LA VOIX DU NORD : «Femme-objet… du désir»

Le 4 février, en plein procès du Carlton, La Voix du Nord a la délicatesse de titrer «Femme-objet… du désir», suggérant que messieurs les prévenus Strauss-Kahn, Kojfer, Franchoix, Henrion ont une forte appétence pour les potiches et le frifri. En vrai, ces chevaliers du désir comparaissent pour proxénétisme aggravé, dont exploitation sexuelle et tentative de viol. Il eut été judicieux de distinguer libido et délit plutôt que de céder à la tentation de la turlupinade et de la culture du viol. Mais une pute qui se fait violer, bah c’est pas vraiment un viol, vu que c’est une pute ! 

 

FRANÇOISE HARDY : «Les féministes, je les trouve hargneuses, moches, c'est-à-dire pas féminines pour deux sous»

 

Bye bye le temps de l’amour. Françoise Hardy, québlo depuis qu’elle s’est foulée les cheveux en dansant le yéyé, publie un brulot printanier où tout le monde en prend pour son grade. En première ligne, les femmes «de gauche» et les féministes. Cécile Duflot devient une «petite bonne femme» qui «ne parle pas» mais «glapit», Eva Joly, une «vieille coquette minaudante et maladroite» et les féministes  des «hargneuses, moches, c'est-à-dire pas féminines pour deux sous». La docile artiste vaporeuse semble avoir vu juste en nous flanquant ces clichés passéistes et masculinistes dans la face : trois semaines après sa sortie, Avis Non Autorisés s’est déjà vendu à plus de 60 000 exemplaires. 

 

SPORT 2000 : «Les vieilles, ça rapporte»

La chaîne de magasins Sport 2000 a tout compris à l’intersectionnalité. Elle ajoute une dose de sexisme à ses blagues anti vieux avec ce splendide slogan « Les vieilles, ça rapporte ». Comprenez « venez avec vos anciennes chaussures et repartez avec 20 euros de remise ». Evidement, rien de tel qu’une senior pour illustrer la ristourne ! A tout âge, la femme reste un objet décoratif de haute voltige, alors pourquoi s’en priver ? 

 

LE SALON DE LA FEMME : «Pas féministe mais pas non anti-féministe»

 

Telle une automobile ou un livre, la Femme mute en objet d’exposition le temps d’un weekend exceptionnel au Parc Floral de Paris. Au programme, des thématiques vitales fashion-cosméto-ludo-brico-gastro-rigolo-bobo pour toutes les tailles et tous les âges ! Au cas où on doutait, la directrice Nawel Rimi de cet événement improbable nous précise : «Nous ne faisons aucune discrimination. Ce n'est pas un salon féministe, mais pas non plus anti-féministe». Comme l’écrit la blogueuse Charlotte de Bruges dans une tribune publiée sur Le Plus de l’Obs : «Dans mon monde merveilleux, ça s’appelle du foutage de gueule.»

 

GILLES BOURDELEIX : «Petite pétasse»

 

Quand il n’apprécie pas un article, Gilles Bourdeleix le fait savoir avec classe. Courroucé par les propos d’une journaliste, il se lâche en plein conseil d’agglomération : «Contrairement à ce qu’a écrit une petite pétasse de Libération, je ne suis pas un maire anti-gens du voyage !». Récidive pour le maire de Cholet, abonné aux sorties borderline avec une fixette spéciale sur les gens du voyage. En 2010, il se disait prêt à «prendre un camion plein de merde pour le déverser au milieu de leurs caravanes», estimait trois ans plus tard que Hitler «n'en avait peut-être pas tué assez» (la Cour de Cassation annulera sa condamnation, car ces propos n’ont pas été tenus à haute voix dans un cadre public) avant de traiter de «petit merdeux» le journaliste du Courrier de l’Ouest qui avait publié sa déclaration. L’élu ex-UDI n’a donc rien contre les femmes, mais contre tout le monde, gens du voyage ou journalistes inclus,  sans discrimination ! 

