16. Conan le Barbare (Conan the Barbarian), de John Milius (1982)
a16Comme pour nous annoncer qu’on est pas là pour déconner, le film débute sur une citation de Nietzsche, et effectivement, il s’y développe une ambiguïté morale assez nietzschéenne face à l’horreur de la guerre. L’interprétation philosophique s’arrête là, le propos du film restant quand même assez limité et l’histoire relativement simple à résumer (en gros Conan veut venger la mort de ses deux parents, l’un mangé par deux rottweilers, l’autre décapitée par James Earl Jones). Mais cela n’empêche pas de s’immerger rapidement dans cette aventure, grâce à des décors superbes et des effets spéciaux qui restent encore aujourd’hui plutôt convaincants.
On s’attache très vite au personnage de Conan, mec assez peu bavard mais tout aussi puissant musculairement que socialement : tous les gens avec qui il échange plus de deux mots deviennent instantanément ses amis et se joignent aussitôt à sa quête, dussent-ils le payer de leur vie. Quant aux femmes, elles succombent illico à son charme fou de James Bond de l’an -14000 et finissent dans son lit au milieu des peaux de bêtes.
Malgré tout, les événements sont quelque peu répétitifs et les scènes d’action semblent parfois tournées au ralenti tellement elles sont lentes, notamment cette séquence où Conan trucide un serpent géant pendant un quart d’heure. Les méchants manquent un peu de charisme (pourtant c’est pas faute de ressembler à Gérard Depardieu), et on finit par se demander : 1) si c’est bien nécessaire toute cette violence, 2) quand est-ce que ça s’arrête bon dieu. On ressort rincé des 2h10 de film, qui se concluent sur un To Be Continued pas du tout hypant.

15. Conan le Destructeur (Conan the Destroyer), de Richard Fleischer (1984)
a15Contrairement à ce que son titre offensif laisse croire, le deuxième volet des aventures de Conan est beaucoup plus rigolo et décontracté que le premier. Exit la citation de Nietzsche, exit l’esprit de sérieux absolu du film précédent, exit le réalisateur John Milius, remplacé par Richard Fleischer, cinéaste multicarte aussi à l’aise dans la comédie que dans le péplum ou la science-fiction.
Du coup, Conan est plus bavard, plus expressif, plus marrant, il se bourre la gueule, fait les gros yeux pendant les scènes de combat, se fait cracher dessus par un dromadaire... À ses côtés, un nouvel acolyte complètement abruti (mais plus fun) remplace celui du premier épisode ni vu ni connu, sans aucune explication. Grace Jones intègre également la petite équipe de Conan, et même si son personnage n’a aucune utilité, elle se révèle parfaite dans ce rôle de guerrière sanguinaire pétée du casque.
Comme dans le premier épisode, les décorateurs se sont fait plaisir, mais cette fois dans un esprit résolument plus fantasy : des châteaux mirifiques, des miroirs magiques, des escaliers de 3 kilomètres de haut sans rambarde et un budget machine à fumée largement dépassé. On ne peut s’empêcher de ressentir un soupçon de tristesse devant la séquence finale, qui annonce un troisième épisode qui à ce jour n’existe toujours pas.

