits des homosexuels ou dans un talk-show en tant qu'homme gay, c'est là et seulement là que tu es complètement out." On peut ainsi affirmer que bien des gens mènent deux vies distinctes, à laquelle vient parfois se rajouter une troisième vie en ligne, avec souvent un faux nom et de fausses photographies : "Grindr est la Bible des homosexuels au Moyen-Orient !". Ici, selon plusieurs échos d'homosexuels étrangers séjournant dans le pays, il est donc facile de trouver un plan cul, mais très difficile de trouver un partenaire. Selon eux, en général, la plupart des gays ne veulent pas lutter pour les droits des homosexuels, prendre l'énorme risque de changer la loi et leur statut social. Alors ils se contentent de ne pas avoir de relation durable, et de rencontrer seulement des partenaires en secret dans des bars ou sur les Internets.
 
 
Alors que nous commençons à appréhender la complexité du rapport à l'homosexualité dans le pays, il nous semble maintenant important d'élargir le sujet au Moyen-Orient, en tentant de dépasser l'axe sensationnaliste auquel la plupart des médias se bornent : "les pauvres êtres", "le drame". C'est très vrai, mais en même temps, il y a tellement d'autres choses à dire dessus. De fait, dans certaines sociétés très conservatrices, beaucoup d'hommes couchent avec des hommes et c'est un fait connu et toléré. Certains disent que c'est parce qu'ils préfèrent, d'autres parce qu'ils n'ont pas accès aux femmes avant d'être mariés. Au Qatar, il y a beaucoup de lesbiennes butch surnommées “boyât” : un mot composé de “boy” et du féminin pluriel arabe “ât”. Le militant du Helem nous raconte également que lorsqu'il a vécu à Dubaï, il s'est rendu compte que beaucoup de femmes postaient des annonces sur des sites de rencontre gays pour trouver un mari car elles savaient qu'il ne les traiterait pas mal, qu'il n'aurait pas de demandes envers elles et qu'elles pourraient vivre leur vie tranquillement.
 
Beaucoup d'hommes dans le monde arabe ne voient pas le fait de coucher avec des hommes comme une indication du fait qu'ils soient gays. Et cela ne signifie pas forcément qu'ils soient dans le déni : être gay ce n'est pas seulement avec qui l'on couche, c'est avant tout une affaire d'identité. Sinon, comment expliquer que tant de personnes soient prêtes à changer de sexe au péril de leur vie ? "Les gays ont inventé ce que c'est qu'être gay, ce que cela signifie, et en Orient et au Moyen-Orient, ce n'est pas forcément la même chose qu'en Occident. Il n'y a pas encore assez de sociologues, d'anthropologues, d'historiens et de théoriciens queer qui travaillent sur ce qu'est l'identité gay dans la culture du Moyen-Orient ou en Orient en général." Les non-dits sont très puissants dans les sociétés traditionnelles, mais ce n'est pas parce que la sexualité ne se dit et ne s'affiche pas qu'elle n'existe pas. Ici comme partout dans le monde, chaque personne a dans sa famille un oncle ou un cousin gay, qu'elle aime et respecte mais dont elle ne veut pas nécessairement connaître la vie sexuelle. Ce n'est pas quelque chose dont on parle. Ce qui correspond peut-être à peu près à votre niveau de tolérance vis-à-vis de votre oncle raciste : il est cool, mais vous préférez discuter cinoche que politique avec lui.
 
"CE QUE JE CONSIDERE CONTRE-NATURE, C'EST UN HOMME AVEC UNE CHEVRE"
 
Dans un pays qui entretient une relation si ambiguë à l'homosexualité, comment l'ONG peut-elle diriger son action ? "Pour le moment, nous pouvons oublier l'idée de parler au gouvernement d'abroger l'article 534, car nous ne savons même pas quel pourcentage de la population est pro-homosexualité. Aucun sondage n'a jamais été fait à ce sujet." Si elle ne peut rien faire avec la légalité, ce sur quoi elle peut déjà agir, c'est la prise de conscience et l'éducation. "Mais même à ce niveau-là, nous aurions besoin de savoir. Qu'est-ce que les Libanais pensent de l'homosexualité ? Pensent-ils que c'est une maladie, un péché, que c'est quelque chose d'hormonal, qu'est-ce que c'est ?" C'est donc sur ce vaste sondage que travaille actuellement l'association, qui a levé des fonds et a fait appel à l'agence de sondages avec laquelle travaille le gouvernement, afin que celui-ci ne puisse pas mettre en doute les résultats. Les résultats sont attendus pour dans un an et informeront l'activisme pour les dix prochaines années.
 
Le Liban est un pays chaotique, plus gouverné par des gens que par des lois. Et si les homosexuels ne seront jamais en sécurité tant que l'article 534 existera, l'association a atteint certains succès basés sur des connexions personnelles. Les "relations sexuelles contre-nature" sont punies d'emprisonnement, mais si l'on y regarde à deux fois, le texte ne condamne pas spécifiquement la sodomie et/ou des hommes ou femmes ayant des relations ensemble. C'est au juge d'interpréter ce qui, selon lui, est “contre-nature”. En 2009, pour la première fois, un magistrat qui travaillait avec Helem a jugé non-coupable un homme accusé dans ce type d'affaire en ces mots : “deux hommes qui font l'amour n'est pas contre-nature. Ce que je considère contre-nature, c’est un homme avec une chèvre”.
 
 
Quelques années plus tard, en 2013, un autre homme de loi devant trancher le cas d'une transsexuelle prise avec un homme a non seulement déclaré que deux hommes faisant l'amour n'était pas contre-nature, mais il a ajouté en sus qu'il n'était pas en train de juger un homme avec un homme, mais un homme avec une femme. Assertion dans laquelle il faut bien sûr entendre que ce qui fait l'identité d'une personne en matière de genre n'est pas le sexe qu'elle a au moment de sa naissance, mais ce qu'elle a choisi d'être. Or, le plus extraordinaire est que ce juge n'était d'aucune manière affilié à l'ONG. C'était seulement un homme qui, face à une situation inconfortable, a regardé les procès précédents sur des affaires du même ordre, est tombé sur le cas de 2009 et a considéré que le verdict faisait sens. Grâce à ces deux cas, il existe maintenant une jurisprudence avec laquelle les gays peuvent se défendre - à condition évidemment de ne pas tomber sur un juge homophobe.
 
Chaque jour, Helem reçoit des appels de pays comme l'Arabie Saoudite, le Yémen ou encore le Maroc : "Je m'apprête à me suicider", "Pouvez-vous m'aider à obtenir une nationalité libanaise pour que je m'échappe de mon pays, parce que mon frère va me tuer"... Tarek, qui ne rentre pourtant pas dans le cliché réducteur de ce que les gens pensent être un homosexuel, est insulté en permanence ici, à Beyrouth. Un homme ne peut marcher dans la rue avec un sac à main sans entendre des sifflements et être apostrophé : “tu es une pute”, “je te baise, bébé” ou encore “je veux que tu meures”. Une pléthore de destins individuels qui recherchent désespérément une aide que peut difficilement leur fournir une ONG si petite et si controversée, qui lutte chaque jour pour continuer à exister. Alors ce qui est d'une importance vitale, c'est avant tout de créer un espace à soi : un endroit où les gens soient en sécurité et où ils se sentent à leur place, même si ce n'est qu'une toute petite pièce dans un petit pays.
 
 
Bettina Forderer.