Sauf que le jour J, quand ça frappe à la porte, c’est pas à deux gentlemen du déménagement en salopette et qui ont mangé trop de bourguignon à qui j’ouvre, mais à deux types crânes rasés, avant-bras de déménageurs / torses de maître-nageurs, qui me disent bonjour avec un accent serbe, et moi, je préfère être transparente : les gens à accent de l’Est, c’est mon macaron de blogueuse à moi. J’essaie quand même de garder mon calme, mais ils sont tellement beaux que je sais même pas comment je vais les négocier. En plus, les gars sont des machines de guerre ; plus ils portent des trucs lourds, plus j’ai envie de me bâillonner pour leur indiquer le mood du deuxième chapitre de cette journée. Y’en a un qui est réactif, il me sourit comme on sourit à une meuf à qui on fait croire qu’on la respecte alors que tout le monde connaît le fond de sa pensée, et l’autre, il me parle pas, donc je me fais l’histoire qu’il me parle pas parce qu’il a trop envie de me démonter sur un carton.

«Okay, c’est bon, on a fini. On va à l’autre endroit maintenant. Tu montes avec nous dans le camion ?»

…Faut pas que je me foire, faut pas que je me foire. Si jamais j’ose pas déclarer mon amour à ces deux types, je vais m’en vouloir à tel point que je serais prête à aller vivre à Troyes dans l’Aube pour expier.

Assise entre eux deux dans le J5, je vois bien que j’essaie d’avoir l’air cool, mais ils le sentent et se foutent à moitié de ma gueule et ça me déstabilise. Trop de pression. Le temps que je manigance un truc, on est déjà arrivés - merde, ils déchargent, mais que mes cartons. Je me poste au cul du camion pour surveiller le temps qu’ils fassent les allers-retours et comme je le vois se vider, j’ai une épiphanie, je vous jure, avec les colombes et tout comme dans un John Woo. Je grimpe dedans, je me faufile, et quand celui qui me sourit sale vient attraper les conneries fragiles, je lui attrape le bras, sans rien dire, les yeux dans les Bleus. J’ai le cœur à quatre mille, imagine il suit pas la mise, imagine il me brise la nuque, imagine en fait il met de la psytrance et il me viole pendant trois jours ? Mais apparemment on a tous très bien compris ce qui se tramait, et quand son collègue taiseux vient récupérer le tankarville, il lui dit un truc en serbe. Je comprends pas le serbe et je suis parano, pendant une seconde j’espère juste qu’il l’a pas enjoint à fermer la porte et qu’on fasse 4000 km pour que je me retrouve dans un réseau de prostitution au 20ème étage d’un immeuble abandonné en ex-URSS.

L’autre sourit, sort son paquet de clopes, s’allume une tige et s’assoit sur le bord du J5, le dos calé contre l’intérieur du camion. Là, mon Serbe préféré du monde, qui voit que je fais pas la fanfare, me re-re-resourit sale (j’avais pas rêvé) et alors tenez-vous bien, il me caresse la joue avec le pouce (je l’adore), et il serre la mâchoire pour murmurer un truc en serbe (nan fais pas ça, j’ai l’impression que c’est une instruction pour la mafia dans l’oreillette) avant de continuer son parcours, son pouce sur ma bouche. J’entrouvre, il s’insère, et c’est comme ça que je me retrouve dans un camion de déménagement, avec un type qui fume des Lucky en faisant le pet, à sucer le pouce d’un magnifique déménageur. Je vais pas mentir : lui, je vais faire ce qu’il me dit, déjà parce que ça m’excite, mais surtout parce qu’on ne m’a jamais entreprise en me faisant sucer un pouce aussi longtemps. Je suis en transe, il caresse mes dents ou me commande d’aspirer plus fort, personne va me croire quand je vais raconter ça, je suis la première à ricaner sur les vidéos de boule où un réparateur se faufile chez une meuf qui comme par hasard l’attend dans le canap' sans culotte et en talons plexi, non, personne va me croire... Il me donne les instructions sans cligner des yeux et la bouche entrouverte, et pendant que je tète, que je serre ou que je caresse avec ma langue assise maintenant sur un carton de fringues qui pensait jamais voir ça dans toute sa carrière de carton, il défait sa ceinture. D’une main, il prend sa queue géante et commence à se branler toujours en me matant la bouche. Il gémit, moi je veux bien mais franchement il va falloir qu’on écrive la suite parce que j’en peux plus, dans mon corps c’est genre une choré du Club Med : tout le monde est saoul, danse pas en rythme et avec un coup de soleil sur le nez. Je sens son jean's qui descend sur ses cuisses et j’attends la deuxième saison.