14. Batman et Robin (Batman and Robin), de Joel Schumacher (1997)
a14On a été injuste avec Batman et Robin. Si on prend le film pour ce qu’il est, à savoir un hommage très libre à la série télé des années 1960, il faut avouer que le contrat est parfaitement rempli. Batman et Robin est une véritable pétarade burlesque, où Schumacher filme de biais, sur-éclaire chaque plan, tord les cadres dans une sorte d’expressionnisme bigarré ultra-vivifiant. Alors oui, les scènes d’action ressemblent à des numéros du Plus Grand Cabaret du Monde, mais il faut bien comprendre qu’il s’agit là d’un véritable parti-pris esthétique. 
En revanche, Batman et Robin est clairement écrit avec les pieds. Pour commencer, les rôles-titres (Batman et Robin) sont quasiment relégués au second plan. D’ailleurs ce n’est ni le nom de George Clooney ni celui de Chris O’Donnell qui arrivent en premier au générique, mais celui d’Arnold Schwarzenegger. C’est lui la vraie star du film, et à la limite, pourquoi pas ? Son potentiel était assez énorme dans le rôle d’un savant fou incapable de survivre dans un climat supérieur à -18 degrés. Mais dans le film, Mr Freeze semble ne savoir faire que deux trucs dans la vie : tirer sur tout ce qui bouge avec un énorme gun givrant et débiter à longueur de journée des calembours nuls à chier basés sur le champ lexical de la glace (“Let’s kick some ice”, “Cool party”, “Freeze in hell Batman”, etc.).
Résultat des courses. Batman : absent, Robin : encore plus absent, Mr Freeze : relou. Nous voilà donc obligés de s’en remettre au personnage d’Uma Thurman, en roue libre totale dans un rôle pompé de A à Z sur la Catwoman de Tim Burton. Y a Batgirl aussi mais bon... Ah ! Et Bane aussi... Bane, putain. Bon d’accord, c’est quand même un peu de la merde.

13. Junior, d’Ivan Reitman (1995)
a13Un scientifique s’inocule une cellule-oeuf en vue d’expérimenter un produit destiné aux femmes enceintes. Exalté par les émotions incroyables ressenties lors de l’expérience, il souhaite prolonger sa grossesse et garder le bébé.
Le pitch est déjà drôle, surtout quand on sait qui tient le rôle principal. On flippe un peu au début quand, une fois enceint, Schwarzenegger se transforme littéralement en femme, ou plutôt en un véritable réceptacle à clichés sexistes : il pleure devant les films de mariage, s’extasie sur la douceur de sa peau, etc. Le film réussit mieux quand il exploite l’incongruité de la situation associée à l’aura testostéronée de son interprète principal pour créer le décalage, comme par exemple quand Arnold annonce “I’m pregnant” sur le ton de “I’ll be back”, ou reprend à son compte des slogans féministes avec une émotion qui serait presque déchirante dans un contexte dramatique.
Bon, et puis à un moment, Arnold Schwarzenegger qui se travestit pour participer à un stage de bien-être au milieu de femmes enceintes, on en pense ce qu’on veut mais ça vaut quand même le coup d’oeil.

12. Terminator Genisys, d’Alan Taylor (2015)
a12Si Terminator Genisys a autant divisé, c’est peut-être à cause de l’irrévérence et la liberté avec laquelle il a revisité la saga. Le scénario de Laeta Kalogridis et Patrick Lussier est parti de l’intrigue du premier épisode pour développer toute une histoire parallèle, qui conduit d’abord à une revisitation des personnages phares de la série (Sarah Connor en tête, daenyrisisée par Emilia Clarke), mais surtout à de multiples voyages dans le temps, ce qui donne un petit côté Retour vers le futur plutôt sympatoche.
Le principal défaut de cet épisode 5, c’est que la revisitation qu’il opère se fait au prix du personnage de John Connor, sacrifié, voire quasiment ridiculisé dans ce nouvel opus. Quant à Schwarzenegger, son Terminator finit par s’abîmer dans un second degré basé sur des blagues essentiellement liées à ses incapacités sociales et son jargon scientifique abscons, rongeant jusqu’à la moëlle le filon comique gentiment exploité dans l’épisode 2.
Néanmoins, après un épisode 3 paresseux (cf. n°17) et un épisode 4 manquant cruellement de la présence de Schwarzenegger, il faut reconnaître à ce Genisys ses efforts pour essayer de réinventer un mythe pas facile à manier.

