“Votez Sebastian”. Marseillaise recomposée et re-compressée en ouverture, spots bleu blanc rouge, slogans, Sebastian en gros plan sur écran géant prononçant des discours incompréhensibles d'esthétique futuriste... Sebastian entre dans la liste des rares artistes nationaux osant jouer avec les codes de la patrie. La France qui se met mal à l'aise toute seule. Serge Gainsbourg en particulier, donc, à qui Sebastian rend hommage dans une jolie scène de gestuelle-clope. En 2011, qui ce genre de provoc' provoque-t-il ? Les parents des kids ne verront pas le show à Sacrée Soirée. Et à l'export ? Le concert sera-t-il packagé Sacré Frenchie ?

 

 

Heil Sebastian. Dans la Grande Halle de la Villette samedi, il n'y avait pas que les trois couleurs, il y avait aussi le brun : le grand pupitre, la grandiloquence, la musique forcément martiale (OK c'est parfois funky mais on n'est pas chez Devendra Banhart, hein), la foule jeune qui lève le bras, et surtout les immenses calicots de part et d'autre de l'estrade dont le logo ad hoc arbore les couleurs rouge et noire chères au fascisme et au nazisme (aucune ambiguïté possible). Ça faisait peur.

Sebastian megalo (anti-megalo). Sebastian se fait un petit bisou sur la pochette d'un album intitulé Total en toute modestie. Il semble bien s'aimer. Mais c'est avant tout un nerd pas hyper sympa au premier abord confronté à un public de type “public d'Ed Banger”. Cette tension qui n'a jamais quitté sa carrière n'est pas du tout inintéressante, et la traiter par le prisme nazi plutôt que par des dj sets simplement sadiques, ça peut se tenter. Tout cela le travaille, c'est sûr, d'ailleurs il meurt à la fin du show. 

 

Public nazi. Dans les speeches d'Hitler, ce n'est pas tant le moustachu qui effraye que la masse qui paye son heil plus souvent qu'à son tour. Dans ce post de la Page Pute de Brain, la blague-réflexe des Beatles filmés en 1964 devant des milliers de fans, c'est de faire le salut nazi. A la Grande Halle, quand on voyait la fosse compacte depuis une mezzanine, on ne pouvait pas ne pas penser à ce genre d'images. Peut-être que Sebastian a envie de dire à son public : “vous me faites peur, bande de fachos”. On peut lui reprocher d'être cynique et de prendre ses fans pour des cons, mais après tout n'est-ce pas autant leur problème que le sien ?
 
French Revolution -vs- French Dictatorship. Quelques heures plus tard, un millier de manifestants selon la police se réunissaient laborieusement place de la Bastille derrière le slogan “French Revolution”, pour une “vraie démocratie”. La We Love Sonique, c'était plusieurs milliers selon Digitick. 29,70 euros. Des Américains qualifieraient la situation de “IRONIC”. OK, il est peut-être préférable que les DJs ne se prennent pas pour des artistes engagés. De là à jouer les Marine Le Pen parce que c'est fun... malaise.
 
Le post-Justice mal négocié. Parce que c'est Ed Banger, parce que c'est pompier et que ça entend manipuler des symboles, la comparaison à Justice et leur trip avec la croix chrétienne vient naturellement. Constat : le problème du live de Sebastian est avant tout esthétique. Il aurait du d'abord s'inspirer du nazisme pour cadrer les choses. Sans le pouvoir fascinant de l'esthétique Justice, l'attention se porte sur le message que le maelström de références mal maîtrisées entend véhiculer. Quel est ce message exactement ? Sebastian interprète-t-il Zero Janvier, le dictateur de Starmania ? Apparemment, le flingue sur grand écran qui abat Sebastian à la fin est celui de Johnny Smith, personnage de Dead Zone de Cronemberg qui voit l'avenir, et notamment l'avenir apocalyptique qu'incarne un candidat à la Maison Blanche. Un peu compliqué pour une We Love, ou bien ?
 
Carte dark. On vit encore avec l'image d'Ed Banger comme une bande de copains encadrés visuellement par So Me. Pourtant, la célèbre écurie abrite des poulains aux délires diamétralement opposés. Lors de la We Love, à Sebastian succédait Carte Blanche, le duo formé par DJ Mehdi et Riton. Ils étaient radieux, l'un vêtu de noir, l'autre de blanc. Autour d'eux, une bannière Carte Blanche, noire et blanche, deux danseuses, l'une en noir, l'autre en blanc, des rollers. Un dispositif simple, un hommage aux boîtes de nuit dans le contexte d'un show de musique de club où les gens, et même les DJs, dansent. Heil Premier degré.
 

Crame.