 

UN DÉPUTÉ : «Ah mais vous faites le tapin, vous attendez le client»

 

En mai, plusieurs femmes journalistes politiques signent une tribune dans Libération sur le sexisme permanent qu’elles subissent dans les coulisses du pouvoir. Humiliations, blagues de beaufs, tripotage capillaire non consenti, fanfaronnades devant les potes, la lecture du texte laisse un goût de remontée biliaire dans le gosier. Extrait : «Au Sénat, c’est un parlementaire qui déplore que nous portions un col roulé et pas un décolleté. C’est un candidat à la primaire face à une grappe de micros masculins qui décide de nous répondre un jour d’été «parce que elle, elle porte une jolie robe». C’est aussi l’étoile montante d’un parti qui insiste pour nous voir le soir, hors des lieux et des horaires du pouvoir. Dans le huis clos d’un bureau de député, c’est un élu dont les avances ne s’arrêteront qu’avec la menace d’une main courante pour harcèlement.» Ces exemples navrants illustrent une fois de plus l’impunité dont jouit l’archétype de l’homme blanc hétérosexuel détenteur d’une forme de pouvoir, pour qui les prérogatives de la fonction ne tempèrent en rien les dérives.

 

ALIX GIROD DE L’AIN : «Je suis féministe mais…»

Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, Alix Girod de l’Ain officie comme autrice et éditorialiste dans le prestigieux Elle et nous gratifie régulièrement d’éditos lumineux, à l’image de sa performance plumesque du 24 avril. Tout en anaphore, AGDL explore les multiples raisons qui la conduisent à nuancer son féminisme : «Je suis féministe mais… quand un homme me dit que je suis jolie, ça me fait plus plaisir que quand il me dit que je suis intelligente.», «Je suis féministe mais… je ne comprends pas comment une fille peut avoir envie de coucher avec un gars qui vient de lui proposer de partager l’addition.», ou encore «Je suis féministe mais… parfois, j’aime bien me sentir écrasée par le poids d’un homme (la nuit, hein…).» Nous, on est vraiment féministe et on se demande comment Elle peut publier des cacas pareils. Un peu de respect, au moins pour feu Françoise Giroud. 

 

FESTIVAL DE CANNES : Talons aiguilles sur tapis rouge

Cannes, paillettes, starlettes, Croisette… Sandalettes ? Sûrement pas ! Sauf si elles sont dotées de plateformes de plusieurs centimètres. Car il ne suffit pas de sortir ses seins et de pointer son joli minois peinturluré sur le tapis rouge pour assister à une projection. Cette année, la chaussure à talon était de vigueur. Après que le magazine britannique Screen a assuré que plusieurs femmes s’étaient faites gentiment refouler de certaines salles -  car chaussées de talons plats - , le Festival s’en défend avant de reconnaître «ce petit moment de zèle». Surtout un gros moment de fail, qui fait passer la noble initiative Women In Motion, série de conférences sur les femmes, pour une triste tartuferie. 

 

EMILIE DEQUENNE : «Je suis plutôt une «anti-féminisme»»

Interviewée par le site de cinéma Le Bleu du Miroir, Emilie Dequenne, co-présidente de l’édition 2015 du Champs Elysées Film Festival, a eu envie de nous livrer son point de vue sur le féminisme. Mi-figue, mi-raisin, la comédienne belge se dit à la fois fan de Patricia Arquette et révoltée par les inégalités salariales tout en déclarant : «Ceci dit, je suis plutôt une «anti-féminisme» dans la mesure où plus on revendique, plus on se démarque et plus on créé une sorte de différence. Moins on soulignera le manque de femmes, plus leur présence sera devenue normale.» Schizophrène ou over prudente ? Quoiqu’il en soit, elle frise l’incohérence et nous, la suffocation.  

 

SOS TOUT PETITS : «Le Planning Familial, trafiquant d’organes de fœtus avortés»

En plein été, pour rompre l’ennui, SOS Tout Petits décide de faire une descente au Planning Familial de Paris. C’est redondant mais ça marche à tous les coups ! Sur place, les petits malins du mouvement pro-vie tentent de décourager les femmes de se renseigner sur l’avortement. Évacués par les responsables du lieu, qui déposeront plainte pour délit d'entrave à l'IVG, les activistes pré-pubères achèvent leur coup d'éclat par une prière de rue pour sauver ces pauvres femmes mécréantes du Planning. Ce dernier est qualifié sur leur site de «trafiquant d’organes de fœtus avortés», et l’avortement présenté comme un «crime abominable», qui, on le rappelle, est légal en France depuis 1975. 

