aaaaLà, Olivier Bruneau met les pieds dans LE tabou culturel. Celui de la littérature. Le seul art encore élitiste. Même le théâtre a son boulevard. Mais pas la littérature. Ne me parlez pas des romans de gare. Je parle littérature. Les livres, c'est pour l'élite. En 250 pages, Olivier Bruneau balaie tout ça. Il pond un vrai roman, bien écrit, avec plusieurs niveau de lecture, mais avec une légèreté et un humour qui fait redescendre tous les écrivains qui rêvent d'habits verts et d'immortalité. Quand Tarantino fait son Boulevard de la mort, c'est ce même trait de liberté qui souffle (oui, c'est déjà la deuxième évocation de Tarantino, mais on pense à lui tout du long). En fait, on est en plein Russ Meyer. En pleines 70's. Une époque où l'on faisait du porno en se marrant et du gore en se fendant la poire. C'est ce que propose Olivier Bruneau.

Quel bonheur d'avoir des tueurs qui ne soient pas des serial killers à multiples personnalités avec une schizophrénie consubstantielle à un refoulement du stade anal (enfin, selon les interventions des psys, profilers et autres scientifiques du livre). Putain, ça fait du bien de voir des morts sans lire un bouquin de Jean-Christophe Grangé ou d'un de ses multiples imitateurs. Allez, un petit exemple : une double mort par accident de la route, causé par une éjaculation malencontreuse dans l’œil du conducteur.

Quelle joie, aussi, de lire du sexe sans avoir une répétition infinie de scènes pipe-cunni-vaginale-anale-éjaculation faciale. Non, ici, on a de tout et de n'importe quoi. Surtout du n'importe quoi, d'ailleurs. «Comment ça, n'importe quoi», nous dira l'éditeur offusqué ? (*) Ben oui, une vieille qui pète une mouche avant de s'embrocher sur le sexe d'un homme pendu, c'est un peu n'importe quoi quand même. Et on ne vous parle même pas des deux jumeaux dégueulasses et de leur esprit quelque peu mal tourné.

Ce qu'a fait Olivier Bruneau est un acte salvateur. Il a fait respirer la littérature. Mais pas en lui ouvrant la fenêtre. Non. Plutôt en la jetant par le balcon.

Ce que dit le livre sur notre époque.
L'air de rien, Dirty Sexy Valley est un bouquin dans l'air du temps. Nous entrons dans une époque de simplification. Pour ne pas dire de premier degré. Quand Emmanuel Macron répète dix fois par discours «bienveillance», il ne fait rien d'autre. Quand Ryan Reynolds parvient à monter Deadpool, c'est aussi ce qu'il fait. Tout comme James Mangold avec son Logan.

À la fin du XXème, tout était l’œuvre de spécialistes. Tout était étudié. Décortiqué. Analysé. Une recherche d'efficacité étouffante. Internet a, un temps, laissé croire qu'une nouvelle liberté s'imposait. Et puis, elle a donné naissance aux pires control freaks de l'humanité : les GAFAM. Et là, dans un élan d'hygiène, l'humanité est en train de crier stop à l'artificiel de la spécialisation (l'autre nom de l'industrialisation). Non aux politiciens professionnels. Non aux OGM. Non au cinéma formaté. Non à tout ce qui doit être tellement efficace qu'il en devient insipide.

Incipit et explicit
Je veux poser ma tête sur ce cul, et y dormir pour le restant de mes jours...

Excipit
Oui, c'est à peu près ce que se disait Marie, tandis qu'à l'orée de la clairière, une espèce de grosse peluche pointait le bout de son nez.

Vous avez aimé, vous aimerez aussi...
Vous l'aurez compris : Russ Meyer et Quentin Tarantino. Mais aussi la toison de Brigitte Lahaie. Les Message à caractère informatif. OSS 117. Kingsman. L'extraordinaire Kung Fury de David Sandberg. La coupe mulet. Les policiers à moustaches. Godzilla. Et écouter un walkman.

(*) Simple clin d'oeil. Les éditions Tripode ne s'offusqueront pas. Quand on disait justement à Geoffrey Durand qu'on ne savait même pas comment parler de ce livre, il avait répondu : «Prenez le mot chèvre, le mot mouche, le mot lèvre, le mot louche, tournez-les dans tous les sens et… non, faites-vous plaisir !».

++ Dirty Sexy Valley, d'Olivier Bruneau, éd. Le Tripode, 250 p., 16 €