11. Jumeaux (Twins), d’Ivan Reitman (1988)
a11Voilà chronologiquement, la première vraie comédie de Schwarzenegger (si on excepte l’accident de parcours Hercule (cf. n°32)). Toute la réussite de Jumeaux réside dans la prise en compte de ce qu’est Schwarzenegger en 1988, habitué de rôles de mecs surhumains ou même pas humains, venus de loin ou créés de toutes pièces. Ici, son personnage, Julius, est le résultat d’une expérience scientifique visant à créer un homme parfait. Élevé sur une île déserte isolée du monde, il apprend à l’âge adulte l’existence d’un frère jumeau (Danny de Vito), qui a hérité de tous les défauts auxquels il a échappé.
Le film démarre donc comme un remake réussi de Hercule à New York, où Julius se frotte à la civilisation et dévoile de Schwarzenegger une facette inattendue : il maîtrise à la perfection le rôle d’idiot du village, qu’il assortit de superbes mimiques ad hoc. La première séquence à Los Angeles le montre en train de croquer goulument dans toutes les merveilles culinaires de l’Amérique (glaces, hot-dogs, kebabs), puis en arpenter les rues avec un air parfaitement ahuri, tout à son excitation de découvrir le monde et rencontrer bientôt son frère inconnu.
Même si tout le film n’est pas à la hauteur de son point de départ, Jumeaux en profite pour aborder tranquillement la question du déterminisme génétique et social, sans pression. Et comme chacun sait, la faculté de n’être pas que drôle est la qualité principale de la plupart des bonnes comédies.

10. Arnold le Magnifique (Pumping Iron), de George Butler et Robert Fiore (1977)
a10Pumping Iron est un cool documentaire qui relate les entraînements acharnés de véritables monstres humains en vue du concours de Mr Olympia 1975, questionnant leurs failles et leurs motivations profondes. À l’image de Mike Katz, ancien petit juif potelé et binoclard ayant décidé de ne plus se faire péter la gueule à la récré, on découvre chez la plupart d’entre eux une volonté pathologique d’être admiré et/ou craint. C’est le cas également de Lou Ferrigno, futur Incroyable Hulk de la série du même nom, sourd à 80% et ex-maigrichon devenu une boule de muscles, coaché par un père totalement acquis à sa cause, qui n’hésite pas à comparer le galbe de son rejeton à une sculpture de Michel-Ange.
Le fil rouge du documentaire est le parcours d’Arnold Schwarzenegger, quintuple vainqueur incontesté qui compte bien conserver son titre, dont une longue interview entrecoupe les images d’entraînement tout le long du film. On en apprend alors beaucoup sur cet étonnant individu, extraverti, arrogant et retors qui n’hésite pas à donner volontairement de mauvais conseils à ses collègues pour rester le meilleur, qui n’a aucun état d’âme à sécher l’enterrement de son père pour ne pas interrompre son entraînement et qui compare la souffrance de ses muscles lors de l’effort à la jouissance de l’orgasme.
Comme dans tout bon film de compète, fût-il documentaire, après être entré dans la psyché de ces drôles de personnages, Pumping Iron se conclut évidemment sur les images du concours et le dévoilement du résultat. No spoiler.

9. Maggie, de Henry Hobson (2015)
a9À l’évocation d’un film de zombies avec Schwarzenegger, on l’imagine tout de suite armé jusqu’aux dents massacrer badassément une horde de morts-vivants dans un déluge de munitions. Quelle n’est donc pas notre surprise de se retrouver devant Maggie, un drame intimiste et épuré, allant à l’encontre tous les préjugés possibles s’agissant de l’Autrichien violent ?
Car le monde post-apocalyptique de Maggie est étrangement calme, sans pour autant être apaisé. Ici, les zombies sont des malades comme les autres, traités dans des hôpitaux ou chez leurs proches, en attendant d’être euthanasiés au moment où ils seront totalement gagnés par la maladie. C’est le cas de Maggie, une adolescente (Abigail Breslin) qui vit ses derniers jours chez son père incarné par Schwarzenegger. Celui-ci est rongé par un dilemme moral qui s’impose à mesure qu’il voit l’état de sa fille s’approcher du point de non-retour : doit-il laisser les autorités l’exécuter ou se charger lui-même de la funeste besogne ?
Le tour de force de Maggie est de captiver en ne montrant presque rien d’autre que l’angoisse et la douleur de ce père, incapable de choisir entre deux alternatives impossibles, perdu à la croisée des chemins entre l’espoir et le déni. Schwarzenegger est parfait dans ce rôle tout en subtilité, où l’émotion de son personnage transpire du moindre rictus, du moindre froncement de sourcils. On se rappelle alors que Schwarzie n’est pas qu’une machine à tuer, mais aussi (et surtout) un véritable acteur.

