Quiconque écoute ou réécoute attentivement des artistes comme Wallen, K-Reen ou encore Assia pourra voir de la richesse là où la majorité des gens ne perçoit que du négligeable. De Celle Qui a Dit Non à Tu me Plais, de Elle Est à Toi aux multiples refrains mythiques sur les morceaux de rap (Qui Est l’Exemple ? de Rohff, Destinée de Booba, Les Temps Changent de MC Solaar), toutes ces chanteuses ont en effet permis au R’n’B d’éclore en France, et il n’est sans doute pas exagéré d’affirmer qu’elles ont permis en parallèle l’éclosion du hip-hop sur les ondes radiophoniques. Reste à savoir ce qu’elles sont devenues.
 
 

K-REEN

 

Au début du R’n’B, il y avait une artiste qui ne faisait pas comme les autres. Une artiste qui pratiqua rapidement le R’n’B avant que le terme n’existe en France. Cette artiste s’appelle K-Reen, et elle porte aujourd’hui un regard lucide sur la scène des années 2000 : «Je suis issue d’une génération d’artistes ayant amené le R’n’B en France au cours des années 90. C’était une époque où il y avait beaucoup de création et de choses originales. Des sensations que je n’ai pas retrouvées avec les artistes des années 2000. Au début, ça allait encore, mais l’esprit que l’on avait amené est parti petit à petit. Les labels avaient pris le contrôle des artistes.». L’expérience aidant, K-Reen, qui aurait pu se contenter de gérer tranquillement sa carrière et de garnir son compte en banque, a donc fini par prendre peu à peu ses distances avec ce milieu. «Je continue de produire de jeunes chanteurs grâce à Astrad Music, un label que j’ai fondé en 2012. Mais je ne peux pas, comme le font la plupart des anciennes artistes R’n’B, me mettre à chanter de la pop. Au contraire, je préfère en ce moment aller explorer le zouk et les musiques caribéennes parce que ces styles n’ont pas encore été trahis par les majors. C’est encore un petit cocon protégé qui me permet de continuer à chanter. De toute manière, je ne sais rien faire d’autre, je suis hyperproductive.»

 

 

Vrai : entre ses premiers morceaux en solo (J’en ai Marre et Les Mots d’Amour) qui marquent le début du R’n’B français en 1994 et son dernier single, La Belle et le Chacal en 2013, K-Reen a enregistré pas moins de quatre albums solos, participé à moult compilations (parmi lesquelles Ma 6-T Va Crack-er, Sensitive, Hip Hop Soul Party 3 et Première Classe), collaboré avec le gratin du rap français (Oxmo Puccino, MC Solaar, DJ Abdel, Cut Killer, Shurik’n ou encore Kery James) et publié quelques singles que l’on peut décemment considérer comme des classiques (Tu Me Plais, sur la B.O. de Taxi notamment). A l’écouter, son succès n’est pourtant qu’un pur hasard. Car avant tout, K-Reen cherche à vivre pour la musique, et non de la musique. «À l’époque, les rappeurs et les chanteuses de R’n’B faisaient de la musique parce qu’ils en avaient besoin. On ne se retrouvait dans rien avant l’arrivée de cette culture hip-hop, qui prônait l’amour, le métissage et le respect. Que ce soit les rappeurs, les chanteuses ou les danseuses, on se connaissait tous puisqu’on se réunissait tous au même endroit. C’était un microcosme qui a fini par exploser le jour où les gens ont compris qu’ils pouvaient en faire leur métier, qu’ils pouvaient se faire de l’oseille avec cet art.»

 

 

L’argent, K-Reen y goûtera toutefois avec le succès de Tu Me Plais : «Avant, je travaillais au McDo et je vivais seule dans mon appartement, donc forcément, l’oseille que m’a rapportée ce single était le bienvenu. Mais ce morceau n’a pas été fait dans cette optique. D’ailleurs, même s’il m’a ouvert des portes vers d’autres collaborations ou les radios, j’ai toujours préféré prendre mon temps et faire les choses à ma façon.» Aujourd’hui, K-Reen, qui se dit blasée par toutes «les chanteuses sans âme du R’n’B actuel, incompatibles avec la philosophie prônée dans les années 90», continue d’appliquer le seul et même credo : le plaisir d’abord, le marketing ensuite – ce qui la distingue, en un sens, de la success-story qu’ont revendiqué Leslie, Nâdiya et autres Cendrillons du ghetto durant toute leur carrière.

