Comme il ne faut pas trop spoiler, disons que la série raconte le mystère entourant Prairie, une jeune femme qui a disparu pendant sept ans et qui réapparaît sans vouloir dire ce qu'il s'est passé. Sa paranoïa quasi-autiste l'empêche de retrouver des liens sincères avec ses parents adoptifs qui avaient presque accepté la disparition de leur fille. Pour résoudre son problème, Prairie s'entoure de quatre jeunes et de la prof de maths du lycée, tous des personnages à la recherche de quelque chose. Dès le début du premier épisode, on rencontre Steve, un bully athlétique que l'on voit à poil pendant une scène de baise avec une sexfriend (une description très fidèle de la hookup culture - sa copine dira plus tard qu'elle baise pour s'entraîner afin d'être prête quand elle rencontrera le mec qui lui plaira). Avec Steve, il y a Jesse, un geek aux cheveux longs assez gentil, Alfonso, un latino sportif qui fait tout pour réussir, et Buck, un jeune trans d'origine asiatique dont le portrait est si juste qu'il est devenu tout de suite une sensation identitaire virale. Ces esprits tristes vont devenir la famille de coeur de Prairie, qui va leur raconter son histoire pendant des sessions nocturnes ressemblant presque à des séances de culte. En racontant ses sept années de disparition, une catharsis va s'effectuer entre ces personnages qui vont finir par s'unir alors que rien ne pouvait les rassembler.

Prairie (qui préfère s'appeler elle-même "The OA") possède des pouvoirs en tant que femme qui rappellent ceux d'Eleven dans Stranger Things. Mais pas d'effets spéciaux ou de monstre dans les murs de la maison. Au départ, la nouvelle série de Netflix n'a pas vraiment de prétention artistique ; on n'est pas comme dans The Get Down, où tout est signé par une styliste de mode, ou comme dans Stranger Things, où la musique déborde de références historiques et esthétiques. Ici, y a juste quelques titres de musique qui marquent la première saison, comme Full Circle de Haelos et Downtown de Majical Cloudz. Les détails sonores marquants arrivent lentement, sans fanfare, comme l'apparition du générique d'ouverture à la 57ème minute du premier épisode, ce qui marque le vrai début de la série, exactement au moment où Prairie commence à raconter son histoire.

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Une série silencieuse
C'est ce générique qui nous avertit que la série est à part. Après tout, le générique reste l'un des meilleurs moyens pour valoriser une série et prouver qu'on propose une idée moderne. Une série moyenne avec un générique fantastique vieillit toujours bien. Une série géniale qui vous fait chier à chaque fois qu'elle commence (l'insupportable chanson d'ouverture de Orange Is The New Black est un bon exemple) ne vous donne pas envie d'y retourner. Dans The OA, c'est une ponctuation angélique qui promet que cette série, malgré son histoire globalement triste, va nous faire découvrir des choses magiques. Il y a de la neige, ce qui est parfait pour une série qui est sortie pour Noël, il y a le ciel bleu des hivers continentaux secs et froids. À chaque fin d'épisode, les crédits qui défilent sont presque silencieux, comme pour insister sur le fait que les spectateurs sont pris à témoin d'une histoire assez compliquée à suivre. En fait, ce générique de fin nous approche des étoiles qui murmurent - c'est le son des anneaux de Saturne où se trouve la vie après la mort qui représente la quête mystique de la série. C'est un silence intergalactique qui rappelle la techno concrète et très désertique de Monolake. Ce silence vous porte vers l'anticipation de l'épisode suivant, et c'est très malin.

Une série pour minorités
Au début, aucun des personnages n'est véritablement attachant. Chacun vit avec son propre problème, en secret de la société. Bien sûr, on finit très vite par les aimer les uns après les autres. Tous ont de la compassion et sont traités avec la même attention, même si le jeune transboy devient vite la découverte de la série. HBO a fait des minorités sexuelles son trésor de guerre, Netflix met en valeur des jeunes personnages dont l'identité sexuelle et le look sont fluides. Ici, la question trans est abordée non pas sous l'angle bourgeois et ridicule de Transparent - on est au contraire en pleine adolescence. Buck, que son père appelle toujours Michelle, est l'exemple du trans timide mais courageux, smart et curieux, qui n'a pas peur d'aller au-devant des gens. Buck n'a pas besoin de taper du pied en criant "mais je suis trans!" pour trouver sa place au milieu de cet attelage d'amis complètement improbable. Il en est le centre, l'élément le plus jeune, donc le plus affectif. Une précision en passant : il n'y a pas de personnage afro-américain marquant dans The OA. La diversité est donc assumée par Alfonso qui est latino et Buck qui est asiatique. Autrement, tout est très blanc dans la première saison de cette série.

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Une danse sans musique
Comme on ne peut pas vous raconter ce qui se passe, il est toujours possible d'aborder l'angle le plus intéressant de la série. The OA est un mystère chamanique où la danse et la chorégraphie ont un pouvoir total. Ce qui ressemble au début à une performance un peu gauche devient vite un phénomène de culte urbain qui pourrait très bien déboucher vers un revival des flash mobs (remember them?). Déjà sur Tumblr, on voit les kids discuter de la série et YouTube a déjà ses satires comme ici (drôle). Toute cette série semble faite pour créer un nouveau mythe urbain. Les personnages de The OA n'ont pas de conviction politique particulière ; ils sont déjà détruits ou en tout cas ébranlés par la vacuité de leur époque. Ils appartiennent à une génération perdue. Mais à travers ces gestes magiques, ils peuvent changer beaucoup de choses, et c'est ce que l'on verra peut-être dans la saison suivante. En tout cas, Netflix a fini 2016 d'une manière savante. The OA n'est pas une série divertissante comme Stranger Things, elle est plus grave, rappelant le côté mystérieux et oppressant de Lost, tout en constituant une formidable découverte.

PS : Et je ne vous ai pas emmerdé avec les scènes où l'on voit Homer, l'autre personnage central de la série, qui passe le plus clair de son temps torse nu avec des super jolis poils sur le torse. Parce que c'est ça aussi qui m'a plu.