On ne va pas se mentir, il y a quand même beaucoup de poils pubiens, de nus et de peau dans cet ouvrage. Et d'un point de vue artistique, ce n'est pas toujours du Courbet. Mais là n'est pas l'intérêt. Ce qui compte, c'est de comprendre comment les règlements des réseaux sociaux (très intelligemment, le livre reproduit celui d'Instagram en introduction) sont devenus des lois. Des lois sans juge ni avocat. Des lois qui ne risquent pas de vous envoyer en prison. Non. Pire. Elles décident de votre image sociale. Vous voyez le curé de campagne du XIXème siècle qui demande de cacher ces corps indécents ? Eh bien, Instagram ou Facebook font ça tous les jours. Une inquisition librement consentie par les utilisateurs.

Tu postes une photo de toi maquillée, retouchée, faussement heureuse ? OK. On like. On share. On adore. Tu te prends en photo telle que tu es ? ...Non. Ah ça, non. À d'autres, la réalité. De par leurs règlements, les réseaux sociaux imposent un idéal du moi, le même, à tous les habitants de la terre. Une uniformisation du rêve. Une dictature de l'utopie. Un fascisme de l'esthétique.

Et pendant que nous, simples utilisateurs, sommes interdits de montrer nos réalités, la moindre pub de vêtement, de yaourt ou de voiture, le moindre clip de Rihanna ou de Miley Cyrus sont mille fois plus pornographiques que nos pauvres poils pubiens.

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© Molly Soda© Arvida BystromQue dit ce livre sur aujourd'hui ?
Qu'on est dans la merde. Vraiment dans la merde. Parce que nous avons nous-mêmes fixé le joug autour de nos cous.

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Le IIIème Reich, voter Le Pen, votre psy, votre chirurgien esthétique, Kim Kardashian, balancer votre ordi par la fenêtre et relire tout Proudhon.

++ Pics or It Didn't HappenArvida Bystrom, Molly Soda, Chris Kraus, éd. Prestel Verlag, 300 p., 25€.