 

 

LÂÂM

 

«Je préfère ne pas être associée à cette scène. De toute façon, j’ai toujours été trop variété pour la scène R’n’B, et toujours trop R’n’B pour la variété.». Quoi qu’en dise l’auteur des Enfants De L’An 2000, qui décline ici gentiment notre proposition d’interview, elle fait bel et bien partie de la scène R’n’B qui éclôt à l’aube des années 2000. Selon les comptes d’Infodisc, elle en serait d’ailleurs la meilleure vendeuse, avec pas moins de 500 000 albums vendus et plus de deux millions de singles écoulés.

 

Avec le recul, la vie de Lââm pourrait pourtant être comparée à une mauvaise comédie romantique : des succès (Les Enfants de l’An 2000 donc, mais aussi Chanter Pour Ceux Qui Sont Loin De Chez Eux, Jamais Loin De Toi, le générique de Tom et Sheenah, la bande-son des Minikeums…) des chutes, des navets (inutile de tous les nommer), des faux espoirs. S’il faut dater le moment où tout a commencé à aller de travers pour Lââm, peut-être que les gens s’arrêteront sur la comédie musicale Cindy en 2002. Cette année-là, la chanteuse connaît son premier échec commercial (100 000 exemplaires tout de même) avant de doubler la mise deux ans plus tard avec un nouvel album éponyme qui ne s’écoulera qu’à 25 000 exemplaires.

 

 

Si la chanteuse d’origine tunisienne au look imprévisible relèvera quelque peu la tête par la suite (notamment grâce au single Petite Sœur et à sa nomination aux Victoires de la Musique en 2006), ce regain d’intérêt n’est que de courte durée. Que ce soit ses différents albums (Le Sang Chaud en 2006, Le Cœur des Hommes en 2009), sa participation à la bande originale française de High School Musical 2 ou encore sa présence annuelle aux Enfoirés, rien ne suffit à faire redécoller la carrière de Lââm, qui semble définitivement inadaptée à la production contemporaine. Epuisée, minée, ringarde, Lââm, 42 ans, semble éprouver toutes les peines du monde à avancer sur son prochain album, qu’elle nous promet de venir présenter si on lui réserve une interview. En attendant, elle a toutefois l’amabilité de nous livrer ses chanteuses préférées du moment : Zaho et Vitaa. Voilà, voilà.

 

 

JALANE

 

On est en 2001 : alors qu’IAM vient de faire appel à elle pour participer à la bande originale de Taxi 2 sur les titres Laissez-Moi, Lettre Ouverte et le single Millénaire, Jalane sort deux tubes coup sur coup - Femmes (Cette Fois, Je Sais) et Ma Musique. Le R’n’B français tient alors sa next big thing : «C’est grâce à Taxi 2 et au single avec Disiz, Lettre Ouverte, que l’on m’a entendue pour la première fois à la radio», raconte-t-elle. «J’ai alors signé avec Sony Music et j’ai pu sortir mon album un an après. Il a eu un beau succès, notamment grâce au titre, Ma Musique. Je ne pouvais pas faire un album sans évoquer cet aspect de ma vie. Tout simplement parce que la musique est la chose la plus importante dans ma vie... Comme je le disais dans le texte de la chanson : "Grâce à elle je suis / Elle est tout pour moi / Je ne peux l’imaginer hors de ma vie...".».

 

 

Passé ce témoignage que n’aurait pas renié Séverine Ferrer dans les meilleurs moments de Fan 2, il convient de signaler que le retour à la réalité fut quelque peu brutal pour Jalane. Il était aussi prévisible. A l’exception de son premier album, vendu à plus de 100 000 exemplaires et réalisé en étroite collaboration avec K-Reen, Ben-J des Nèg' Marrons, China Moses ou encore Diam’s, toutes ses autres compositions ont en effet subi un échec cuisant. Même si elle s’en défend : «Ce ne sont pas les médias et mon public qui m’ont lâché, bien au contraire. Le problème, c’est que lors de la finalisation de mon deuxième album, toute mon équipe est partie rejoindre une autre major, comme cela arrive souvent. Je me suis donc retrouvée avec une équipe qui n’a absolument pas travaillé sur mon deuxième album et m’a mise dans un tiroir. Après six mois de bataille, quand j’ai constaté que cet album était malheureusement mort-né, j’ai préféré quitter Sony.». Résultat, Jalane démarche Spidart, un label communautaire, et réunit en cinq jours les 19 000 euros nécessaires à la production de son album. La chanteuse en profite également pour changer de registre et s’orienter vers une esthétique variété, presque jazz.

