Raconte-nous ton parcours artistique. Tu viens d’où ?
Eh bien, j’ai passé toute ma vie à dessiner. J’ai toujours su que je voulais faire quelque chose dans le domaine de l’art, mais ma conception de ce que signifie exactement ce terme a un peu évolué avec le temps. J’ai commencé ma vie professionnelle en tant que CG artist dans une boîte de jeux vidéo. C’était en 2000. Juste après ça, je me suis mis à faire des effets visuels pour des films, principalement de la modélisation de personnages, des effets de lumière et du rendering. Mon but, c’était de m’impliquer de plus en plus dans la conception de créatures pour le cinéma, parce que c’était ce qui m’intéressait le plus, donc j’ai continué de bosser là-dessus en plus de mon travail. Finalement, j’ai frôlé le burn-out à force d’encaisser le stress des deadlines et des heures sup, et j’ai décidé que j’avais besoin de sortir de tout ça. Alors, il y a 6 ans, j’ai quitté cet univers, j’ai déménagé à Portland et me suis mis à la peinture à l’huile, en autodidacte. Et puis, après un break d’un an et demi, j’ai commencé à travailler pour une petite boîte d’effets visuels, tout en continuant à peindre et à développer mes travaux personnels à côté.

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Pink Bear

Tu te souviens de ton premier choc esthétique ?
Pas évident… je dirais qu’il y a eu deux moments-clé. Le premier, c’est quand j’avais 7 ans et que j’ai vu Le retour du Jedi. Il y avait ce rancor dans la grotte de Jabba, et puis, évidemment, Jabba the Hutt lui-même. Je me souviens avoir été à la fois écoeuré au plus haut point et fasciné par ces deux-là. Mais même si je dessinais déjà régulièrement à ce moment, j’étais très jeune et je n’étais pas en mesure de considérer ces monstres d’un point de vue artistique.
Le second, c’est quand j’avais 14 ans et que j’ai découvert HR Giger. Ma réaction a été quasiment identique à ce que je viens de décrire, mais cette fois-ci j’étais très réceptif à l’oeuvre d’un point de vue artistique, et j’ai été vraiment soufflé par ce que j’avais sous les yeux. Je suis certain que la marque qu’avaient imprimée Jabba et le Rancor en moi a joué un grand rôle dans ma réaction à Giger. C’était dégoûtant et beau et tellement bien exécuté, je n’arrivais pas à en détacher mon regard.

Qu’est-ce que tu aimais le plus dessiner quand tu étais petit ?
Pour une raison qui m’échappe, j’adorais dessiner Garfield. J’étais complètement obsédé. Je le dessinais tout le temps, je recopiais chaque image que je trouvais de lui. J’étais aussi obsédé par Star Wars et je me souviens avoir dessiné Garfield en Luke Skywalker en train de faire un duel au sabre laser contre Odie en Dark Vador. Je crois que j’avais 6 ans. Je suis aussi passé par une phase où j’e dessinais des baleines de manière obsessionnelle. J’aimerais ne pas avoir perdu tous ces vieux carnets de dessins et de croquis, mais je crois que la majeure partie de ces oeuvres étaient sur mes devoirs.

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A link to the past

Quelles sont tes principales influences visuelles ?
Difficile à dire. J’ai beaucoup d’artistes favoris, mais en général ils n’influent pas directement sur mon art. Typiquement, je regarde le travail des autres pour apprécier ce qu’ils ont fait, et pour m’en servir comme motivation pour me bouger le cul, mais j’essaye de ne pas les laisser m’influencer. Je crois que ce qui m’influence le plus, ce sont mes collections d’images de la nature. Quand je me suis lancé dans le graphisme par ordinateur, j’ai pris l’habitude de collectionner le plus de matière possible pour mon travail. Des livres sur les lézards, les plantes, la vie aquatique… Je passais l’internet au peigne fin, sans arrêt, et je classais les images dans des dossiers pour mes créations de personnages à venir, et je passais mon temps à observer et à prendre en photo des textures et tous les détails noueux, granuleux des surfaces qui m’entouraient. Je crois que ce que je fais en ce moment est très influencé par toutes ces choses ; des détails, des motifs, des textures de surfaces, et les formes et contours de tous les organismes bizarres de notre planète.

