1. La Parisienne est blanche, riche et vit dans le 16ème
Dès le deuxième couplet, Christophe Maé prend position : les amis de la Parisienne «ont des noms étranges». Oui, ils s’appellent «Béné, Alix, FX et Lise-Ange». On apprend donc que la Parisienne ne traîne qu’avec ses copines de l’hippodrome, vraisemblablement rencontrées il y a quelques mois aux goûters pour célibataires aristocrates de la paroisse de Passy.  Cette énumération aux sonorités franco-françaises fait référence à une certaine idée de notre pays, idée que l’on retrouve davantage à l’ouest de la ville qu’à Stalingrad. N’ayons pas peur des mots : la Parisienne est blanche et friquée d’après Christophe Maé.


Mais notre troubadour sociologue n’en reste pas là, il persiste et signe : «c’est si différent passé le périphérique, c’est plus les mêmes musiques, les mêmes tuniques». Au delà d’une impressionnante maîtrise de la rime, M. Maé semble ignorer que la mixité existe aussi intra-muros. D’ailleurs, si l’on en croit l’ethnologue Léa Seydoux, on peut même trouver près de Château-Rouge dans le XVIIIème arrondissement, des Africaines qui sentent le poulet yassa. Si ce n’est pas la preuve irréfutable que Paris n’est pas aussi blanche que «ses Converse»…
On soulève cependant quelques approximations voire même quelques contradictions dans le pamphlet dudit Christophe Maé. En effet, l’auteur semble insister sur le patrimoine économique particulièrement développé de la Parisienne ainsi que celui de son entourage. La phrase : «ses amis ont de grandes baraques» à «Saint Briac», illustre à merveille le capital doré dont sont censés profiter les habitants de la capitale. Pourtant, un oxymore, possiblement involontaire, semble s’être glissé dans les paroles. Dans le 7ème couplet, l’auteur écrit «Madame est chic». Par chic comprenons élégante, distinguée, «à la mode». Fressange alerte. Pourquoi, oui pourquoi y avoir accolé la marque «H&M» ? Non mais c’est vrai, toute Parisienne qui se respecte sait pertinemment que la marque suédoise se contente de copier les tendances ou alors de faire appel à de grandes maisons de couture comme Kenzo ou Balmain pour faire croire aux prolos qu’ils portent de la haute-couture. Puisque la Parisienne est riche, pourquoi emprunter la petite porte ?

2. La Parisienne est une bobo bien-pensante
Dans un premier temps, l’auteur détaille avec soin les caractéristiques de ce que l’on appelle un bobo. Par exemple, la Parisienne est cultivée, mais ne visite pas, Dieu soit loué, les grosses expositions du Grand Palais, comme les touristes en week-end «sur la capitale». Non, elle choisit délibérément une culture bien moins accessible, bien moins populaire, réservée à une poignée d’initiés. Les références au «104», établissement culturel du nord de Paris, et à «Larry Clark», photographe et cinéaste aux œuvres profondément subversives, explicitent ce besoin presque obsessionnel de la Parisienne d’échapper à la vulgarité crasse de la pop culture.


L’auteur complète ensuite la description de la bobo parisienne : elle fait du vélo et achète des légumes bio. A priori, aucun problème. Cependant, la phrase précédente («j’aimerais qu’elle redevienne comme avant») met en lumière cette course effrénée dans laquelle la Parisienne s’est lancée. En voulant ressembler à tout prix à un cliché, elle en oublie l’essentiel, et se perd dans une quête superficielle.
On le comprend, la Parisienne ne ressemble pas ou plus à ses compatriotes français ; elle vit dans une bulle en argent qui la déconnecte totalement de la réalité des vrais gens. Cette rhétorique nous rappelle alors les propos de Nicolas Sarkozy, farouche opposant à ce mode de vie dont le discours anti-élite, à l’instar de Trump ou de Marine Le Pen, est devenu le fonds de commerce. D’ailleurs, ce champ lexical réactionnaire atteint son apogée lorsque Christophe Maé parle de ses amis «bien-pensants». Cette notion très en vogue qui, chez la droite, désigne le politiquement correct et la langue de bois de l’intelligentsia parisienne, met immédiatement le troubadour Maé en position d’infériorité. Lui le gentil beauf du Sud, avec sa «ganache, tapache» et son «accent», détient le discours de vérité qui dérange les intellos et que moquent ceux qui habitent la capitale.

Conclusion
Alors vous me direz que Christophe Maé n’est pas le premier à s’en prendre aux bobos, que Renaud l’avait déjà fait avec beaucoup d’humour il y a quelques années. Le problème n’est pas là. Le problème ici c’est que l’auteur de ce manifeste démago reprend la terminologie  d’une certaine droite, beaucoup moins rigolote que Renaud. La Parisienne, qui devait être son amie, ne le comprend plus, n’a plus de temps pour lui, et s’est désintéressée du sort de ce petit intermittent du spectacle qui joue de temps à autre de la gratte sur les marchés du sud de la France. A travers cette petite fable innocente, le parallèle avec les discours du Front National, de notre ancien Président de la République ou du nouveau Président des États-Unis est flagrant. On s’étonne aujourd’hui de la victoire du camp républicain face à Clinton, mais si les chanteurs populaires comme Christophe Maé se mettent également à monter une partie du pays contre une autre, la fracture sera un jour irréconciliable. Bien qu’anecdotique, La Parisienne de Christophe Maé est un ramassis de clichés qui alimente les divisions et discours haineux en tout genre. Allez Christophe, «je veux pas m’emballer» mais ça fait maaaaaal.