 

Lorsqu’on lui demande si ce changement d’orientation est dû à une certaine honte vis-à-vis de l’évolution du R'n’B, elle botte toutefois en touche : «Le début des années 2000 fait partie des plus beaux moments de ma vie artistique. C’est une belle nostalgie ! Nous avons dû nous battre pour amener le R’n’B en France. Personne n’en voulait alors que cela faisait déjà longtemps qu’on l’entendait aux Etats-Unis. On était des guerrières et rien ni personne ne nous faisait peur. Je suis donc plutôt fière d’avoir contribué à l’émergence de ce genre musical. A l’époque, je disais déjà dans mes interviews que le R’n’B serait la nouvelle variété française.». Aujourd’hui, Géraldine Plaut - son nom à l’état civil - a 42 ans, deux enfants et garde la forme. Et surtout, elle travaille encore : «J’ai monté ma boîte de production, Come On Productions, avec mon mari réalisateur Karim Ouaret. Depuis trois ans, nous avons produit et réalisé des clips pour des artistes comme Florent Pagny, Hélène Ségara, Zaho ou Amel Bent. On a même réalisé un court métrage, Lapsus, qui remporte de nombreux prix à travers le monde. Je ne m’attendais pas à prendre autant de plaisir derrière la caméra en tant que productrice qu’en tant artiste devant la caméra.». Incapable de penser à autre chose qu’à la musique, Jalane sortira dans le courant de l’année Âme Soul, son nouvel album autoproduit.

 

 

WALLEN

 

Elle fut sans doute la chanteuse la plus douée et la plus classe de cette génération. Figure clé du R’n’B français des années 2000, Wallen a plusieurs fois croisé le succès en quelques années. C’est pourtant son premier single qui conserve cet ensorcelant pouvoir d’écarquiller les pupilles des plus nostalgiques de cette décennie. Vendu à plus de 100 000 exemplaires, Celle Qui A Dit Non (en duo avec Shurik’n, qui reprend ici l’instrumental de son single, Samuraï) permet en effet à cette inconditionnelle d’Aaliyah et de Radiohead d’être nominée aux Victoires de la Musique en 2002. Si le prix est finalement remporté par Matt Houston (qui reçoit cette distinction des mains des Destiny’s Child, rien que ça), Wallen n’en démord pas et signe plusieurs hits plutôt bien sentis : L’Olivier, Donna ou encore Bouge Cette Vie, tous extraits de son deuxième album, Au Rythme Des Saisons. Profitant d'un honorable succès, elle exposait en 2005 sa vision personnelle du R’n’B à Tchatch TV : «Le nom qu’on donne à une musique est fait pour désigner une forme. Mais le propre d’une forme, c’est qu’on peut y mettre ce qu’on veut. Dans le R’n’B, chacun a donc la liberté artistique de raconter des histoires d’amour ou personnelles. Personnellement, j’ai fait le choix de raconter des réalités qui m’entourent, de choisir des thèmes sociaux.».

 

Une philosophie que cette chanteuse d’origine marocaine tient sans doute de ses accointances avec le hip-hop, elle qui a longtemps été choriste pour NAP (le groupe d’Abd Al Malik, son compagnon) et pour Tonton David avant d’intégrer la Mafia Underground. Le succès qu’elle rencontre (relatif, on ne parle quand même pas de Beyoncé) lui permet d’ailleurs de multiplier les collaborations avec les rappeurs, que ce soit avec Abd Al Malik, bien entendu, Ali, Mac Tyer ou encore Rohff, avec qui elle s’autorise même un couplet rappé sur Charisme en 2004. Toujours sur Tchatch TV, Wallen revendiquait ces influences : «Le hip-hop, ce n’est pas seulement un style de musique, c’est un mouvement culturel avec ses codes, sa philosophie, ses principes. Ayant évolué dans un collectif rap, j’ai vraiment pu saisir le cœur du hip-hop, cette solidarité et ce sens du partage qui continuent aujourd’hui encore de m’inspirer.».