 

LE PARISIEN : «Liaison coupable»

Quand Le Parisien traite d’une enquête pénale pour atteinte sexuelle, il emploie le terme «liaison coupable». Ben oui, l’élève qui a porté plainte pour «viol sur personne vulnérable» n’est peut-être pas blanche comme neige ! Peut-être même que le coquinette a bien kiffé cette idylle de 15 à 18 ans avec son prof de quinze ans son aîné. Et voilà qu’elle vient s’en plaindre dix ans plus tard. De l’importance de discréditer les victimes et de souligner que la culpabilité est probablement partagée, on ne le rappellera jamais assez ! 

 

MARION COTILLARD: «Je ne me considère pas féministe»

Dans un article de Porter Magazine, on apprend, sans surprise, que notre Marion Cotillard nationale n’est pas féministe : «Pour moi, cela n'engendre pas de l'égalité mais de la séparation. Je ne me considère pas féministe. Certes il faut se battre pour le droit des femmes, mais je ne veux pas que cela sépare les hommes et les femmes.» Précisons ici à Marion Cotillard que Le Petit Larousse définit le féminisme comme un  «mouvement militant pour l'amélioration et l'extension du rôle et des droits des femmes dans la société».  Une féministe qui s’ignore ! Visiblement, il vaut mieux ne pas trop revendiquer son adhésion à la cause, surtout quand on jouit d’une renommée planétaire, on pourrait susciter des vocations révolutionnaires chez des jeunes filles en fleur ! Un chouia d’écologie, c’est plus safe. 

 

FRANÇOIS FILLON : «La France n’est pas un pays à prendre comme une femme»

Invité sur Les Grandes Gueules sur RMC,  François Fillon se rêve en futur meneur de nation, mais ne l’assume pas complétement. A la question : «Avez vous envie d’être président ?», l’intéressé nous prend pour des gobe-mouches et opte pour une pirouette spirituelle, invoquant que cela sous-entendrait que  «La France est un pays à prendre comme une femme». On aura au moins appris qu’une femme se prend. Une leçon d’éducation sexuelle qui laisse songeuse…  

 

ACCORHOTELS ARENA : «Le seul lieu où les femmes sont à vos pieds»

L’AccorHotels Arena, horrible nouveau sobriquet du Palais Omnisports de Paris-Bercy, veut du lourd pour sa nouvelle campagne publicitaire. De l’inédit, du chic et choc, qui rameute 20 000 pedzouilles trépignants au prochain show de Céline Dion. Résultat, dans le métro parisien, on s’étrangle devant ses brillantes affiches «Le seul lieu où les femmes sont à vos pieds» et «Le seul lieu on peut peloter des stars sans se soucier des conséquences». Bien sûr, tout le monde (surtout les femmes) achète des billets de concerts pour lutiner de la starlette devant un parterre de vassales. Mais à peine deux semaines après l’inauguration de la campagne, bim ! Retrait diligenté par la mairie et place excuses de la salle «auprès de celles et ceux qui se sont émus de cette publicité maladroite», qui «ne reflète ni les valeurs ni les engagements du groupe pour promouvoir la diversité et donner aux femmes toute leur place dans l'entreprise comme dans la société». Dont acte ? 

 

LUC LE VAILLANT : «La cuisse évasive, la fesse envasée, les seins restreints»

Le 7 décembre, Luc Le Vaillant, sous l’emprise d’une envolée littéraire ou d’une substance corsée, signe une tribune où il imagine une rencontre dans le métro avec une femme voilée dans le contexte sur-tendu de l’état d’urgence. Comme c’est une musulmane, elle est voilée, et comme elle est voilée et musulmane, elle cache sans doute une bombe sous son vêtement folklorique ! Mais Madame Daesh a plus d’un tour dans son abaya et titille le slip de l’auteur, qui part dans un délire lubrique aigu nourri de  «pole dance», «cuisse évasive», «fesse envasée» et «seins restreints» tout-va-bien. Alors que le hasthtag #LibéRacisme envahit Twitter, le vaillant grand chef de Libé prend la défense  du journaliste mais le personnel, gêné aux entournures, se désolidarise de la publication. Un papier sexiste et raciste pour un quotidien de gauche, ça fait tâche. 

 

Sur ce, bon début d'année et beaux nénés bien sûr !

 

 

Éloïse Bouton