8. À l’aube du sixième jour (The 6th Day), de Roger Spottiswoode (2000)
a8
Dans le futur, les avancées de la science ont rendu possible le clonage d’humains, interdit par la loi pour des raisons éthiques. Mais un jour, Adam Gibson, père de famille tranquillou un peu réac, découvre qu’un clone a usurpé son identité et s’est approprié sa maison, sa femme, sa pipe et ses pulls.
Évidemment, la comparaison avec un chef d’oeuvre comme Total Recall n’est clairement pas à l’avantage du film de Roger Spottiswoode, surtout quand celui-ci détériore sa mise en scène déjà pas géniale avec des dizaines de ralentis lo-fi inutiles ou des effets de transitions légèrement ringardos.
Mais dans la catégorie “films de SF légèrement défaillants”, À l’aube du sixième jour trouve tout de même aisément sa place dans le haut du panier. Le contexte futuriste donne lieu à de belles trouvailles (hélicoptères du futur, putes virtuelles, jouets hi-tech flippants, etc.) et le scénario exploite intelligemment les possibilités de l’argument de départ, notamment à partir de la moitié du film où l’on ne peut nier un réel plaisir ressenti à voir Schwarzenegger faire équipe avec lui-même.

7. Commando, de Mark L. Lester (1985)
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Commando est peut-être le plus pur représentant du genre roi des années 80, l’actioner méga-bourrin à punchlines. Un mort, une vanne, un mort, une vanne... Commando est une véritable machine à bagarre magnifiquement millimétrée. Schwarzie y incarne un soldat retraité qui coule des jours heureux à la campagne avec sa fille (Alyssa Milano). Mais un ancien de ses collègues (Florian Philippot avec une moustache) kidnappe celle-ci et somme le papa de liquider un chef d’état sud-américain en échange de la libération de sa fille. 

Dédaignant totalement l’ultimatum qui lui est imposé, Arnold va chercher à retrouver la trace de sa fille, massacrant sans vergogne l’intégralité des truands qui croiseront sa route, avec une désinvolture tout à fait jouissive. Chacune de ses interventions est ponctuée d’invectives cinglantes distillées avec une régularité métronomique, même quand il n’a rien de particulièrement intelligent à dire (“Va te faire foutre enculé !” / “Va te faire foutre toi-même, enculé !”). Pas de film d’action d’années 80 sans wingman. En l’occurrence, il s’agit d’une wingwoman, une hôtesse de l’air BCBG d’abord très effrayée mais qui se résout très vite à shooter des flics au lance-roquettes sans qu’on ne lui ait rien demandé. Et c’est précisément cette outrance qui fait la réussite de Commando, Arnold ne fait que tuer du début à la fin du film, sans jamais laisser la place à un embryon de début de tentative de négociation. Pendant le dernier quart d’heure, il utilisera toutes les armes possibles et imaginables pour liquider une armée entière dans une fusillade dantesque, avant d’affronter Florian Philippot dans un duel final où le nombre de punchlines le disputera à celui des coups de pied dans la yeule.

