Mon plan cul m’a fait un câlin. Ce matin, quand je m’apprêtais à quitter sa garçonnière. Un câlin qui voulait dire tu fais quoi ce soir, on pourrait regarder le match ensemble comme des amoureux alors que c’est pas le contrat et peut-être que dimanche tu m’accompagneras à Meudon pour rencontrer mes parents ? Un câlin qui voulait dire j’ai passé une soirée de mec casé avec toi hier, casé qualité, où tu m’as enculé alors que je pensais pas, je pensais que mon fion était une rue à sens unique, enculé mais quand même casé. Le deal c’était qu’on se jouisse dans la bouche, pas qu’on jouisse d’un futur commun. Il était déjà chelou la dernière fois, quand je lui ai demandé d’appeler son pote qui nous avait proposé une solution pour combler le vide affectif de ma chatte pendant que je serais en train de le séuç, il était chelou parce que ça l’a pas du tout excité et à la place de remplir son contrat de plan cul, il m’a parlé du film The Notebook en m’expliquant qu’il l’avait revu et que ça l’avait vachement fait penser à NOUS. NOUS ? Quel est ce verbe ? Tu dis pas NOUS à ton plan cul putain, tu dis pas ça comme tu dis pas à Primo Levi, «hey, frère, ça sent le gaz tu trouves pas ?». Ça se fait pas, c’est pas approprié.

Alors évidemment, j’ai considéré sa proposition tacite de transformer notre AOC pour former une paire. Mais justement, s’il est un plan cul et pas mon amoureux, si je l’ai baisé 400 fois sans savoir s’il a des frères et sœurs, c’est bien que les deux colonnes «pour» et«contre» qui lui sont dédiées penchent du mauvais côté. Mes arguments ? Il me coûte trop cher en draps, infoutu depuis tout ce temps de viser droit au moment de jeter l’éponge - mais surtout, il est pas à cheval sur la qualité de son miel (toutes fleurs Carrefour : dégueulasse). Je ne peux pas me faire comprendre d’un gars qui jouit pas droit et qui n’est pas regardant sur la provenance de son miel. Surtout au vu des récents événements concernant les abeilles et les attentats suicides qui déciment leur communauté. Comme je préfère être transparente, je vais le dire : si son câlin m’avait émue, j’aurais été contente. Mais il m’a fait l’effet d’un gros petit garçon mal sevré. Ca m’a rappelé un type qui avait parlé à mon ventre après avoir joui en son centre, il lui avait parlé genre «papa va veiller sur les œufs qu’il a mis dans maman» en le caressant et tout, et ça m’avait tellement stressée que j’avais pris rendez-vous dans l’heure avec une gynéco que je connais pas en fraudant mon dossier pour qu’elle me repose un stérilet alors que j’en ai déjà un, par sécurité.

Du coup, j’erre en ayant bien pris soin de regarder qu’il me faisait pas coucou par la fenêtre pour me dire au revoir, et je me dis que je vais pas aller travailler. J’ai mieux à faire, il me faut un spot à plans cul. Ca veut dire un café où des scénaristes (nous, on dit scénaristes parce qu’on sait ce que ça veut dire, mais tes parents les appellent les chômeurs qui boivent 40 cafés en terrasse en regardant loin, avec une casquette du SNL qu’ils ont achetée à la boutique de goodies à New-York) dessinent leur prochain court-métrage qui sera jamais de la vie financé par le CNC. Pourquoi eux ? Bah je sais pas : pourquoi tu mets un ver de terre au bout de la canne à pêche pour faciliter la prise d’une carpe ?... Voilà pourquoi. Ils sont assez égocentriques pour pas te fondre en larmes quand tu leur dis des trucs dégueulasses dans le lit, et pas assez pour pas te baiser, parce que sur un malentendu, un soir de beuverie où ils feront le compte des meufs qu’ils ont pinées, une de plus ça fait pas de mal. Et celle de plus, aujourd’hui, c’est moi.

