Donc là aujourd’hui, j’attends juste la rentrée pour me faire croire comme chaque année qu’il me faut vraiment un pull moutarde, qui va finir en projet écharpe moutarde, qui va finir par moi qui achète une écharpe noire parce que quand même, ça va avec tout. Et je sais bien que je suis censée vous parler de sexe, mais ça va, on peut aussi un peu discuter, vous êtes pas à la minute, si ? De toute façon, moi là, je suis full là, je peux plus rien avaler. En allant à la laverie, je suis tombée sur la culotte du soir où j’ai pécho le jeune, et ça m’a fait sourire parce que pendant les trois jours qui ont suivi, je me suis dit «bah ça y est, je suis amoureuse» alors qu’en fait pas du tout, il m’avait juste fait jouir un peu correctement, mais vous savez, parfois le corps, quelle drôle de machine… Et en la voyant, la culotte, je me suis dit aussi que l’inconvénient de se taper ses DEUX déménageurs, c’est que la prochaine fois que je déménage, bah je dois trouver quelqu’un d’autre - je me vois pas tranquille filer un coup de main pour décharger un carton du J5 au fond duquel j’ai pleuré de la cyprine Yov sur un bras serbe plein de viande.

Mais ce sont de menues déconvenues à côté du beau CV que je me suis constitué durant le mois et demi que je viens de passer… Du coup, je suis un peu en vacances de sexe et je me laisse voguer, en RTT de la teuch je traîne avec mes potes et, bizarrement, j’arrête pas de me faire brancher depuis. Avant ça : RIEN DU TOUT, JAMAIS. Je pense que je sens le Jacob de Twilight : on m’a tellement marquée que si je passais à la lumière noire, je serais un cas d’école pour les experts Manhattan, ceux qui font les trucs avec l’ADN sous les ongles et tout. D’ailleurs, c’est très agréable de ne pas avoir à être à l’affût : vous savez, c’est un vrai travail  de draguer, je comprends que Hitch, miskine, il était éreinté. En ce moment, je suis à Paris, sur les berges, dans le 13ème arrondissement, dans ce qui me semble être une sorte de néo-teknival qui ne dit pas son nom ; en tout cas, les gens dansent avec leurs sacs à dos sur des instrumentals ultra premier degré. Je traîne mes Air Force dans le béton poussiéreux, un verre de Cuba Libre à la main et je souris à la vie, d’autres aussi autour de moi mais je crois que c’est parce qu’ils ont pris de l’ecstasy. Parmi tout ce pataquès, j’avoue, je repère un petit lascar qui, s’il était en claquettes Speedo, franchement, ça serait la même chanson. Et comme j’ai pas d’enjeu, je vais m’asseoir à côté de lui, mais genre en mode patte blanche quoi, sans projet.

«Ça va ?», lui dis-je en toute honnêteté;

«Ouais, et toi, tu kiff ?», me répond-il comme si on reprenait la conversation, alors que j’avais jamais vu sa tête de ma vie.

«Ouais, super, je comprends pas bien cette musique et je prends pas de drogue, mais c’est okay. Ma pote est en train de chiner ce gars là-bas, du coup je suis toute seule et je viens traîner avec toi.»

