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C'étaient les années 2010. Comme tout bon séminaire d'entreprise, la France de ces années-là était animée par un impayable duo, un jeune cadre dynamique et un gentil bouffon. Chacun à leur manière, Emmanuel Macron et Cyril Hanouna avaient théorisé la fin de la politique.

Emmanuel Macron prônait l'épuisement des passions politiques, le dépassement des clivages dans un consensus social-libéral, une fin heureuse et paisible de l'Histoire. L'anti-système avait fusionné avec le système, comme la gauche avait fusionné avec la droite. Dans cette France start-up, régulée par des technocrates cools, il n'y avait plus d'exclus. Tout au plus des perdants, de retour au prochain tour, comme dans une tournante au ping-pong.

Cette France travailleuse mais sympa s'autorisait une pause bien méritée tous les soirs devant Touche pas à mon poste. Cyril Hanouna représentait l'autre face de cet anti-système au coeur du système. L'angoisse de la société française était repoussée dans des envolées post-politiques: «Coucou mes beautés, je kiffe trop! Zéro rassrah - que des darkas c est baba!!» Toute la France, diverse et métissée, se retrouvait dans ces mots simples, dans cette promesse rassurante d'une darka party tous les soirs sur C8. 

La France des années 2010 n'était que 😂😂😂😂  et ❤️❤️❤️❤️ . Les emojis avaient remplacé les graffitis. Les fanzouzes avaient remplacé les mélenchonistes. Les dabs avaient remplacé les quenelles. Justin Trudeau avait montré la voie : un pays, ça ne se dirige pas avec des grands discours, mais avec des photos de pandas. Quel kifff mes beautés !!!