L'état de fait

Vous aurez sans doute noté que 2013 a marqué le retour en grâce d’un chanteur de R’n’B bien connu des cours de récré et des tribunaux outre Atlantique : R. Kelly. Le chanteur/producteur (et ex-mari d’Aaliyah, RIP bébé) s’est tout bonnement fait adouber par la hype en apparaissant sur scène aux côtés de Phoenix lors de la dernière édition de Coachella (et en signant un remix de Trying To Be Cool dans la foulée). Par la suite, le quatuor versaillais n’a pas hésité à louer publiquement le “génie” de l’homme. Il est vrai qu’avoir sur Black Panties - son dernier album sorti à la fin de l’année 2013 - une chanson qui s'appelle Marry The Pussy et qui comprend des paroles telles que "Pussy talk to me / Pussy sing to me / Yeah, so much joy it bring to me" fait clairement de vous un être à part.

 

 

Ceci pourrait même être aussi drôle que sa série Trapped In The Closet... s’il  n’y avait aucun doute que le "pussy" en question n’appartienne pas à une mineure. Hé oui, R. Kelly les aime jeunes, voire très jeunes : des douzaines de plaintes pour viols et agressions sexuelles sur mineures ont été déposées à son encontre, le tout appuyé par une sextape où l’on voit notamment le chanteur uriner dans la bouche d’une jeune fille mineure. Plusieurs procès se sont tenus, mais le chanteur a toujours été acquitté. Ainsi, pour une grande majorité du public et des médias, c’est comme si tout cela n’avait jamais existé. Car comme l’a dit le journaliste musical Jim de Rogatis, connu pour avoir rédigé de nombreux articles sur R. Kelly, "aux yeux de notre société, personne n'a moins d'importance que les jeunes femmes noires. Personne."

 

2013, c’est aussi l’année où Terry Richardson a gagné en 12 mois la bagatelle de 58 millions de dollars, faisant de lui le photographe le plus riche du monde alors même que les témoignages décrivant ses nombreuses agressions sur des mannequins - pratique connue au sein du milieu «fashion» depuis des années - se multiplient publiquement. Il faut dire que "Uncle Terry", comme il aime à se faire appeler par les tops lorsqu’il les photographie la bite à l’air, est l’ami des stars et des puissants, de Barack Obama en passant par Oprah Winfrey. Même Beyoncé, la reine incontestée du showbiz' actuel, fait appel à ses se(r)vices. La chanteuse qui s’autoproclame féministe et femme à poigne a en effet fait appel à ce dernier pour de nombreuses photos, ainsi que pour le clip de XO (et fun fact dégueu, c’est ce même Richardson qui signera le clip de Do What You Want du duo Lady Gaga/R. Kelly).

 

Enfin, on se rappelle au bon souvenir de l’affaire Rihanna/Chris Brown en 2009 où ce dernier a failli transformer la chanteuse en mauvais sosie de Franck Ribéry, sans doute parce que cette traînée avait dû croiser le regard d’un autre mec ou parce qu’elle avait dû manger tous les M&M’s bleus, la gredine. Il a été mis au ban du star system pendant quelques mois, avant de revenir comme par magie sous les feux des projecteurs. Le chanteur a donc bénéficié d’une seconde chance - en soi, pourquoi pas ? Mais comme toute personne résolument débile, Chris Brown a réitéré en termes de méfaits, à base d’agressions et autres accidents de voiture.

 

Récemment, Lena Dunham, la créatrice et héroine ultra-puissante de la série Girls, a eu l’audace d’affirmer sur Twitter que R. Kelly était un ignoble prédateur sexuel. Résultat des courses ? Elle s’est faite allumer par des détracteurs - notamment des congénères féminines - qui ont estimé que sa critique à l’encontre du chanteur n’était pas légitime puisque par le passé, elle avait elle-même accepté d’être prise en photo par la susnommé Terry Richardson. Comme si le fait d’avoir fréquenté à un moment donné Richardson (il est l’ex d’une amie de Lena Dunham) annulerait le fait que R. Kelly soit possiblement pédophile.

 

 

Outre les méfaits sexistes et violents de nos amies les stars à l’encontre des femmes, on notera l’émergence dans la société aka "la vraie vie" du "hipster sexism", cette pratique dont nous parlions ici qui permet d’énoncer des propos plutôt limites à l’égard des femmes sous couvert d’humour et de guillemets. Autrement dit, pour les stars comme pour les anonymes, se comporter en parfait connard envers les femmes est devenue une attitude tout à fait normale qui s’exerce désormais en toute impunité.

 

Les ripostes

Petit problème pour les messieurs qui ne semblent pas beaucoup apprécier les femmes, certaines d’entre elles n’hésitent pas à se rebeller. Tel est le cas d’Anna Gunn, la comédienne qui jouait le rôle de Skyler White, la femme de Walter White dans la série Breaking Bad. Sur Facebook, le groupe "I hate Skyler White" compte 28 000 membres, un peu moins que "Fuck Skyler White" qui recense, lui, 31 000 membres. Sur les pages de ces deux exemples de civisme à la sauce virtuelle, on peut trouver toutes sortes d’insultes, de propos désobligeants et autres détournements de photos à l’effigie de l’actrice. Cette dernière, lassée de faire insulter sur Internet, s’était fendue d’une tribune dans le New York Times. Pour elle, il s’agit clairement de misogynie, la plupart des critiques à son encontre lui reprochant le manque de soutien envers Walter White, son mari dans la série. L’actrice, elle, préfère rappeler que son personnage est une femme de tempérament, qui décide et commande à part égale avec son époux.

 

 

Dans un autre registre, la chanteuse du groupe anglais Chvrches déplorait, dans une interview au Guardian à l’automne dernier, les messages misogynes publiés à son encontre sur le net. En septembre dernier, elle postait sur la page Facebook du groupe la capture d’écran d’une invitation à dîner plus que douteuse de la part d’un fan. S’en sont alors suivis des centaines de messages ultra-agressifs et sexistes, du type :

 

"I have your address and I will come round to your house and give u anal and you will love it you twat lol"

"Act like a slut, getting treated like a sluy [sic]"

"It's just one of those things you'll need to learn to deal with. If you're easily offended, then maybe the music industry isn't for you"

 

Mis à les part les One Direction (et pour les raisons que l'on connaît), rares sont les hommes du show-business qui ont eu à subir des menaces de viol. 

 

 

Sarah Dahan.