6. Last Action Hero, de John McTiernan (1993)
a6Que se passerait-il si un gamin fan d’Arnold Schwarzenegger se retrouvait projeté dans un de ses films ? C’est le point de départ de Last Action Hero, le plus conceptuel des Schwarzie-movies, imaginé à une époque où l’auto-référence et le méta-acting n’étaient pas encore un cliché du cinéma mainstream. McTiernan prend ses responsabilités et exploite à merveille cette belle idée, d’abord en proposant un pastiche commenté de l’actioner schwarzeneggerien, détricotant le genre par le biais des réflexions de son protagoniste issu de notre réalité de spectateur. D’ailleurs, cette partie-là finit presque par devenir lourdingue, notamment à cause de ce jeune héros se croyant obligé de répéter à tout bout de champ “on est dans un film ! on est dans un film !”, des fois qu’on ait mal compris le concept. L’idée du film-dans-le-film ne prendra alors toute son ampleur que quand ses personnages s’en échapperont pour envahir le monde réel. En tout état de cause, la postérité a déjà retenu Last Action Hero comme l’une des plus belles déclaration d’amour aux films d’action un peu concons et donc, par extension, à ce génie d’Arnold Schwarzenegger.


5. Predator, de John McTiernan (1987)
a5Un groupe de soldats sillonne la jungle latino-américaine pour porter secours à des rescapés d’un crash d’hélicoptère mais un extraterrestre impitoyable à dreadlocks les massacre un par un. Predator est LE survival de SF des années 80, où un groupe de mecs sévèrement burnés s’échange des blagues graveleuses en bottant le cul des animaux de la jungle, à l’affût du moment propice à vider toutes leurs munitions sur un quelconque ennemi.C’est aussi chronologiquement le premier film où Schwarzenegger propose un semblant de jeu d’acteur : pour la première fois, on lit dans ses yeux et ses attitudes le passé de son personnage, des sentiments, une certaine sagesse. En face de lui, le personnage de l’alien est sublimé par la mise en scène au cordeau de John McTiernan, qui l’introduit d’abord en vue subjective, puis par quelques plans furtifs sur ses mains griffues, ses bottes extraterrestres... Il finira par le montrer en entier dans sa combinaison hi-tech puis poussera la terreur à son paroxysme en lui faisant enlever son casque de protection, avant de faire entendre son rire diabolique, parmi les plus glaçants de l’histoire du cinéma.

4. Terminator (The Terminator), de James Cameron (1984)
a4On a tendance à l’oublier mais Terminator est avant tout un film de genre à petit budget, seulement le second de son réalisateur, après Piranha 2. Terminator est émouvant non seulement parce qu’il fait naître un mythe du cinéma mais également un cinéaste, encore un peu balbutiant, encore un peu bourrin (beaucoup d’action, pas beaucoup d’émotion si ce n’est dans une scène d’amour assez gauche), mais au potentiel énorme. Il n’y a qu’à voir comment il met en scène l’exposition de son Terminator (d’abord telle une naissance au monde en position foetale dans le brouillard de la nuit puis dans de menaçants plans en contre-plongée) ou comment il parvient à atteindre un sommet de suspense à partir d’une course-poursuite entre deux personnages rampant au solCertes, si on essaie de regarder Terminator avec un regard neuf, on est un peu amusé par les effets spéciaux vieillissants, les scènes de guerre dans le futur manifestement tournées en studio, le mannequin en plâtre grossier qui sert de doublure à Schwarzenegger complètement grillé sur certains gros plans, ou la désuétude de la technique du stop motion dans la séquence finale. Mais c’est aussi ça qui lui donne ce charme eighties indépassable, que l’on retrouve également dans l’illustre musique 100% synthé de Brad Fiedel ou dans la coupe de cheveux so 84 de Sarah Connor.
Schwarzenegger, lui, est comme un poisson dans l’eau. Son corps charpenté, ses traits néandertaliens, son accent étrange, son jeu d’acteur rudimentaire, défauts incontestables pour tourner dans Cactus Jack, sont autant de qualités pour Terminator. Schwarzenegger est le Terminator. Quand on pense que Mel Gibson devait initialement jouer le rôle, ça fait réfléchir.

