POUR

 

Elle est "autentchique" 

Elle est saine (ou du moins elle le paraît). Après avoir touché à l'alcool et à la drogue dès ses 13 ans (la Drew Barrymore way of life), elle a exorcisé ses vieux démons en racontant son quotidien de mouton noir que tous les profs rencardaient et que les parents détestaient dans M!ssundaztood, l'album qui l'a révélée à l'échelle internationale. Elle est une fervente défenderesse des animaux et l'une des nombreuses voix à s'élever contre la politique de George Bush (contestation qui débouchera d'ailleurs sur une chanson). Si elle était un personnage du Breakfast Club, elle serait Ally (interprété par Allison Reynolds), la réponse à une Molly Ringwald un peu trop propre sur elle (pensez Britney avant 2007 ou Taylor Swift).

 

 

C'est la bonne copine rigolote
Pink, c'est en même temps la pote de tout le monde, mais aussi d'aucun d'entre nous. Celle avec qui tu peux passer de bons moments, mais qui choisira de disparaître subitement de ta vie, avant de refaire surface des mois plus tard. Celle qui te fait vraiment marrer en début de soirée mais à qui il va falloir dire «il va peut-être falloir aller se coucher maintenant» quand, à 9h du matin, elle te tanne pour aller racheter un pack de 12 au Franprix qui vient d'ouvrir. Et même si on ne pense pas souvent à elle, on est bien content de la retrouver à chaque fois. Qu'il s'agisse pour elle d'endosser le rôle d'une drôle de dame, d'emmerder tout le monde parce que son ex-mari lui a brisé le cœur ou de recaler les dragueurs lourdauds avec panache, on peut toujours compter sur elle pour nous divertir d'une façon ou d'une autre. Ah oui, et puis, elle est très indépendante, alors il ne vaut mieux pas lui chercher des noises. Une personnalité qui lui vaudra maintes fois d'être qualifiée (à tort) de «butch».

 

 

Elle a toujours sa place
Pink est un vestige du passé. Dès le début de sa carrière, sa maison de disque a eu la bonne idée de la placer entre les mains des génies créatifs derrière des tubes comme Bills, Bills, Bills et No Scrubs, résultat : succès instantané. Depuis, elle a su asseoir sa réputation d'icône pop au travers de nombreux succès et d'une importance toujours plus accrue. En 2001, elle est appelée pour assurer une reprise de Lady Marmalade aux côtés d'autres stars du moment. Sa renommée devient alors internationale. Elle est invitée à diverses cérémonies. Elle remporte un Grammy. Janet Jackson taille le bout de gras avec elle. Bref, tout roule pour elle. Consécration ultime dans le milieu mainstream : en 2004, Pepsi a alors la bonne idée de réunir la sainte-trinité de la pop pour une publicité au budget dantesque. Britney, Pink et Beyoncé y apparaissent en féroces guerrières pour y interpréter une reprise de We Will Rock You. Par contre, ils n'ont pas trouvé mieux que de nous flanquer Enrique Iglesias dans le rôle de l'empereur romain. On ne peut pas tout avoir.

 

 

Elle en a sous le capot
En 13 ans de carrière, Pink ne s'est jamais laissée aller. Elle a toujours le sourire, se fait discrète dans les tabloïds et si un jour elle décide se se raser la tête, ça sera parce qu'elle en envie. Pink c'est aussi une voix rauque qui ne lui fait jamais défaut, maîtrisée à merveille tout au long de ses six albums. Et puisqu'on ne loue pas assez la qualité de ses performances scéniques, mentionnons ses péripéties aériennes aux Grammy Awards et une prestation de danse contemporaine qui mettrait "les larmes" à Marie-Claude Pietragalla.

 

 

CONTRE

 

Elle est devenue ce qu'elle rejetait
Depuis ses débuts, Pink est façonnée comme l'antipopstar par excellence, la réponse aux chanteuses toujours plus aseptisées qui régnaient en maître à l'époque (Spears, Aguilera, Mandy Moore, Jessica Simpson...). Cependant, personne n'est dupe. M!ssundaztood a beau être un album tout ce qu'il y a de plus autobiogaphique, il n'en est pas moins produit par une équipe de professionnels, engagés pour apporter le plus de soin possible au package. Comble de l'ironie, celle qui refusait d'être assimilée à Britney Spears se mettra, des années plus tard, à collaborer avec Max Martin, le producteur attitré de cette dernière.

 

Elle n'est pas toujours très inspirée

 

Même si on admire la transition effectuée entre des morceaux comme Just Like a Pill et Family Portrait, il faut aussi admettre que Pink n'est pas la plus surprenante des chanteuses pop. Si Stupid Girls - et le clip qui l'accompagne - s'en prend avec humour à la vacuité du système, il est dommage que la production du morceau le restreigne au rang de tube anecdotique. Quant à True Love, il s'agit typiquement du genre de single qu'on peut entendre simultanément sur NRJ, Virgin Radio et Chérie FM. C'est l'effet Nutella après la première cuillère : attachant, mais très vite écoeurant.

 

 

Elle a vendu son rock au diable
Try This, son troisième album injustement boudé par le public est également celui qui fait le plus honneur à la punk attitude de Pink. Elle s'y entoure du leader de Rancid, groupe punk-rock des années 90, et enregistre un duo lascif avec Peaches, qui se fait d'ordinaire plutôt rare en dehors de ses propres albums. Face au flop de l'album, elle se relève et baptise l'opus suivant I'm Not Dead, comme pour faire la nique à ses détracteurs. L'album lui permet de renouer avec le succès grâce, notamment, aux hits pop de ce cher Dr. Luke. Toutefois, rien n'est encore perdu : si d'aventure elle souhaitait récupérer son permis de rocker, il y a des gens qui en vendent sur eBay.

 

 

Elle est un peu fatigante

 

Il faut la suivre, quoi. Motocross, trapèze, car-wash, déguisements et tenues qui n’ont aucun sens…Ses clips et concerts ressembleraient presque au Plus Grand Cabaret du Monde. On ne serait pas étonné qu'elle déboule un jour sur scène en jonglant avec des scies sauteuses enflammée, le tout juchée sur un monocycle.

 

Un jour, elle est sortie de chez elle comme ça :

 

Mais on lui pardonne, c'était l'an 2000.

 

Conclusion 

 

Même si on dirait que Pink n’a fait qu’une seule chanson ces dix dernières années et qu’on en peut plus de la voir porter des joggings Juicy Couture, on ne peut pas nier qu’elle est ce qu'on appelle "une force tranquille". Petits airs pépouze, pas de mugshots sans maquillages ni de scandales, humour, avant-gardisme (elle a lancé la mode 'portnawak avant Lady Gaga et les cheveux roses avant Kelly Osbourne et Tumblr), elle réussit la prouesse d’être sexy tout en étant foutue comme un camionneur de 1,60m. Finalement, elle est vraiment comme ce top noir à manches longues qui est dans l’armoire : parfois ennuyant (trop basique), souvent agaçant (il est là, il sert à rien), mais on a besoin de lui (il tient chaud en dessous des pulls, le noir ça va avec tout). Ca tombe bien, il commence à faire froid.

 

 

Anaïs Delcroix et Thomas Rietzmann.