Spot privilégié, terrasse à passages nuageux et soleil : parfait pour entamer la conversation et faire croire que toi aussi, ce temps, ça te pèse sur le moral (faux : j’adore la pluie). J’en dégotte un pas trop mal tout comme il faut, rue St-Denis, là où tous les kebabs se sont rajoutés «bio» à l’enseigne pour ne plus attiser les mouches en cuisine, et j’entame ma propagande. Salut / Salut. Est ce que t’as du feu ? / Ouais, tiens. Pardon je te dérange en pleine inspiration, t’es peut être en train d’écrire OSS 117 verset 3 / Rires, ver de terre, hameçon, lui étant ma petite carpe qui va ouvrir bien grand d’ici deux heures.

Je lui offre un allongé, ça marche toujours. Un investissement à 2,10€ qui veut dire «je décide de jeter mon dévolu sur toi, appelle-ça du harcèlement si tu veux, je vais pas pleurer pour toi mon gars». Il pleut, génial, il va vouloir remonter chez lui, et comme je vais m’inviter il va comprendre. Sa meuf est pas là, tant pis tant mieux, ça fait moins de gens à convaincre. On monte, 3 étages sans ascenseur, mais comme on a bu 400 cafés, on se rend pas compte si c’est dur ou pas. Et comme ça, au moment où il met la clé dans l’orifice de la porte, il saura pas déterminer si c’est la peur, les étages ou la caféine qui le fait battre à 200 tours/minutes. 

J’ai pas envie d’y aller par 11 chemins, donc quand il met de l’eau dans la bouilloire pour un «p'tit thé» (les gens proposent toujours un «p'tit thé», mais rares sont ceux qui ont du bon thé chez eux, paradoxe), je me colle contre son dos, évidemment en continuant à lui parler de tout et de rien : ça, c’est comme offrir un café à un gars, ils savent qu’on est en train de leur faire un trafalgar, mais le temps que ça monte au cerveau, c’est trop tard, j’ai déjà ma main dans sa culotte. Il rit bêtement - je me demande à quel âge ils arrêtent de faire ça. J’ai pas tellement envie de me taper un conseiller municipal qui range tous ses cheveux d’un côté de la tête pour faire illusion, donc j’essaie d’oublier cette question. Pour l’heure, il dé-ban comme une flamme olympique et comme ma dernière idée saugrenue en affaire de sexe, c’est de savoir si OUI OU NON, ça m’excite de faire l’amour devant C’est Mon Choix, je lâche ma prise un instant pour allumer la télévision. France 3, Sophie Davant, parfait. Il me rejoint (l’instinct) et demande avec les yeux si c’est le temps d’enlever son pantalon. Faudrait vraiment penser à un mémo pour que les garçons comprennent qu’une fois que t’as mis la main au paquet, tu peux te passer d’autorisation pour (peu ou prou) toute la suite du LiveTweet. Sa bite est okay, pas ouf, mais okay, c’est pas une Morteau courte sur patte et pour l’heure, c’est tout ce qui m’importe. Il gagne trois points car il s’épile pas les couilles. Autant je crois que je suis moderne, autant s’imaginer un type pattes écartées sous la douche avec le rasoir dans les parties et la langue dehors pour la concentration, je sais pas, j’y arrive pas.

Quand tu suces pour la première fois, c’est pire qu’un audit, faut regarder toutes les lignes de compta pour savoir si l’entreprise est saine, du coup je prends son gland dans ma bouche avec une conscience professionnelle non-rémunérée qui même moi me satisfait. Et alors que je le mets dans ma bouche comme si je rentrais de sept jours de jeûne total, oh non, il soubresaute. Oh non. Je viens de perdre 2 heures, 2,10€ et le droit de squatter la terrasse où je l’ai débusqué pour trois mois. Je le comprends, l’émotion était trop forte. 

Putain, le marché du plan cul est vraiment en berne, demain j’essaie le 16ème arrondissement, je connais pas bien ses autochtones et en fait, C’est Mon Choix, ça m’excite pas tant que ça.

Lire l'épisode 2 et 3 et 4 et 5.

++ SML est également auteur dans La Chose, revue pop-porn, disponible dans toutes les bonnes librairies et sur Amazon.

Illu : Marion Dupas.