En plus, on y prend goût : c’est qu’à force d’assister à de multiples mièvreries télévisuelles, on en aurait presque oublié à quel point certaines émissions, dans un irrespect total du bon goût (on tient pour exemple le générique), pouvaient mêler l’art du rire à l’écume grisâtre du quotidien et se faire témoins de la population et de ses marges. En 17 ans d’existence, on y a vu des choses bien plus honteuses que d’avoir un père aux colorations blondes (bon, pour le cas Brad Pitt, on accepte) ou une mère triple vainqueur du quizz PMU de Grand Quevilly. Bienvenue dans le monde réel.

 

 

Nazisme Vs Machisme

Même s’il reste cantonné dans des zones obscures, le nazisme vibre toujours là où on veut bien prêter attention à ses idéaux dictatoriaux. C’est à une exploration de cette partie sombre de la Belgique que nous invite « Tiens Ta Droite », épisode célèbre de la saga Strip-Tease. Dans ce foyer particulier, les situations et les dialogues confinent à la plus grande « poilade », et ça vaut certainement mieux comme ça. Tout en abordant le nazisme sans tabou, ni artifice, la force de l’épisode se trouve dans cet enchainement de situations décapantes où la philosophie de comptoir a pris le pas sur toute réflexion censée Et comme tous les gens persuadés d’avoir raison, Fabian est sûr de lui. C’est sans doute pour cela qu’il se sent dans l’obligation de nous apprendre la vie et ses vérités. On tient pour exemple son jugement sur les femmes qui, selon lui, ne sont pas des êtres structurés, voire disciplinés. « Ca ne vaut rien, c’est de la merde » dixit l’homme tondu. Et puis sa femme, tiens, parlons-en en toute franchise : comment pourrait-elle se plaindre alors qu’elle regarde ce qu’elle veut à la télé et qu’elle écoute la musique de son choix ? Bref, ce néo-membre de la confrérie aryenne vient de prouver que la gente féminine n’était faite que de petites pisseuses bonnes qu’à se plaindre. Un type rare, on vous dit.

Comme tous ses confrères, on pourrait croire que Fabian termine toutes ses phrases par un « Sieg Heil » et s’endort en lisant un chapitre de Mein Kampf. Mais non. Sous ses allures de beauf’, lui, se passionne pour la moto et Johnny. Eh ouais, mine de rien, le mec met la barre haut. Et quand la nostalgie du bled se fait sentir, il n’hésite pas, comme pour mieux nous convaincre de sa « nazi credibility », à multiplier les leçons d’histoire. C’est ainsi qu’en bon étudiant, on append que le régime d’Hitler était accueillant. Et les massacres alors ? « Je n’ai pas eu connaissance de ça, j’étais trop jeune ». Prend ça, Fernand Braudel. Mais après tout, il est skinhead, il sait de quoi il parle.

 

 

Bienvenue chez les ch’tis

Certainement l’un des épisodes de l’émission le plus vu sur le web, « 135,3 dB» donne vie aux clichés sur le Nord-Pas de Calais. Au cours des années 90 (celles qui ont vu célébrer la coupe mulet, façon Tony Vairelles ou Mac Gyver, ne l’oublions pas), le reportage suit les (més)aventures d’un homme dont la passion première est le tunning. On est dans le Nord, à quoi vous attendiez-vous ? Non pas que Strip-Tease défende les espèces en voie de disparition, mais il ne manquerait plus que le mec tienne un stand de chamboule-tout à la foire d’Auchel pour qu’on se dise que le cool a définitivement changé de camp.

Aujourd‘hui, les adeptes des vidéos Youtube (ou Dailymotion pour les antiaméricains) connaissent par cœur les répliques de cet homme, pas particulièrement habité par l’intelligence, qui, plutôt que d’acheter des vêtements décents à ses enfants (en gros, tout sauf une doudoune et une chevalière), ne trouve rien de mieux que de claquer toute sa thune dans des équipements aussi laids que le tatouage de chien qui jonche sa poitrine. Bref, un catalogue de punchlines cultes qui mériterait à lui seul une place au panthéon de l’humour. Petite sélection non exhaustive et retranscrite comme telle, mais sans l’accent : « Oh, puis il a une belle sono hein, ça claque bien » ; « Les routiers, c’est des pilotes en voiture. Personnellement, j’en prends compte sur mon père. » ; « J’lui ai mis un uppercut du droit, 100% incapacité d’invalide pendant quatre ans. » ; « Ce que je souhaite depuis longtemps, c’est que mon carreau il claque. Au moins une fois ». Dignes d’un sketch de François l’Embrouille, les situations, plus absurdes les unes que les autres, s’enchainent jusqu’au moment où… Jusqu’au moment où un après-midi ensoleillé, il rencontre son destin : ce bon vieux Christophe à la syntaxe malmenée, lors d’un concours de décibels (pour ceux qui en doutaient encore, oui, ça existe !), se fait ridiculiser. Mais bon, obstiné et prêt à tout pour passer la barre des 150 décibels, il reviendra. Véridique, hein !

