Les planches mixtes
Tous les débits de boisson proposent désormais des «planches mixtes». Sur le papier, le concept est chouette - mais en bouche, c’est autre chose. Neuf fois sur dix, une joyeuse assemblée impatiente de déguster un généreux assortiment de cochonnailles artisanales et de bons petits fromages AOC se retrouve nez à nez avec quelques portions radines de vieille charcuterie chimique indéfinissable et de cubes de fromages blanchâtres achetés chez Lidl. Prix moyen : 15 euros. Valeur marchande : 80 centimes. Avec trois petits bouts de pain pour une tablée de huit, et un soupir d’exaspération quand on en redemande.

Le ballon de vinasse à cinq euros
A moins d’aller dans un bar estampillé «à vins» géré par un passionné, au pays des 300 AOC viticoles, la grande majorité des bistrotiers persiste à vendre les sempiternelles même piquettes vinaigrées à cinq euros le verre (c’est-à-dire deux fois le prix de la bouteille de laquelle ils sortent) au goût aussi dégueulasse qu’uniforme, que l’on opte pour des pseudo-«Bordeaux», «Beaujolais» ou «Côtes du Rhône» (pour les rouges), ou «Chardonnay», «Sauvignon», «Sancerre», «Chablis» (pour les blancs). Mais reconnaissons au moins à ces sagouins un effort louable du respect des accords mets-vins : pour accompagner une planche mixte de produits Lidl, rien de tel qu’un bon verre de vinasse achetée au G20.

Le Coca au verre
Je ne sais pas vous mais moi, quand je commande un Coca, j’aime bien qu’on m’amène un Coca. C’est-à-dire une bouteille de Coca. Pas un verre déjà rempli, du moins déjà à moitié rempli (l’autre moitié étant remplie par des glaçons pour gagner de la place et gratter un petit sou de plus) d’un Coca sans bulles sorti d’une bouteille ouverte la veille. A cinq euros le verre, ça ne me paraît pas être un caprice d’enfant gâté. Et si vraiment le but est de faire des économies, on pourrait peut-être commencer par virer la rondelle de citron qui a traîné toute la journée de verre en verre ?

Les burgers à tout et n’importe quoi
Un burger, c’est très bon. Tout le monde est d'accord. Mais c’est simplement une possibilité parmi d’autres quand on a faim. Du moins c’était, car un nombre grandissant de restaurants déclinent désormais tout et n’importe quoi à la sauce burger : burger gascon au foie gras, burger thaï au gingembre et à la coriandre, burger de la mer au saumon… À quand un burger oriental au couscous, un burger italien à la pizza et un burger japonais au sushi ? Un plat qui se mange avec un putain de couteau et une putain de fourchette, y'a moyen ou ça vous coûte trop cher en couverts ? Et les frites «maison» qui accompagnent cette farandole inepte de burgers, on en parle ? Ah oui tiens, parlons-en.
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Les frites «maison»
J’ai toujours trouvé suspects ces guillemets qu’on met à «maison» derrière le mot frites pour signifier qu’elles sont faites maison. Presque un aveu de culpabilité. Une façon de dire : nos frites sont maison, mais on les met entre guillemets parce qu’en fait ce sont des frites surgelées, mais bon, vu qu’on les fait quand même cuire sur place, on peut considérer qu’elles sont maison, hein, on va pas chipoter. En l’occurrence, si : on va chipoter.  Des frites maison, ce sont des pommes de terre (ami cuisinier, clique sur le lien si tu ne sais pas ce que c’est) qu’on épluche, qu’on coupe en forme de frites, et qu’on fait cuire. Sinon, ce sont des frites Métro. Sans guillemets. Enfoiré.