3. Terminator 2 : Le Jugement Dernier (
Terminator 2: Judgment Day), de James Cameron (1991)
a3Difficile d’imaginer une suite à un film déjà culte moins de dix ans après sa sortie. Mais Cameron et son co-scénariste ont bien bossé. Ils remanient en profondeur les deux personnages principaux du premier épisode : Sarah Connor, naguère post-ado légèrement décérébrée, devient une véritable furie gonflée du biceps et à moitié folle. Schwarzie devient lui aussi un autre personnage, un T-100 reprogrammé par John Connor, perpétuant ainsi l’idée de dualité incluse dans la plupart de ses personnages. Les effets spéciaux sont plus perfectionnés, les scènes d’action plus pêchues, Cameron noie son film de courses-poursuites dans toutes les configurations possibles (double moto vs. semi-remorque, hélico vs. camion-citerne, etc.). On finirait presque par s’ennuyer dans cette orgie d’explosions et de voltige mécanique.
Voilà donc une suite bien mieux aboutie que l’épisode précédent, même si elle ne rentre plus vraiment dans la même catégorie : Terminator 1 était une série B de très haut niveau, Terminator 2 est un véritable blockbuster. Le premier d’une longue série pour un Schwarzie qui prend progressivement la pleine possession de ses moyens et qui dans une scène finale poignante parviendrait presque, pour la première fois, à nous tirer une larme.


2. True Lies, de James Cameron (1994)
a2
Si True Lies est une aussi franche réussite, c’est qu’il s’agit probablement du seul film de Schwarzenegger où la comédie et l’action sont aussi bien imbriquées. L’idée de génie : s’inspirer du thème de La Totale !, très honorable comédie de Claude Zidi, et en proposer une variation plus musclée taillée sur mesure pour Schwarzenegger. La Totale ! racontait l’histoire d’un agent secret (Thierry Lhermitte) décidant de faire suivre sa femme (Miou-Miou) lorsqu’il se rendait compte de sa liaison avec un autre homme (Michel Boujenah), se faisant lui-même passer pour un agent secret.
La version de Cameron reprend fidèlement cette brillante idée de départ, mais y ajoute de l’action, au début, au milieu, à la fin, partout, de sorte que l’on se retrouve à la fois devant un pur film d’action et une pure comédie. Pour l’action, tout y est : fusillades en pleine ville, courses-poursuites, à pied, en voiture, à moto, à cheval, en avion, en hélico, destruction de ponts, explosion de bombe nucléaire... Ça va presque trop loin, comme toujours chez Cameron.
Quant à la comédie, au delà de l’hilarant jeu de regards d’un Schwarzenegger au sommet de son art burlesque, il faut louer l’incroyable abattage de Jamie Lee Curtis, plus-que-parfaite dans son rôle d’épouse lunaire et gauche, totalement
 dépassée par les événements, qui fait regretter de ne pas l’avoir plus vue au cinéma.

1. Total Recall, de Paul Verhoeven (1990)
a1Il serait tentant de se positionner à contre-courant de la hype immodérée dont jouit Paul Verhoeven depuis quelques années, mais comment ne pas reconnaître la puissance de la SF déglingo de Total Recall ? Il y est question de Douglas Quaid, un mec faisant appel à une agence spécialisée pour se faire implanter le souvenir d’un séjour sur Mars. Mais l’expérience se passe mal. Ou pas. En fait, on sait pas trop.
Comme toute adaptation de Philip K. Dick réussie, Total Recall est un jeu, dans lequel il s’agit de réunir les indices validant une des différentes théories possibles : où s’arrête la réalité ? où commence le rêve ? Le talent de Verhoeven est évidemment de pouvoir laisser croire à toutes les hypothèses, mais également d’injecter à la trame dramatique de Dick son propre univers cinématographique : sexe, violence, corps malmenés, déformés...
Arnold s’approprie étonnamment le film, dans un registre finalement assez peu schwarzeneggerien : le muscle est discret, la punchline rare (mais toujours efficace), et pour une fois, il est question d’amour. Et si finalement, le meilleur rôle de Schwarzenegger était celui d’un mec normal ?

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