Je dois être maso. Hier je me suis tapé toute la conférence de presse de Trump, sa première depuis des mois. C'était absolument ahurissant, je ne vois aucun autre exemple comparable, récent ou ancien, dans une grande démocratie. Sarkozy qui tance Joffrin devant ses confrères à côté c'était du Cincinnatus. Trump raconte absolument n'importe quoi, en improvisant ce qui lui passe par la tête, il n'y a littéralement pas de phrases cohérentes la plupart du temps. Il ne répond à aucune question de manière précise ou argumentée, insulte Buzzfeed qui a sorti une affaire qui lui déplaît, ordonne à un journaliste de CNN de se taire et refuse de lui laisser poser une question gênante, demande a un autre de la BBC de se lever pour pouvoir l'humilier ensuite, organise une claque de gens qui APPLAUDISSENT derrière les journalistes à ses punchlines (ils auraient même été payés), le tout devant ses fils qui toisent la salle avec des regards menaçants.

Si la presse US ne refuse pas IMMEDIATEMENT et collectivement d'être traitée comme ça (je sais pas, en quittant salle, en refusant dorénavant de le couvrir à certaines conditions, en communiquant collectivement, enfin quelque chose de DISRUPTIF) je ne vois pas en quoi elle pourra exercer un quelconque contre-pouvoir pendant 4 ans... Tout le monde tweete que c'est "orwellien" ou je ne sais quelle référence bien trop chic. Le "cauchemar", "l'impensable", le "sidérant" c'est juste la nouvelle réalité quotidienne de la presse et des intellectuels US, qui se normalise de transgressions en transgressions. Trump Président normal, on y est presque déjà. (note de bas de page : j'ai même entendu hier soir l'inénarrable Olivier Mazerolle dans "On refait le monde" sur RTL dire à quel point il l'avait trouvé "bon" et "présidentiel", déclenchant l'approbation des autres convives). Et en tous cas elle est déjà là, elle, la "kakistokratie", le gouvernement des pires. C'est insoutenable de voir une pièce entière de commentateurs et de journalistes intelligents et compétents se voir donner des leçons sur ce qu'est une "fake news" par une clique de dégénérés qui soit n'ont pas été élus (le peuple a voté Hillary) soit ont été cooptés par népotisme et intérêts. Et dont le chef a pour conseiller n°1 le patron du site d'hoax d'extrême droite Breitbart. A quel moment le milieu se réveille et dit stop ? Il fallait entendre sur CBS, juste avant la conf, les experts disséquer les moindres virgules de déclarations de Trump si débiles qu'elles le disqualifieraient pour un poste de manager chez McDo, et ne devraient même pas donner lieu à une interprétation, juste à un refus pur et simple.

Donc toute posture ou réaction de la part des journalistes qui s'exerce de l'intérieur cette réalité (réalité qui est, on le rappelle, : 3 millions de voix de MOINS que Clinton, aucun mandat politique légitime et l'influence d'une puissance étrangère sur le scrutin), et qui n'est pas son refus en bloc,  sert objectivement la stratégie de Trump. Tout glissera sur lui comme c'est déjà le cas et les gogols qui l'ont élu recommenceront dans 4 ans s'il tweete une fois par jour que son bilan est bon...

Seul (mince) espoir dorénavant : que quelque chose d'assez gros sorte pour qu'il soit impeached. Mais comment l'imaginer puisque tout ce qu'il fait est déjà normal ?