 

 

Aujourd’hui, Wallen se fait plus rare, se concentrant essentiellement sur les trois gnards qu’elle a eu avec Abd Al Malik. Car outre un troisième album (Miséricorde, en 2008), où elle invite Micky Green sur Répare-Moi, seuls quelques duos sont venus combler cette longue période de latence (Mon Amour, avec son slammeur de mari, notamment). Qu’à cela ne tienne, un quatrième album et deux livres seraient actuellement en préparation.

 

 

LYNNSHA

 

C’était en 2003. Flairant le bon coup, Passi, qui vient de la rencontrer par l’intermède de Kaysha, invite Lynnsha à Marrakech. Objectif : la faire participer à la compilation Dis L’Heure 2 Zouk sur le titre Ma Rivale. On ne sait pas vraiment pas s’il s’agit du meilleur titre de sa carrière, mais c’est à coup sûr celui par lequel elle accède aux hit-parades : «Grâce à ce titre, j’ai pu signer sur une major et je pouvais enfin entamer une vraie carrière de chanteuse.». Dès lors, les propositions affluent pour cette ancienne choriste, qui goûte au même moment à ses premiers voyages (au Maroc, donc, aux Etats-Unis, au Canada et aux Caraïbes) et aux collaborations internationales, comme celles avec Christina Milian, Wyclef Jean et Craig David entre 2004 et 2008 : «Pour Christina Milian, tout s’est fait à distance grâce à nos maisons de disques respectives. En revanche, Craig David et Wyclef ont vraiment été de belles rencontres. Ça m’a permis de comprendre que les grandes stars sont prêtes à jouer le jeu du moment qu’une vibe se crée entre vous. Craig David, par exemple, a tellement aimé le refrain que j’ai fait de Walking Away qu’il a décidé de réenregistrer la chanson avec moi.».

 

Pas du genre à écrire un nouveau Bills Bills Bills, Lynnsha semble malgré tout condamnée à jouer en seconde zone. Depuis quelques années, terminés les hits, terminés les concerts au Stade de France (elle était présente lors des deux premières éditions d’Urban Peace), terminées les collaborations prestigieuses. Reste que si les ventes ont diminué, Lynnsha refuse de penser que le vent a tourné, et se considère encore et toujours comme une artiste à part entière : «Le R’n’B n’ayant jamais vraiment eu la même importance en France qu’aux Etats-Unis où les cultures métissées sont considérées avec respect, j’ai préféré faire évoluer mon R'n'B vers mes racines caribéennes. Grâce aux quatre albums que j’ai sortis entre 2004 et 2014, j’ai donc eu la chance de toucher à pas mal de styles différents. Je suis donc assez enthousiaste à l’idée de sortir mon best-of cette année, ça permettra de faire comprendre aux gens à quel point j’ai toujours été présente depuis dix ans.».

 

 

ASSIA

 

Issue du conservatoire, où elle apprend à manier le solfège et le piano classique pendant treize ans, Assia doit une grande partie de sa réussite musicale au collectif Secteur Ä, avec qui elle participe à différentes sessions d’enregistrements. C’est d’ailleurs aux côtés de Stomy Bugsy, Kenzy et autres trublions du crew du 9.5 que sa carrière s’avère la plus convaincante. Nous sommes alors en 1999 et Assia Maouene, âgée de 26 ans, enregistre certainement l’un des titres les plus mythiques de cette génération hip-hop, Une Affaire de Famille, en duo avec Passi, Doc Gynéco et Stomy Bugsy dans le cadre de la compilation All Stars du Secteur Ä.

 

 

Forte de ce succès, Assia enchaîne les répétitions (jusqu’à six heures par jour) pour mettre sur pied son premier album, Chercheuse d’Or, en 2000. C’est le moment où les portes s’ouvrent, notamment celles des radios et des plateaux télé, et qui lui permettront d’écouler plus de 150 000 exemplaires de ce premier effort. Mais comme souvent dans le R’n’B, c’est un single (Elle Est à Toi, vendu à plus de 700 000 exemplaires) qui fera la renommée de cette jeune chanteuse. Qui revenait à l’époque pour NRJ Live sur la genèse d’un tel succès : «J’ai écrit cette chanson avec Calbo du groupe Ärsenik. C’est lui qui a amené le concept, à savoir une histoire tourmentée entre une mère trop jeune et une fille qui multiplie les bêtises parce qu’elle traîne en bas des tours tous les jours sans personne pour la guider.». Des thèmes que n’auraient pas reniés Aaliyah ou Mary J. Blige, deux références assez évidentes.