Le demi pression de 15 centilitres
Petit rappel à destination des propriétaires de salles de concert : un demi, c’est 25 centilitres. Et ça ne se discute pas. C’est une règle universelle. Un peu comme un mètre, c’est 100 centimètres - pas 57 centimètres ou 12 millimètres. Donc quand on sert un «demi» dans un gobelet à café, ça ne s’appelle précisément plus un demi de bière, mais un gobelet de bière. Et il est donc parfaitement malhonnête de le vendre 5 euros. Inutile de préciser que le même raisonnement s’applique aussi à la pinte de 33 centilitres à 8 euros. Et tu le sais très bien, FDP. 

Le mojito fraise
Le mojito, on aime ou on n’aime pas ; mais a priori, si on aime, c’est pour cette petite association rhum/menthe/citron vert rafraîchissante et relevée. Or si l'on y ajoute du sirop de fraise et qu’on remplace l'eau gazeuse par du sprite, d’une part on ruine le goût du mojito, d’autre part on n’appelle plus ça un mojito mais un diabolo fraise. De même, si l'on ajoute du chocolat dans une blanquette de veau et qu’on remplace le veau par des boudoirs, ça ne s’appelle plus une blanquette mais une charlotte au chocolat, m'voyez ?

Le café gourmand
Dans «café gourmand», il y a «café». Et de ce point de vue, reconnaissons-le, la plupart des établissements qui servent un café gourmand servent effectivement un café. Mais dans «café gourmand», il y a également «gourmand», et c’est là que ça se gâte. Parce que le mini-ramequin de crème cartonnée (du nom de la crème brûlée qu’on a fait brûler la veille et dont la croûte s’est ramollie), le dé à coudre de crème Chantilly à la bombe et la boule de glace Leader Price, ce n’est pas «gourmand». C’est nul, triste, pénible, pathétique, désolant, insultant, indigne, grossier, déprimant, déplorable, grotesque, offensant, scandaleux, injurieux, mais pas gourmand. C’est important, d’utiliser des mots précis.

Le fromage blanc
À la carte de tous les restaurants de montagne, et de plus en plus sur les tables urbaines et «healthy», le fromage blanc est tout simplement la plus grosse arnaque de toute l’histoire de la restauration. C’est-à-dire que quand vous commandez un fromage blanc, un cuisinier ouvre un pot de fromage blanc, en met trois cuillères dans une coupe, et voilà, c’est prêt, 8 euros siouplait ! C’est exactement comme si l'on trouvait des «Petits Suisses», «Danette» ou «Flamby» sur une carte des desserts, mais qu’on paierait dix fois leur prix. Et personne ne s’en indigne, ne manifeste et ne pétitionne. À se demander si les gens ont encore une conscience politique.

Les chiottes pourries
Difficile de dire avec précision quand a démarré la mode des chiottes pourries. Couvertes de graffitis, jamais lavées, puant autant l’urine qu’un jour de fête de la bière à Munich, à la turque avec une chasse d’eau qui te noie les chaussures et t’arrose jusqu’aux genoux, un lavabo branlant doté d’un robinet qui marche une fois sur deux et pas de savon pour se laver les mains, elles sont désormais un incontournable du moindre bar dit «cool». Sans aller jusqu’à réclamer les toilettes du Ritz quand on va y pisser la pinte à 8 euros qu’on vient de boire, juste un coup de javel de temps en temps... y'a moyen ou le client est prié d’enfiler ses gants Mapa et de laisser les toilettes dans l’état où il ne les a pas trouvées ?

Le whisky à 20 balles
Certes, quand on boit un verre dans un bar, on paye le cadre. Et re-certes, en admettant ce postulat, on admet aussi de payer très cher des trucs qu’on pourrait trouver beaucoup moins cher en allant les acheter chez Monop’. Par exemple un verre de Talisker, de Lagavulin ou autre single malt écossais d’entrée de gamme. Mais c’est comme tout, c’est une question de limite. Et quand on paye les 2cl le prix d’une bouteille entière, la limite est allègrement franchie, et on décide en soupirant de ne plus payer le cadre et juste la bouteille, qu’on boit donc chez soi avec les copains et les copines, en y découvrant au passage un autre avantage non-négligeable : on maîtrise la playlist. Bref, un boycott tout bénéfice.