Et là, j’ai eu l’impression d’être un docteur qui part en vacances et d’un seul coup y’a une meuf qui accouche deux rangs derrière lui : franchement, t’es en congés, tu demandes rien à personne, et là bim, je vois que le gars a des petits plis aux coins des yeux quand il rigole et je sais pas, ça m’a fait du Aznavour dans la tête en une seconde. J’avais envie qu’il m’emmène au bout du monde. Sauf que comme précédemment énoncé, l’état d’esprit quand tu zones avec tes potes et quand tu chines, c’est pas le même : c’est comme le bleu roi et le bleu klein, c’est du bleu, mais c’est pas les mêmes bleus... Je crois qu’il l’a vu, et il a été trop mignon parce qu’il a pas fait le connard qui voit qu’il me plaît et du coup me fait galérer. Il m’a demandé si je voulais boire une limonade (c’était marrant), puis il m’a demandé si je voulais aller danser une valse, sur de l’électro (c’est marrant aussi). Alors on a fait les deux, et sur la piste, entre les post-adolescents dégoulinants de MD qui se rendaient pas compte que leur choré ressemblait plus à la danse des canards qu’à du FKA Twigs, on a dansé joue à joue ambiance film d’auteur réussi, sauf qu’à un moment, en mode pendentif «un demi-cœur pour toi un demi-cœur pour moi», on s’est dit en même temps «j’ai envie de toi». Bah oui. Bah bien sûr. Moi, déjà, le gars, je l’ai pas choisi au hasard - une sorte de beauté aux yeux plissés quand il rigole, un sous-sosie de Ademo qui semblait aussi perdu que moi dans cette soirée incongrue, et en plus sympathique : évidemment que j’ai envie de toi, mon gars. J’ai fait un rapide calcul. Franchement, les gens autour de nous étaient défoncés qu’ils verraient rien si on se baisait sur le champ. Mais comme j’avais affaire à un gentleman (pas du déménagement, cette fois-ci), il m’a fait non de la tête et on a pris un taxi vers chez lui, au 8ème étage d’un immeuble du 13ème qui vaudra des milliards dans moins de cinq ans. Je vous la fais courte : je vais me laver les mains dans la salle de bain, je vois une douche avec une vitre, je trouve ça super, je préviens personne, je me déshabille, je rentre dedans et je commence à me doucher en rigolant. Évidemment, au bout de dix minutes, ça frappe à la porte, et mon gars me lance sans regarder : «ça va ?».

«Bah oui ça va ! Je t’attends, viens !» (C’est pas vrai, j’ai improvisé, mais c’était hyper-sexy de le dire)

Il est entré étonné, il a encore rigolé avec sa petite tête de mec qui part en vacances à Ibiza, et il s’est déshabillé. J’ai tout bien regardé : tout était validé. Un vrai sous-sosie d’Ademo, du coup je m’économise la description, je vous laisse aller checker sur l’internet mondial, OK ?