Quel est ton « méchant » ou ton monstre préféré en fiction, et pourquoi ?
J’ai toujours préféré les monstres. Comme je le disais plus haut, tout est parti de Star Wars. Quand j’étais petit et que je regardais un film de vampires ou de loups-garous, je me souviens que je me disais : «Mais pourquoi tu ne le laisses par te transformer en vampire ?? Ça doit être génial !» Je crois que la majorité des monstres sont incompris, et c’est de cette incompréhension que nait la peur, de la même manière que nous éprouvons une peur irrationnelle pour les serpents ou les araignées. Quoiqu’il en soit, si je devais choisir mon préféré de tous les temps, je pense que ce serait Predator. Je me souviens que la première fois que je l’ai vu enlever son masque, j’ai été si profondément écoeuré que ça m’a émerveillé. Le design de ce monstre est tellement génial…

Tu as des exemples de travaux plus anciens, peut-être d’un temps où tu n’avais pas encore trouvé ton style actuel ?
Si tu te balades à travers mon compte Instagram, tu verras une partie de mes explorations, de mon évolution, et il y a quelques unes de mes premières peintures. En revanche, je ne peux pas vraiment dire que j’ai trouvé mon style. J’ai l’impression de me promener, d’explorer des choses et de les comprendre. J’imagine que ce sera le cas pour le restant de mes jours. Si j’ai de la chance.

Décris-nous le paysage imaginaire dans lequel tu évolues en ce moment même.
En ce moment, je réfléchis beaucoup aux différentes sortes de champignons, de moisissures et de plantes parasites. J’imagine des lieux, des choses et des personnes qui ont été complètement consommées par ces organismes, ou qui se sont accommodés de leur présence, une présence qui serait devenue une chose tout à fait normale dans leur vie. J’ai envie d’essayer de peindre un fouillis de choses négligées, en décomposition, chaotiques, mais en tant qu’univers serein et beau, de sorte à ce que toutes ces choses coexistent et se nourrissent les unes des autres.

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Personal Growths

Tu as l’air de passer une partie considérable de ta vie avec des gens à poil en face de toi. Quelle partie du corps est la plus excitante à dessiner pour toi ?
C’est vrai, je dessine et je peins beaucoup d’après modèle. Pendant un an, j’ai hébergé des sessions de dessin de nu. J’ai aussi fait beaucoup de sculpture d’après modèle, je travaillais sur la même pose 3h par jour, tous les jours, pendant 8 semaines.
Je dirais que ma partie préférée, c’est le torse. Surtout les épaules, et la cage thoracique, et le ventre. Ce sont les parties les plus agréables à dessiner, elles m’engloutissent littéralement, c’est là que je m’attarde le plus. J’adore les plis et les rides et les petits détails de la matière. Ce que je préfère par dessus tout, c’est la cellulite.

À quoi ressemble ton futur ?
En octobre dernier, j’ai fait mes valises et j’ai traversé le pays depuis Portland pour aller m’installer à Detroit avec ma copine et notre meilleur ami. On est tous artistes à plein temps, on se partage une maison de cinq chambres et on travaille de chez nous. C’est un peu fou si je me mets à y réfléchir. Je suis encore en train d’essayer de me poser et de m’habituer à faire de l’art toute la journée. J’espère que c’est ce que je ferai aussi à l’avenir, j’espère pouvoir me permettre de faire l’art que je veux et être capable d’en vivre. J’essaye aussi de placer mes oeuvres dans plus de galeries, d’expositions collectives, et d’expositions tout court, c’est quelque chose sur quoi je ne me suis pas vraiment concentré dans le passé.

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Le site web, l'Instagram, le Tumblr et la petite boutique en ligne de Nathan Reidt.