Satu Maaranen

Satu Maaranen a gagné le Grand Prix du Jury Première Vision (car c’est ainsi qu’il s’appelle) de cette année avec sa collection femme Garment in Landscape. Ce dernier titre, évocateur, fait sûrement allusion aux motifs océano-volcaniques de certaines tenues. J’y vois les geysers de sa Finlande natale. Mais lors du défilé, d’autres visions m’ont habitée, à la vue de ces créatures aux chapeaux géants et aux gants de jardiniers : celles d’une confrérie de serials killers vivant dans le sud des Etats-Unis, et Pretty Woman (quand Vivian arbore de grandes coiffes). Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au film Fenêtre Secrète, adaptation de Stephen King où Johnny Depp et John Turturro officient comme psychopathes de service. En tout cas, il est sûr que les volumes de Satu ne laissaient pas indifférent.

 

 

 

Emile Barret 

Les photos d’Emile Barret n’étaient pas dans des cadres, mais collées au mur de la salle donnant sur le jardin cubiste des Noailles. C’est sans doute ce qui m’a plu : cette accumulation d’images, colorées, comme un travail global - un travail nommé Triple Corps. Cela tranchait clairement avec le travail encadré et plus léché des autres photographes concourant pour un des trois prix. Ce qui a capté mon attention aussi, ce fut la photo centrale d’un détail pris à l’ossuaire de Kutna Hora en République Tchèque, monument de kitscherie qui vaut le détour. Emile y est resté une journée entière pour immortaliser chaque recoin de l’endroit avec toutes sortes de filtres. En détaillant consciencieusement son mural, on pouvait voir des choses morbides, des morceaux de cerveau. Et c’est justement le sien qu’il nous montre par le biais de toutes ces images, générées comme autant de connexions neuronales.  

 

 

 

Felipe Oliveira Baptista

Souvent, en allant à Hyères, contrée des chakras ouverts et de la détente, il peut arriver qu’on sympathise avec des gens sympas (si si, je te jure !) comme Dries Van Noten ou Riccardo Tisci. Il en va de même pour Felipe Oliveira Baptista, une mignonnerie croisée sur la piste de danse de La Mandra. Lauréat du festival en 2002 et devenu depuis un créateur confirmé (il défile à son nom et a repris la direction artistique de Lacoste après Christophe Lemaire), il y est revenu cette année en tant que président du jury et artiste. C’est à lui que fut attribué l’espace de la piscine, dont il a parfaitement pris possession avec un «monstre» cyborg à soixante-dix têtes : censée représenter le cerveau et le grouillement de la création, il s’agit d’une machine dont les écrans diffusent dessins et vidéos.

 

 

 

Yvonne Poei-Yie Kwok

J’ai tout de suite apprécié les créations d’Yvonne Poei-Yie Kwok. Je me demandais pourquoi quand soudain, j’ai trouvé : elles me rappelaient les premiers Christopher Kane, vous savez, les fluos et pastels avec pleins de laçages et d’anneaux. Au-delà de cette comparaison bénie, j’ai bien aimé les couleurs, semblables à - je cite «des gâteaux en pâte d’amande», et les derbies transparentes. Lors du défilé, les mannequins me faisaient penser à une multitude de jokers espiègles évadés d’un jeu de carte et dansant à la liberté retrouvée. Le titre de la collection, We dance like little Mary’s swaying to the symphony of destruction n’y est peut-être pas pour rien !

 

 

 

Henning Jurke 

Ce fut mon styliste préféré parmi tous les designers en lice. Coup de foudre immédiat pour son manteau «Jeff Koons», la première pièce présentée lors du défilé, intitulé Celebration. Sa collection m’a fait rire et m’a rendue heureuse. J’aurais pu penser «oh non, encore des jupes pour hommes» mais en fait j’ai adoré, ainsi que les costumes pailletés, les franges, et les cheveux glossy des mannequins. C’était comme si on était dans une corrida, mais transportée dans le New-York des années folles, dans le Gatsby de Baz Lurhmann. En y réfléchissant bien, ce n’était pas la proposition la plus originale, mais elle m’a vraiment touchée.

 

 

 

Jean-François Lepage

Qui dit Festival de Hyères dit vernissage à la Tour des Templiers. Cette année, c’est donc Jean-François Lepage qui a investi le lieu avec une exposition incroyable, Memories from the Future. Ses photos aux ambiances glacées et aux personnages fantômatiques m’ont fait penser aux œuvres de Ray Caesar. Mais au-delà de recréer un monde gelé façon Vanilla Sky, il réussit à nous questionner sur ses créatures fantastiques : désoeuvrées, elles ont quelque chose de réel. L’espace se prêtait en outre très bien à cette série et la mettait bien en valeur.

 

 

++ Plus d’infos sur le site officiel du festival.

 

 

Anaïs D. // Crédit photos : Anaïs Delcroix & Jean-François Lepage.