Bon. Il me rejoint, il bande mais tranquille ; je crois qu’il est vraiment surpris de ce move sous forme de douche. Mais au contact de nos peaux humides en train de se faire laver des péchés du monde, on sent tous les deux que cette vitre de douche italienne va sous peu servir de plaque de photocopie pour mes seins qui seront à son contact. On est tellement pressés de se rencontrer physiquement que c’est presque si on savait pas où se toucher. Je veux l’embrasser mais aussi le sucer, mais aussi lui caresser les fesses et lui manger ses gonades reproductrices, il veut aussi rassembler mes seins pour les embrasser tous en même temps comme une grande famille qu’on retrouve à l’aéroport, il veut aussi mettre sa teub entre mes fesses pour le contact chaud et la densité au m2, et puis il veut me faire jouir au pommeau, y’a moins de monde dans le 13ème du coup les douches ont plus de pression et franchement, tu jouis sans même que ton empreinte carbone ait capté quoi que ce soit. Du coup on rit encore de concert - mon Dieu mais quelle belle soirée - de cet empressement général, et c’est presque à pierre-feuille-ciseaux que se décide que c’est moi qui officie en premier. Sous le jet d’eau magnifiquement filtrée grâce à la ville de Paris qui n’est même pas sponsor de cette nouvelle, je suce mon nouvel ami en me rendant compte que je ne sais même pas son nom, c’est vraiment une mauvaise habitude que j’ai, ça, j’oublie de demander, et du coup à chaque fois ça me déconcentre : et s’il mourait MAINTENANT ? Ça la fout mal d’appeler les secours en chiale en disant «MAIS PUTAIN JE SAIS PAS COMMENT IL S’APPELLE MAIS LÀ IL EST MORT EN TOUT CAS». Bon, bref : je me reconcentre sur ma mission interim et y’a des soirs comme ça qui sont meilleurs que d’autres, sa teub se range parfaitement au fond de ma gorge, comme si c’était sa petite maison. Je suis ravie car il garde un je-ne-sais-quoi de digne, ça n’est pas toujours le cas, certains hommes déboulonnent total quand vous les sucez, ça donne juste envie de raccrocher les patins en plein milieu de la séance pour «différends irréconciliables». Il me tire les cheveux mais gentil et se penche sur moi, un air que je connais bien et qui veut dire «mollo Jolly Jumper, je vais jouir et...» et non, c’est pas ce qu’il dit. Cet homme progressiste dont je ne connais pas le prénom voulait juste me prévenir que s’il jouissait, il ne me laisserait pas en carafe. Alors j’en ai baisé des lascars, mais des chics comme ça, alors ça, ah non, je crois que ça ne m’est jamais arrivé... Je souris, et il doit bien aimer les filles qui sourient car il se mord les lèvres, toujours une poignée de mes cheveux dans la main, qu’il manipule maintenant comme un bâton de twirling pour que je me relève et - qu’est ce que vous disais - que je me colle les seins contre la vitre de la douche. Alors sans vouloir fanfaronner, je sais que je suis pas mal de dos, ça va, j’ai pas toutes les qualités mais j’ai un bon dos qui dit «la charpente va pas s’écrouler, tu peux y aller, ça c’est du massif». Du coup je me fais prendre en butée, et le gars se donne à cœur joie. D’abord dans un calme assez certain, mais précis ; puis il voit que c’est une situation «que j’apprécie» (je chouine comme une pornstar, mais c’est sincère), alors il se donne à fond avant de me projeter, oui c’est le mot, sur le tapis de la salle de bain. Moi je suis là, ravie, ventre à terre et sa main sur ma bouche, il m’ordonne de serrer les jambes et on en a déjà parlé : les ordres, c’est quelque chose dont je suis férue, franchement, je pourrais le mettre dans la section hobbies de mon CV. Je m’exécute et il continue de digger avec un doigt sur ma chatte comme pour dire chut, quelle générosité, je n’en reviens pas, je n’en peux plus. À tel point que je jouis comme ça, jambes serrées, à balancer mon cul contre sa queue dure comme un pain sans sel vieux de quatre jours, et à votre avis ? Bah je jouis, et je jouis tellement fort que je continue mes va-et-vient, jambes écartées cette fois (je lui ai demandé l’autorisation avant, bien sûr), et comme il veut profiter pleinement du moment, il se met à genoux, attendant que je continue mon mouvement de twerk sur sa bite. Je sens qu’il est à moi, quelle incroyable sensation, j’adore ça, je voudrais me faire un parfum avec leur tête quand ils sont proches de l’orgasme, c’est super.

Il m’accroche les reins pour projeter tout son suc, et il jouit je pense aussi longtemps que moi à base de oh et de ah comme dans une chanson de Doc Gynéco (ouh ah ouh ah pour Cantona, si toutefois vous ne l’aviez pas).

Alors j’ai tout sauf envie de rentrer chez moi maintenant, j’ai les jambes comme après un forfait trois heures de canoé-kayak, mais bon qu’est ce que vous voulez : dura lex sed lex, on ne dort pas chez un PC.

À moins que...

«Tu veux pas dormir ici ? Comme ça on va bruncher demain matin et on se raconte un peu d’autres trucs marrants, et je prends ton numéro et tu me dis comment tu t’appelles à un moment donné, parce que j’ai été déconcentré à un moment, je me suis rendu compte que je savais même pas comment tu t’appelais.»

Quelle belle fin d’été je vais passer.

 

Ceci est le dernier épisode de notre grande saga érotique de l'été. Vous pouvez lire ou relire ici les épisodes 1234 et 5.

++ SML est également auteur dans La Chose, revue pop-porn, disponible dans toutes les bonnes librairies et sur Amazon.


Illustration : Marion Dupas.