LE PLUS DRAMA : Le Sixième Jour (★★★★½)

Après avoir visionné ce film, on se demande comment l’Académie des Césars n’a pas pu penser à inventer la catégorie «Dalida» pour récompenser la meilleure prestation drama-queenesque d’un acteur ou d’une actrice dans un film. Adapté d’un roman d’Andrée Chedid, peu connue pour ses blagues potaches, Le Sixième Jour nous retrace l’histoire de Saddika, interprétée par notre tendre Iolanda qui, paraît-il se serait beaucoup identifiée à cette lavandière cairote. On comprend alors mieux pourquoi cette dernière plongea dans une profonde dépression quelques mois après le tournage du film puis finit par se donner la mort en avalant une dose mortelle de barbituriques. Car la vie de Saddika n’a rien d’un conte de fées : elle s’occupe en permanence de son mari paralysé, qui reste alité à longueur de journée, et a également hérité de la garde de son petit-fils, Hassan, enfant mignon mais un peu envahissant. Pour couronner le tout, le choléra qui est aux portes du Caire vient de décimer la totalité de son village, ce qui oblige Dalida à enchaîner les funérailles à un rythme effréné. Bien qu’elle endosse ce rôle de mater dolorosa avec la dignité d’une tragédienne grecque, Saddika s’emmerde et rêve, toujours, du grand amour. En bonne drama, elle passe ses journées à pleurer devant des rom-coms dans les salles obscures de la capitale égyptienne. Malgré tous ses efforts pour protéger son petit-fils du choléra, le petit tombe malade. Elle fait alors la connaissance d’Okka, un jeune dresseur de singe de 24 ans son cadet, («il était beau comme un enfant, fort comme un homme») qui lui proposera de fuir vers Alexandrie pour que le gosse respire l’air de la mer. Okka révèlera-t-il «la femme derrière la mère courage» ?

Le plus : Dalida campe ici le rôle de sa vie, une vie faite de sacrifices et de renoncements.
Le moins : il faut attendre 1h20 pour qu’elle pousse la chansonnette.


LE PLUS ORIENTAL : Un Verre, Une Cigarette (★★★★☆)

Peu après son élection au titre de Miss Égypte en 1954, Dalida, qui est encore inconnue en France, tourne dans ce film égyptien de Niazi Mostapha. Elle incarne Iolanda, une jeune infirmière italienne à la beauté insolente, que ses rivales surnommeront gentiment «macaronis». Séductrice au cynisme pervers, la petite Iolanda a bien l’intention de semer le trouble dans la belle histoire d’amour qui lie un jeune chirurgien avec une ancienne danseuse du ventre. Cette dernière, qui a sacrifié sa vie d’artiste pour endosser son rôle de mère, ne supporte plus la complicité naissante entre son mari, un moustachu assez fade mais honnête, avec Iolanda, le volcan italien. Folle de jalousie, elle sombre dans l’alcool, enchaîne les black-outs, s’endort sur les trottoirs. Rien ne va plus. Elle manque même de tuer sa fille, en oubliant un mégot de cigarette qui mettra le feu à la chambre d’enfant. «L’ivresse ne convient pas à une femme», l’avait-on pourtant prévenue. Bien que la morale culpabilisatrice sur le devoir des mères soit un tantinet misogyne, il est assez incroyable de voir qu’il y a 60 ans, en Égypte, on mettait en scène des femmes en maillot de bain, enchaînant les verres de whisky dans les bars d’hôtels sans que ne se pose la question ni de la censure, ni de l’outrage.

Le plus : l’avalanche de scènes de danse du ventre et de musiques orientales.
Le moins : Dalida n’a qu’un second rôle.


