UFC Que fumer ?

Le tabac à chicha, ou tabamel dans sa véritable appellation, est un mélange de tabac et de mélasse, que l’on attise au charbon dans le foyer métallique de la pipe à eau. Pour une communauté de fumeurs estimée à 100 millions par Wikipédia, bédave la chichback est un plaisir solitaire, ou à partager entre potes posément calés dans des établissements spécialisés, ces bars à chicha où l’on se laisse aller en se faisant tourner le chilam, et parfois – shit happens – en se faisant tourner un petit herpès.

Le tabamel n’est pas produit en France, et les importations, principalement d’Égypte et de Tunisie, tiennent plus aux faits de partenariats commerciaux passés avec ces doux pays que de leur savoir-faire du bon tabac. Alors le bon tabac, où est-il, sinon dans ma tabatière ? Aux Etats-Unis, la franchise Starbuzz, et à Dubaï le Al Fakher sont considérées comme les meilleures marques par les adeptes du narguilé, mais elles sont tricardes ici-bas car l’État, sur ces produits, ne peut faire payer aux fumeurs la T.V.A bien de chez nous. Pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que si le meilleur matos à chichback n’est pas disponible en stock, la magie de l’offre et de la demande opère, et hop, émerge un marché noir de tabac à chicha, parfaitement comparable au deal de jambonneaux en période de guerre. Sauf que le calumet, c’est halal.

 

Préparation de la chicha

 

 

1 aller-retour à Dubaï = 2 smics

Sonny, ex-passeur, a fait ses gros bras en portant des valises bourrées de Al Fakher. Il connaît une demi-douzaine de personnes qui, comme lui, ont pratiqué l’import de tabac dubaïote (plus facile que d’aller aux USA), parfois en grosse quantité. La marche à suivre est assez simple, il faut juste connaître du monde pour acheter de la marchandise en gros. «Chez l’Iranien à Abu Dhabi, tu touches le kilo à 36 dirhams, ça fait 7 euros. Et tu peux le revendre entre 30 et 55 euros en France.» Maigre putain de butin, vous agacerez-vous, mais faites le calcul : 80 kilos de marchandises à 55 euros, ça fait 4400 euros. Ôtez ce que coûtent un excédent bagage et un billet aller-retour classe de pauvre. Ça fait 3000 euros de bénéfices, le compte est bon. Pour avoir un bon rendement et faire une traversée par semaine, les trafiquants prennent les commandes à l’avance et sécurisent la moitié du matos avec un complice. Sonny, explications : «avec un pote, vous vous retrouvez à la salle des tapis roulants et vous allez aux toilettes pour séparer la marchandise déjà détaillée en deux valises. S’il y en a un qui est retenu par la douane, l’autre passe tranquillement. En général, les douaniers font une intervention à la fois.» Contrairement aux voies du Seigneur, les voix des sorties bagages sont possiblement pénétrables.

 

 

Mais que fait la police ?

La police, chers compatriotes, fait beaucoup pour enrayer ce juteux petit commerce. Sonny a déjà eu affaire aux douanes volantes sur une autoroute pour au cours d’une arrestation pour le moins printanière : «À un péage ils nous ont fait une petite palpation après quelques questions de routine. On a dû les suivre jusqu’à un centre douanier après qu’ils ont repéré la marchandise dans le coffre. Ensuite, ils nous ont proposé un accord douanier, à savoir de payer 2000 euros tout de suite pour éviter la grosse amende. Ils ne prennent ni les chèques, ni la carte par contre.» Les bars à chicha aussi reçoivent la délicieuse visite d’agents qui débarquent à l’improviste, sans bonnes manières, nous explique un tenancier parisien : «les policiers peuvent venir à 10, les douaniers ne sont pas plus de 6. On a au moins 5 contrôles surprises par an. Ils vérifient les poubelles, les réserves, tout. Ça peut être à cause de balances, ou juste pour faire chier.» Pour ces établissements du plaisir et des bons goûts (vegas bomb, X on the beach, french vanilla…), l’amende est de 700 euros par kilo de tabac illégal. Bail salé, amende salée.

 

Nous espérons qu’au terme de ce mini-reportage aux allures de fiche métier, vous prendrez conscience des enjeux et des risques de ce business qui, comme tout trafic, ne peut être correctement quantifié. Nous rappelons que rapporter sans les déclarer plus de 250 grammes de tabac à fumer d’un pays exotique est interdit, et que ce qu’a fait Sonny est très mal. Enfin, si vous souffrez quotidiennement de la pression sociale exercée sur la bonne chicha, vous pouvez nous envoyer vos témoignages ou militer de chez vous en écoutant Zifou, Chicha toute la nuit en mode raisin, fraise ou kiwi.

 

 

Bastien Landru.