 

Malheureusement, si elle a gravi un à un les échelons, cumule les performances et les apparitions (aux côtés de Julien Clerc, Tina Arena, Beenie Man ou encore Diam’s) pour se faire un nom et une crédibilité, sa carrière s’essouffle assez rapidement. En 2002, elle connaît même un sérieux coup de mou avec la comédie musicale Cindy. Assia a manqué sa chance. A 40 ans, elle se contente désormais de reprendre les tubes de ses idoles (Stevie Wonder, Michael Jackson…) dans de petites salles parisiennes avec Hegemony Of Soul, le groupe qu’elle forme avec son frère, tout en gardant en tête l’échec de son deuxième album, Encore Et Encore, qui ne dépassera pas les 10 000 exemplaires vendus en 2005.

 

 

KAYNA SAMET

 

Rappel des faits. Passionnée par les disques de funk de son grand frère et les grandes voix de la chanson française (Brel, Barbara, Ferré), Malika Zoubir intègre à tout juste 15 ans différents groupes de rap de son quartier et s’éclate à jouer les choristes. Elle ne s’appelle pas encore Kayna Samet, mais Volupté, pseudonyme avec lequel elle s’essaye au rap sur son premier maxi Le Parcours D’une Goutte d’Eau, publié en 1999.

 

Ce n’est que quelques années plus tard que Malika adopte le pseudo avec lequel elle vivra ses plus belles expériences et imposera ce qui sera dès lors sa touche stylistique : un timbre de voix éraillé. Dans une interview accordée en 2012 au site Ohmymag.com, Kayna revenait d’ailleurs sur la spécificité de son grain : «Un matin, je me suis levée et je me suis adressée à ma mère avec une voix beaucoup plus grave que d’habitude. Ma mère était stupéfaite, elle me dit "ma fille, tu es malade ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ?" Et je ne savais pas ce que j'avais, je sentais simplement un truc bizarre. Du coup, elle m’a emmenée chez un ORL, et il s’est avéré que j’avais des nodules sur les cordes vocales. Heureusement, il s’agissait de nodules bénins, mais c’est certainement à ce moment-là que ma voix a mué, un peu comme les garçons.».

 

Avant de distiller ses conseils de grande sœur sur ses albums solos, Kayna Samet s’est longtemps contentée d’enjoliver les refrains de ses copains rappeurs. Faits notables : Destinée avec Booba en 2002, Nous avec IAM en 2003 et Pétrole avec Rohff en 2004. Les collaborations de renoms vont toutefois se poursuivre au fil des années, que ce soit avec Mobb Deep et Le Rat Luciano sur son premier album (Entre Deux Je), avec Kery James sur son second, À Cœur Ouvert, ou encore avec Keny Arkana, DJ Abdel, Psy4 De La Rime ou encore Sinik, avec qui elle a un enfant. Au cours des années 2000, incontestable décennie de la consécration pour elle, Kayna Samet s’avère donc hyper-prolifique, enchainant les succès (qui, durant son adolescence, n’a pas chantonné les yeux fermés le refrain de Destinée ?) et chantant à peu près toute la gamme possible des thèmes R’n’B-esques : les déboires sentimentaux, le quotidien d’une fille dans une cité, le besoin d’espoir ou encore, le meilleur de tous, la chanson dédicacée à son nouveau-né.

 

 

Si elle refuse de nous accorder quelques mots avant d’entamer la promo de son troisième album (prévu pour le mois de mai), les propos qu’elle tenait il y a deux ans à Ohmymag.com trahissaient une objection particulière à l'encontre de la façon dont le R’n’B a évolué depuis quelques années. Pour elle, ce genre aurait pour défaut de ne pas avoir «d’univers propres. La seule, parmi les nouvelles, qui a un univers et dont je suis fan, c’est Zaho. A part les fous ou les sourds, personne ne peut dire que Zaho, ce n’est pas du bon. Elle a un parcours atypique avec des influences américaines et arabes, elle rappe et elle chante, elle a vraiment son style propre, et c’est ce qui manque dans le R’n’B français aujourd’hui.».

Excepté l’éloge de Zaho, on ne peut qu’acquiescer.


 

Maxime Delcourt.