Je m’installe comme un alligator à ras-le-marais, dans l’attente d’un écureuil bien gras ou d’un radis pas aigre, enfin de quelque chose à me mettre sous la culotte, en ce beau jour de chasse au plan cul encore sous emballage.

Ça prend un peu de temps parce que je suis en face d’un immeuble de bureaux, mais j’ai décidé de pas faire les groupes : trop d’investissement pour isoler le plus beau potentiel, et mon but c’est pas de devenir DRH. Juste un peu de casting sauvage pour le film de ma vie. Au bout d’une heure, un châtelain sur le retour me sourit de ses longues dents détartrées il y a peu ET prochain détartrage déjà prévu ; il follow donc je rends, mais à la chevalière, je dirais que ses parents votent De Villiers même quand il se présente pas, alors je ne fais rien de plus. Ces gens-là sont éduqués dans la légende de la conquête, et la seule meuf qu’ils tolèrent dans les livres officiels, c’est Jeanne d’Arc - pas pour ses faits de gloire, mais juste parce qu’elle a eu in fine ce qu’elle méritait pour s’être rebellée… Alors j’attends.
J’attends.
J’attends.

Et d’un coup d’un seul, ça me saoule. D’où ce connard sur qui je vais m’asseoir devrait décider pour nous qu’on se chasse en mode économie ? Vas-y tu sais quoi, au pire il s’insurge et envoie un texto à quelqu’un qui s’appelle Eudes dans son répertoire pour lui raconter comment une meuf l’a dragué comme on le fait en 2016.
Est ce que je peux m’asseoir sur toi ? Avec toi ? J’ai fait semblant de fourcher pour lui montrer que je suis pas là pour coller des stickers La Reine des Neiges, mais lui et moi, on sait très bien que ça va finir à la hussarde. C’est ça qui est bien dans les relations qui n’ont pas d’incidence, les relations hors «potes et potes de potes et potes de potes de potes» : tu peux la jouer comme Beckham sans savoir à l’avance que quelqu’un quelque part va raconter ton fait d’armes à une autre personne que tu connais de loin. Il sourit en faisant un petit bruit de mec blasé, GENRE. GENRE quelqu’un lui a déjà dit ça. Mec, j’y crois pas. Je m’apprête à me lever, mais il me fait signe, courtois, de ne rien en faire, et vient s’installer avec tout son barda, sacoche de PC (haha), pépin, et chemise en cuir sous le bras. Un serveur a senti le ballet de ces deux inconnus qui allaient baiser dans une heure et demie, et déplace pour lui son thé Jasmin sur ma table, le sourire nostalgique au coin du carton.
Pour des raisons d’ennui de la conversation, je vous passe qu’il a un métier dont il fait semblant de comprendre les termes, pour me concentrer sur ce qui vous intéresse : le moment où je lui demande ce qu’il fait de sa fin d’après-midi, en regardant l’entrée d’hôtel 11 étoiles de l’autre côté de la rue. Le problème quand t’es une fille qui fait porte ouverte, c’est qu’à un moment donné, il le dit pas mais ça se voit que ton interlocuteur veut savoir si t’es une prosticrunch. Une fois rassuré, il se dit juste qu’il fait un truc qu’il a jamais fait et qu’il refera jamais, en tout cas pas avant ses 44 ans (le moment où il aura fait le tour de sa bourgeoise personnelle), il paye les consommations et moi je suis déjà en train de traverser la rue pour l’attendre en face. Si j’avais su la fin, j’aurais tracé à ce moment-là… Non, c’est pas vrai. Sinon y’aurait pas eu l’histoire et c’eut été dommage.

On monte ensemble, ascenseur moquetté, il meuble parce qu’il est gêné, je l’embrasse parce que je trouve ça agaçant qu’il soit gêné. Comme ça tout le monde est content.
Une fois dans la chambre, étonnamment, mon gadjo se déshabille plus facilement que prévu. Ah oui, j’avais oublié les caleçons mous. Ceux à carreaux. Même Eden Park. Bon allez, hauts les cœurs, déballons et voyons quelle histoire ça raconte.
Cette affaire m’émoustille parce qu’avec tous les indices que j’ai glanés sur lui so far, j’ai les cuisses plus douces que celles d’un chaton, à force de les avoir serrées d’excitation. Et surtout, j’ai un plan parfait : dans ma tête, les GEOI-BOURS ont trop de responsabilités la journée, donc la nuit ils veulent se détendre, et moi j’ai jamais soumis personne, je suis une prolo donc ça me paraît évident qu’au lit, c’est moi qui me prends les mandales et les insultes. Alors je la tente, hyper-fière de ma fugace extraction sociale grâce à ma chatte :

- Couche-toi là.