«Maintenant, écarte» me lance-t-il toujours sur le ton de la confidence. J’écarte les cuisses un peu comme on a tous regardé Titanic en croisant les doigts pour que ça marche entre eux, il pousse ma culotte sur le côté - je rappelle que j’ai toujours un pouce de déménageur dans la bouche. Ca me fait gémir, putain le con, il va pas me faire jouir sans me toucher quand même, si ? Il serait capable, quand je vois comment il m’a déménagée en vingt minutes, le type pourrait être un génie dans plusieurs disciplines... Il empoigne ma culotte pour avoir une bonne prise et fait des va-et-vient contre ma chatte, sérieux, j’ai déjà fait des jeux sexuels où je mettais l’intention mais là c’est pas du bluff, j’ai vraiment envie de me supplier qu’il me baise. Je sais plus où me mettre, franchement j’ai pas de bonne place, j’ai juste envie de me faire remplir et c’est pas vraiment des bonnes manières, je me rappelle qu’il y a deux heures je le connaissais pas, et c’est la première fois que j’ai un peu honte de me baiser un gars comme ça. Peut-être parce qu’il est plus malin que moi, il savait exactement où je voulais en venir avec mes sourires de tasspé, et son pote qui continue à fumer des clopes en regardant au loin, c’est quoi cette bande organisée sérieux ? Il va pas me baiser, vraiment ? Mon clitoris est en mode angine blanche, je suce plus fort mais j’ai l’instruction de pas faire de bruit donc je fais que des miaulements de chaton qui voit pas encore. Et quand il sent que vraiment j’en peux plus, son pouce est en mode peau fripée, je le mords je l’aspire je le lèche j’ai de la bave partout sur la gueule, il redit un truc en serbe à son poto, qui tèj' sa clope et se rapproche de nous. JE NE COMPRENDS PAS CE QUI SE PASSE, est-ce que l’un de vous peut me baiser SVP ? Alors se déroule un événement magnifique, mais genre j’ai failli chialer tellement c’était beau. Il s’est approché, et dans un ballet très chorégraphié ambiance on se la pine sur Béjart, le pouce de mon interlocuteur a été remplacé par celui du fumeur de Lucky, il s’est inséré en me félicitant, genre je l’entendais dire «ouais, c’est bien ça, suce bien, plus fort, voilà comme ça», enfin je l’entendais de loin parce qu’on ne s’imagine pas les endroits où l’excitation vous emmènent, et alors tout simplement, l’autre est descendu ouvrir les boutons de jean's de mon nouveau pouce encore froid, afin de sortir une bite franchement j’ai jamais vu ça, et à genoux devant lui, moi jambes écartées sur un double carton, il s’est mis à le sucer avec une intense délicatesse. L’autre gémissait donc ça m’a encore plus chauffée, mon regard de meuf qui vivait l’expérience sexuelle la plus intense de sa vie passait de l’un à l’autre, et monsieur Lucky qui se faisait gagger la bite par une danseuse étoile de la succion a compris qu’il fallait venir à mon secours, alors il m’a souri en me chuchotant «tu crois que tu l’as mérité ?», j’ai répondu oui de la tête au bord des larmes, il a acquiescé et tout tranquille, il a placé son avant bras sous ma chatte pour que je puisse me frotter. J’ai pas demandé mon reste et quand j’ai senti que ça m’envahissait, j’ai quand même posé la question, mais ça c’était pour mon plaisir personnel, en lâchant son pouce pour une seconde : «j’ai le droit de jouir ?». La requête a été transmise au suceur qui a lui aussi lâché son métier à tisser le temps de dire «oui». Et je me suis frottée la chatte comme jamais sur un avant-bras de déménageur pour de vrai, et pas juste la chanson de Seth Gueko. J’avais des fourmis plein jusque dans l’utérus, et comme il me regardait chialer d’orgasme, l’autre a commencé à gémir de plus en plus fort et il a également terminé sa journée de travail en jutant dans la bouche de son bon ami.

On s’est regardés, je savais pas où me foutre, j’étais en mode lumière au bout du tunnel, et comme ils se rallumaient une clope, j’ai rien trouvé de mieux que :

«C’est deux cents pour le déménagement, c’est ça ?»


Lire l'épisode 1 et 2 et 3 et 5.

++ SML est également auteur dans La Chose, revue pop-porn, disponible dans toutes les bonnes librairies et sur Amazon.


Illustration : Marion Dupas.