 

 

Le journal du geek

L’informatique, ça peut encore étonner, ce n’est pas facile pour tout le monde. Drôle parce que pitoyable – surtout vu de notre époque où chaque personne de moins de 30 ans est un enfant du web, de Facebook, de Twitter, voire d’Apple -  cet épisode pourrait à lui seul contribuer à la suppression des Services Techniques de chaque compagnie. Et pour cause, si dans le langage des nerds, on appelle ça un noob (putain de génération Y), là, il faudrait carrément inventer un nouveau terme sordide, hors catégorie. Disons pour faire simple que Bill Gates et Mark Zuckerberg ont encore de beaux jours devant eux.

Alors que nous embrassons pleinement la technologie numérique, Jacky, désormais internaute, est en pleine dérive et a tout à apprendre. Mazette. Quant à nous, hilares spectateurs, on assiste à ça en imaginant enfin ce qu’aurait pu être notre vie si on avait eu nos parents pour meilleurs amis plutôt que Game One ou Hotmail (ou pire, Xena La Guerrière le samedi après-midi). Ceux qui savent comprennent. En attendant, ce mec à la voix anormalement aigüe traine sans doute aujourd’hui, histoire de se venger, sur des sites comblant l’irrémédiable solitude des hommes. Ça a beau être triste, on like des deux pouces.

 

 

Le bruit et l’odeur

Soucieux de sortir parfois des sujets austères, Strip-Tease propose également des épisodes sans queue ni tête où il nous est difficile de connaître le véritable but, comme si elle souhaitait interroger notre morale sans pour autant verser dans la surenchère. Confirmation que la loose est un art qui se pratique aussi en Belgique, « La Famille De Becker » suit le quotidien d’une famille, trop bruyante pour être honnête. La meilleure scène de cette émission intervient à la fin, lorsque la fille, alors âgée de 13 ans tout au plus, n’hésite pas à faire un doigt à son père en accentuant son geste d’un magnifique « Dans Ton Cul ! », parce qu’il s’agit d’être un peu poétique quand même. C’est sûr, ça vend du rêve.

Bon, sinon on retiendra volontiers les quelques phrases compréhensibles (merci aux sous-titres !) de l’épisode, comme ce débat à l’heure du repas où le père s’exclame que « s’il n’y avait pas de femmes sur terre, on serait tous heureux » (bim !) avant que le fils, pas forcément plus âgé que sa sœur, lui rétorque : « mais non, on serait tous en train de se faire une branlette ». Ça faire rire mais c’est quand même un peu chelou.

 

 

Le cul de la bergère

Honnêtement, connaissez-vous, de près ou de loin, une personne, autre qu’un supporter de foot présent au dernier Euro en Ukraine et en Pologne, ayant eu des contacts avec la prostitution en Europe de l’Est ? Méfiez-vous tout de même, les choses sont parfois trompeuses. Dernière émission à forte popularité, signalant par là-même occasion le retour de Strip-Tease sur la télévision française, « Recherche bergère désespérèrent » (initialement appelé « L’amour est-il dans le pré ? ») ne fait pas que rebondir sur le thème d’une émission concurrente, elle expose les affects d’un jeune paysan, hilare et gaga, tout en nous plongeant dans l’univers impitoyable de la prostitution (pardon, de l’amour tarifé, c’est plus propre). Dans cet épisode, à mille-lieues du bling bling et des obsessions de Dodo la Saumure, la fille est perdue, pas vraiment glam et franchement fauchée. On serait même prêt à faire un procès au Guide Du Routard s’il osait mettre ce coin, où l’âpreté des paysages fait froid dans le dos, dans sa rubrique « Où sortir ? ».

Rassurez-vous, campagnards jusqu’au bout des bottes en caoutchouc, Damien, jeune homme au sexe triste, n’a pas vraiment de vices cachés, si ce n’est un accent fort prononcé. Non, ce vaillant chti est un humain comme les autres sauf que, prude comme il est, il semble plus proche d’être nommé maitre de la frustration sexuelle que celui d’aventurier de l’amour. Pourtant, comme dirait Moundir, on est certain que lorsqu’il voit la fille, c’est le 14 juillet dans son slip. S’il n’est pas nécessaire d’avoir un QI supérieur à 70 pour faire cela, la méthode reste un bon moyen de pécho (les filles, pas les cochons). Pourtant, l’horreur est telle que la jeune Roxanna, pour qui Damien est in love, a sans doute préféré retourner se prostituer en Roumanie plutôt que vivre dans cette famille. Et puisque le Minitel Rose n’existe plus, à l’avenir on ne lui conseillera jamais assez de faire le 3668 Love s’il souhaite trouver le grand amour.

 

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Maxime Delcourt.