Ouh, il a pas l’habitude. Ouhloulou. Ca lui fait tout bizarre dans le bidou, ça se voit qu’il a envie de m’envoyer à Chavagnes pour le reste de ma scolarité. Mais comme on n’a pas le temps de parler de mon éducation, il s’exécute, peu sûr du bien-fondé de la requête. Je garde tous mes sous–vêtements en prenant le soin de faire déborder un peu de ci un peu de ça pour avoir l’air d’un tag porno bien précis, et avec sa cravate de connard de droite dure comme sa bite châtain, je l’attache à la tête de lit, non sans qu’il rétorque, mais ça va, j’ai vu assez de #femdom pour que ça ait l’air naturaliste. Mon nœud tient bon et sa teub aussi, enfin bon je sais pas ce qu’il lui faudrait, j’ai les seins tout busty au-dessus de sa tête et c’est comme si je lui attachais sa ceinture avant le manège, enfin c’est un peu cadeau pour monsieur De + nom de Céfran première pression à froid. En parlant de première pression, j’utilise ma motricité dé-coordonnée pour lui pincer un téton tout en mordant le second + troisième action, le corps quelle belle machine quand même, entre les dents je lui demande poliment s’il va être ma bonne petite salope pour cet entretien d’embauche en intérim. Ça m’excite, je pensais pas - si on était hygiénistes, là faudrait déjà passer la serpillère sur sa cuisse parce que j’ai tout sali. Je le déteste lui et sa Carte Black, je comprends tous ces fantasmes chelous des limbes d’internet, j’ai même envie de voir des larmes rouler en silence sur sa joue pendant que je lui pisse dessus. C’est donc ça la domination ? Tu m’étonnes que des types paient cher pour être table basse sans avoir le droit de moufter pendant les soirées de l’ambassadeur. Note : devenir ambassadeur, faire des soirées tabourets-humains et soumettre tous ces connards de rentiers. Merde, je suis en train de devenir DSK. Le type se cambre comme une meuf dont le pseudo porno serait Diablota Santanita et 5 étoiles sur PornHub. Je lui ordonne de ne pas me regarder dans les yeux pendant que je lui fouette les couilles, et alors que vraiment, je suis contre le tag #chatouilles sur tous les sites porno du monde, je descends tranquillement, en sous-vêtements/baskets, pour lui chatouiller la plante des pieds et le voir bander comme l’Armée Française est contente de ses légionnaires.

ET LÀ.
Putain.

Il a une french. Une french pédicure. Avec le vernis gel et tout. Okay, donc moi qui pensais que je passais l’été de tous les dangers, je tombe sur un fou furieux qui va chez la pédi' et qui discute les orteils écartés pendant que ça sèche, tout en lisant certainement VSD d’un œil.
Alors je suis désolée, mais je répète : je suis une prolo. Pour moi, on baise avec quelqu’un en évitant de regarder ses pieds, parce qu’on sait bien que ça et l’intérieur des oreilles, c’est un peu les laissés-pour-compte de la toilette, et une fois sur trois, les gars que j’ai baisés, franchement, il aurait fallu faire un Koh-Lanta rien que sur leurs pieds. Du coup, autant je m’imaginais lui pisser dessus quand je tenais les rênes, autant là, je vois bien que c’est moi qui suis pas à la hauteur.
Je pense que je fais la même tête qu’une meuf perdue qui vient de rencontrer Jésus. Or quand tu viens de rencontrer Jésus, tu mouilles tout de suite beaucoup moins. Je suis plus dedans, lui se tord encore en suppliant d’insérer un maximum de cadeaux dans son cul, mais moi, mes seins busty et ma culotte dans les seufs, on n’est plus dedans.
Je remets ma robe de chasseuse de tête, et je me casse. Note : ne pas devenir ambassadeur, ne jamais retraverser la rivière pour trouver un plan cul.

Je monte dans le bus, au fond, et je me branle un peu en m’asseyant sur le siège qui vibre, celui qui est placé au-dessus de la roue. Je jouis moyennement en regardant une meuf qui s’est endormie quatre places devant, et j’ai une nouvelle idée : demain, j’irai trouver un plan cul dans un bar à chicha.

 

Lire l'épisode 1 ici et l'épisode 3 .

 

++ SML est également auteur dans La Chose, revue pop-porn, disponible dans toutes les bonnes librairies et sur Amazon.

Illustration : Marion Dupas.