Est-ce que vous sentez ce titre : L'Été des charognes ? Vous sentez ce paradoxe entre la liberté estivale et la décomposition ? Vous sentez cette chaleur des vacances faire remonter les odeurs pestilentielles ? Si c'est le cas, entrez dans ce livre. Parce qu'on le lit autant qu'on le ressent. 

LEte des charognes

Il y a les écrivains qui écrivent comme ils parlent. Il y a aussi ceux qui écrivent comme ils pensent. Plus rapide. Et enfin, il y a ceux qui écrivent comme ils sentent. Là, on frôle l'excès de vitesse. Une métaphore, trois mots et mille idées à l'heure. Pas le temps de verbaliser. À la campagne, on vit. Le corps parle. Il mène la danse. Et le corps ne fait pas dans l'essai philosophique. Il jouit et meurt des mêmes attaques. Il sue de peur et de joie. Il crie de bonheur et de larmes. Il est limité par son enveloppe mais infini dans sa connaissance.

Utiliser le mot pour le mot... pas le genre de la maison. «C'est trop souvent des gens aisés qui utilisent leur langage juste pour brimer les pauvres», comme nous confiait Simon. «Plus jeune, je me suis fait souvent baiser par des livres que je ne comprenais pas juste parce qu'ils étaient volontairement complexes et frustrants, je voulais carrément prendre l'inverse de ça. Trouver une puissance et de la poésie avec un vocabulaire pas forcément compliqué. En tout cas je ne voulais pas écrire un livre qui peut se dresser devant les gens et les prendre de haut.» Le livre est né d'un véritable souvenir d'odeur de charogne dans cette enfance passée dans le Tarn. La madeleine de Proust de Simon, c'est la mort.

Que dit ce livre sur aujourd'hui ?

Les États-Unis ont été surpris, comme le monde entier, de voir Trump élu. Et puis, on a commencé à parler des deux Amériques. Fable moderne du rat des villes et du redneck des champs. C'est un peu ce récit que nous fait Simon Johannin. Dans les premières pages, on pense que l'histoire se déroule après-guerre. Et puis non. Elle est contemporaine. C'est ça aussi la campagne.

Une campagne que l'auteur connaît bien. Sa biographie annonce une enfance passée à Mazamet, dans le Tarn. 10 000 habitants. Mais comme nous l'a dit Simon : «je n'y ai pas grandi mais c'est là où il y avait le Leclerc le plus près de chez moi.» Peut-on faire définition plus précise de la campagne ?

L'été des charognes, c'est l'histoire de notre époque.

Vous avez aimé, vous aimerez...

Le grand Meaulnes d'Alain-Fournier. Casse-pipe de Louis Ferdinand Céline. Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. Mud de Jeff Nichols. Manger avec les doigts, déféquer dehors, s’asseoir sur l'héritage des Lumières, penser que le parler beau c'est le parler faux.  

++ L'été des charognes, Simon Johannin, éd. Allia, 144 p., 10 €

Crédit photo : Capucine Spineux.