LE PLUS ROMANTIQUE : Io, Ti Amo (★★★)

Très à la mode dans les années 1960, le «film musical» est un genre inventé pour Dalida et sa musique. Elle tourne en 1961 dans Parlez-moi d’amour, un film italien réalisé par Giorgio Simonelli, film prétexte pour faire chanter la diva. Ne nous méprenons-pas - Io, Ti Amo d’Antonio Margheriti fait exactement la même chose, mais en mieux ; c’est pour cela qu’il figure dans ce classement. Après avoir interprété une infirmière, Dalida est dans ce film une… hôtesse de l’air ! Quelle chance. Une hôtesse de l’air donc, qui tombe sous le charme du prince Tancredi, dandy fortuné, un peu branleur et peintre à ses heures perdues. Une sorte de Paris ou Nicole de l’époque si vous voulez. Judy (Dalida), qui lui résiste 5 minutes, attise la curiosité du jet-setteur qui en tombe éperdument amoureux. Il dégage sa copine du moment en deux-deux et invite Judy à passer une semaine dans sa grande villa du sud du pays. Pendant le trajet, tous les moyens sont bons pour faire des clips, tantôt au milieu des ruines, tantôt le long de falaises bordant la mer déchaînée. Les deux tourtereaux baignent dans le bonheur. Mais une fois arrivés sur place, l’ambiance change du tout au tout : Judy devient bizarre, presque flippante. Elle disparaît à plusieurs reprises sans donner aucune explication, pleure sans raison, fait des malaises, raconte n’importe quoi. On craint que la maison ne la transforme en Jack Nicholson et qu’elle ne finisse par écrire «OMIϽIDIO» avec de la sauce bolognaise sur les vitres. Pauvre Tancredi ! lui qui pensait passer un petit séjour tranquille. Qui est vraiment cette Judy ? Cette folie passagère parviendra-t-elle à bout de la passion des deux amants ?

Le plus : donne envie de faire des clips, cheveux au vent, dans une Fiat (évidemment).
Le moins : les fausses réflexions philosophiques sur l’amour.


LE PLUS RACISTE : L’Inconnue De Hong-Kong (★★)

Précisons pour commencer que ce film figure dans ce classement davantage grâce à sa distribution qu’à son contenu. Il faut avouer que Dalida et Serge Gainsbourg à l’affiche, ça donne forcément envie. Elle, elle y joue le rôle de Georgia, artiste de music-hall qui décroche avec son amie Mitzi un contrat de trois mois dans une boîte-cabaret de Hong Kong. Avertissons d'emblée celles qui espèrent retrouver à l’écran un duo de femmes fortes à l’image de Thelma Et Louise qu'elles se mettent le doigt dans l’œil : Mitzi est d’une niaiserie insupportable et Georgia a l’air de ne pas connaître grand-chose à la vie. Les deux héroïnes se retrouvent malgré elles mêlées à un trafic de diamants et s’aventurent au péril de leur vie dans les bas-fonds de Hong-Kong. Gainsbourg, lui, y joue le rôle d’un chef d’orchestre presque sobre. Comme dans beaucoup de polars des années 1960, on ne comprend rien à l’enquête et pas plus à l’intrigue ; en effet, l’intérêt principal de ce film réside dans l’extraordinaire racisme du scénario. Les voix des acteurs et actrices asiatiques sont doublés par des Français qui imitent «l’accent chinois», le personnage de Dalida surnomme un Hong-Kongais «Ping-Pong» car «c’est plus facile à retenir». Enfin, impossible pour les deux artistes de reconnaître le criminel parmi différents suspects car c’est bien connu, «ils se ressemblent tous». On rit beaucoup tant c’est affligeant, mais on n’éteint pas pour autant car le duo Rues de mon Paris entre Dalida et Gainsbourg vaut tout de même le coup.

Le plus : Serge Gainsbourg.
Le moins : le racisme ordinaire de l’époque.

 

++ Dalida, le biopic de Lisa Azuelos sur la vie de Iolanda Gigliotti (incarnée à l'écran par Sveva Alviti) est en salle depuis aujourd'hui, et sa bande-annonce est visible ici.